Le Mondial de l’Auto 2026 a fermé ses portes dimanche soir avec 518 372 visiteurs. Au-delà des chiffres, le salon a montré deux visions de l’automobile qui se tournent le dos : des marques chinoises venues en nombre avec des voitures prêtes à vendre, et des constructeurs européens qui misent sur leur passé pour se défendre. Voici le bilan du Mondial de l’Auto 2026, au lendemain de sa fermeture.
AU SOMMAIRE
Un salon qui grossit, mais qui change de visage
Selon le bilan officiel, le Mondial de l’Auto 2026 a accueilli 518 372 visiteurs en six jours, contre 508 007 en 2024. La hausse est modeste (environ 2 %), mais la fréquentation se maintient au-dessus du demi-million.
Les organisateurs revendiquent plus de 60 constructeurs, contre 48 lors de la précédente édition. Le salon reviendra en octobre 2028, sur un format allongé à deux week-ends.
Le décompte des marques mérite pourtant d’être regardé de plus près. Car c’est là que se lit le vrai changement.
Qui exposait ? La carte des nationalités
L’annuaire officiel recense 64 entrées dans la catégorie « constructeurs ». En retirant les groupes (Stellantis, Renault Group), les sous-entités, les préparateurs et les stands de distributeurs, nous arrivons à 53 marques automobiles réellement exposantes.
Leur répartition par pays d’origine, selon notre décompte :
- Chine : 20 marques (environ 38 %). BYD, Denza, Geely, Zeekr, Changan (avec Deepal et Avatr), Chery, Omoda, Jaecoo, Aito, 212, Forthing, GAC, Li Auto, Xpeng, Leapmotor, Maxus, Foton, Linktour, PIX Moving et EZI.
- France : 9 marques (17 %). Renault, Alpine, Peugeot, Citroën, DS, ainsi que les plus confidentiels Aixam-Mega, Kilow, ipop et Devalliet.
- Allemagne : 4 (Volkswagen, Audi, Mercedes-Benz, Opel) et Italie : 4 (Fiat, Alfa Romeo, Lancia, Iveco).
- États-Unis : 3 (Tesla, Ford, Lucid).
- Corée du Sud : 2 (Hyundai, Kia) et Japon : 2 (Honda, Subaru). Toyota se contentait d’une présence sur l’espace de la filière automobile française.
- Autres : 9. Volvo et Lynk & Co (Suède), Lotus et Moke (Royaume-Uni), Cupra et Liux (Espagne), Škoda (Tchéquie), Dacia (Roumanie) et smart (coentreprise Mercedes-Geely).
Si l’on ajoute les marques européennes détenues en tout ou partie par le chinois Geely (Volvo, Lynk & Co, Lotus, smart), ce sont 24 marques sur 53 qui dépendent d’un groupe chinois. En 2024, la presse spécialisée en comptait une dizaine.
Au Mondial 2026, la Chine pèse donc davantage que la France en nombre de marques. Pas en mètres carrés : Stellantis occupait à lui seul 5 340 m² dans le hall 4, le plus grand stand du salon.
Les absents, et ce qu’ils auraient pu montrer
Le retour de Mercedes, de Volvo, d’Opel, de Hyundai ou de Fiat ne doit pas masquer une liste d’absents encore longue. Avec, pour plusieurs d’entre eux, des nouveautés présentées ailleurs à quelques jours du salon :
- BMW et Mini, retirés pendant l’été pour raisons budgétaires. BMW a pourtant dévoilé début octobre l’iX4 et l’iX3 M60 de 612 ch, et Mini un Countryman Untamed Edition.
- Porsche, qui a présenté son concept Mission S à New York le 15 octobre, en pleine semaine du Mondial.
- Ferrari, alors que les premières livraisons européennes de la Luce électrique sont attendues d’ici la fin de l’année.
- Jaguar, qui a révélé sa Type 01 de 1 030 ch à New York, moins d’une semaine avant l’ouverture. Land Rover n’a pas exposé non plus le Range Rover Electric, pourtant commandable depuis septembre.
- Bentley (Torcal, sa première électrique, dévoilée fin septembre à Londres), Lamborghini, Aston Martin et McLaren, qui vient d’annoncer la fin de la 750S.
- Maserati et Abarth, seules marques de Stellantis à manquer à l’appel.
- Le gros des marques japonaises : Toyota (pas de stand de marque, alors que Hilux et RAV4 arrivent en concession cet automne), Lexus, Mazda (CX-6e), Suzuki, Mitsubishi et Nissan, dont la Pixo aurait eu toute sa place à Paris.
- Côté chinois aussi, quelques chaises vides : MG (pourtant première marque chinoise en France), Great Wall, Hongqi, Nio et Xiaomi.
Être présent ne signifie pas tout montrer. Fait étonnant, Mercedes, pourtant de retour à Paris avec cinq premières, a réservé son AMG GT SUV (jusqu’à 1 169 ch) à une présentation séparée, le 17 octobre, alors que le salon battait son plein.
Tesla, présente avec le Cybercab, a fait de même avec son nouveau Roadster, dévoilé au Texas dans la nuit du 15 au 16 octobre.
France, Chine, reste du monde : deux stratégies opposées
Les marques françaises ont joué la carte du concept-car. Nous en avons compté dix : E-Space, R8 Gordini et R4 JP4x4 chez Renault, A310 Vision chez Alpine, E-T16 et RCZ Vision chez Peugeot, 2CV Concept et 2CV Fourgonnette chez Citroën, et le concept F3VER chez DS.
Peu d’entre eux sont promis à la série. La 2CV (annoncée autour de 15 000 € fin 2028) et le F3VER, qui préfigure une future compacte DS, sont les exceptions. Les autres servent de vitrines technologiques ou d’exercices de style.
À l’échelle de Stellantis, le compte annoncé est tenu : neuf concepts. Aux 2CV, 2CV Fourgonnette, E-T16, RCZ Vision et F3VER s’ajoutent les Fiat Multiplay et Multiplina, l’Alfa Romeo Cuorerosso et l’Opel STX. Seule la Multiplina, quadricycle électrique quatre places, est elle aussi destinée à la série, vers 2028.
Les marques chinoises ont fait exactement l’inverse. Peu de concepts, mais des modèles de série, des prix et des dates de livraison. BYD a présenté l’Atto 8, attendu en Europe début 2027. Geely affiche sa citadine E2 à 20 990 €. Chery a annoncé au salon la production du Jaecoo 5 électrique à Barcelone dès le début de 2027.
Les usines européennes sont d’ailleurs devenues un argument de stand. Leapmotor a lancé la production de la B10 à Saragosse le 16 octobre, pendant le salon. Xpeng fait assembler son G9L chez Magna, à Graz.
Entre les deux, Allemands et Coréens ont surtout parlé prix et électrique accessible. Volkswagen montrait l’ID. Tiguan et l’ID. Cross, Audi l’A2 e-tron à 38 600 €, smart sa #2 à 19 990 €. Mercedes alignait cinq premières publiques, Hyundai le nouveau Bayon.
Le message dominant, relevé par Forbes, tient en trois mots : « Europe for Europe ». Produire localement, revenir sur le segment des 15 000 à 30 000 €, et obtenir des règles du jeu équitables. François Provost, directeur général de Renault, a jugé « pas soutenable » le flux d’hybrides importés de Chine, selon Reuters.
Trop de néorétro ?
2CV, E-T16, RCZ Vision, E-Space, R8 Gordini, A310 Vision, Fiat Multiplay et Multiplina (qui renvoient aux Multipla de 1956 et 1998)… Rarement un salon aura autant regardé dans le rétroviseur.
Il faut nuancer. Comme nous le soulignions, l’E-T16 n’emprunte à la 205 que son profil et quelques détails, le reste suit les codes actuels de Peugeot. Le RCZ Vision embarque une batterie solide et une architecture 1 000 V. Le nom ancien sert souvent d’emballage à une technologie nouvelle.
Renault Group n’échappe pas à la tendance, y compris chez les sportives. L’Alpine A310 Vision, sans doute l’un des concepts les plus séduisants du salon, rend hommage à l’A310 de 1971. Alpine la présente comme une étude créative, premier modèle d’une ligne de « projets spéciaux » à diffusion très limitée.
La Renault 8 Gordini Concept joue la même partition : coupé biplace de 270 ch à moteur arrière, compteurs analogiques et commandes physiques. Renault l’a dit clairement, elle ne sera pas produite et rejoindra le futur musée de Flins.
Laurens van den Acker, directeur du design de Renault, reconnaît lui-même le phénomène. Interrogé par le magazine evo au salon, il parle d’un filet d’eau devenu « une vague », presque « une recette », et estime qu’il faut désormais « ralentir un peu le rythme ». Gilles Vidal, chez Stellantis, prévient de son côté que « faire revivre un modèle doit avoir du sens ».
Pourquoi tant de retours ? Les designers avancent plusieurs raisons. L’électrique uniformise les voitures : mêmes plateformes, mêmes batteries, mêmes silhouettes. Le patrimoine devient alors ce qui distingue une marque, et c’est précisément ce que les nouveaux venus chinois n’ont pas.
Il y a aussi l’effet Renault 5. Numéro un des ventes de voitures électriques en France en 2025, avec près de 38 000 immatriculations, elle a prouvé qu’un nom connu pouvait faire vendre.
Mais la recette n’est pas infaillible. Au premier semestre 2026, la Renault 4 s’est vendue environ quatre fois moins que sa sœur (5 589 unités contre 20 662). La nostalgie ouvre la porte, elle ne garantit pas la vente.
À l’opposé, Tesla a choisi la démesure. Présenté au Texas pendant la semaine du Mondial, le nouveau Roadster a signé en démonstration un 0 à 97 km/h en 0,81 seconde, avec l’aide de propulseurs à gaz froid issus de SpaceX. Entre néorétro et évolution mesurée de l’électrique, les constructeurs européens n’ont rien proposé de comparable, ni dans la performance, ni dans la mise en scène.
Quel bilan pour les constructeurs chinois ?
Sur le papier, le bilan est flatteur. Leur nombre a doublé en deux ans, et leur poids commercial suit : les marques chinoises représentaient 10,7 % du marché européen au deuxième trimestre 2026, contre 5,7 % un an plus tôt, selon Schmidt Automotive. En France, leur part reste plus modeste, autour de 4,7 % au premier semestre.
Le contexte les pousse à accélérer. Leur marché intérieur traverse une crise sévère (les ventes au détail ont reculé de 28 % sur un an en septembre, selon l’association chinoise CPCA), comme nous l’expliquions dans notre analyse du marché chinois. L’export devient vital.
Mais l’Europe resserre aussi la vis. En pleine semaine du salon, Bruxelles et Pékin ont trouvé un accord de principe pour plafonner à 350 000 par an les hybrides importés de Chine, d’après L’argus. Les modalités restent à préciser.
Surtout, la présence à Paris ne garantit pas la durée. Le site spécialisé Electrive parle d’une « porte tournante » : plusieurs marques venues en 2024 n’étaient plus là cette année (Hongqi notamment), et MG, la plus implantée en France, a fait l’impasse. Beaucoup de nouveaux venus n’avaient ni réseau, ni prix, ni date de livraison à annoncer. Même Chery, pourtant ambitieux, présentait sa citadine électrique Q en première européenne sans confirmer son arrivée en France.
Le salon a donc servi de vitrine à deux catégories bien distinctes. D’un côté, les groupes qui s’installent pour de bon, avec usines et réseaux (BYD, Leapmotor via Stellantis, Chery, Xpeng). De l’autre, des marques qui testent le terrain, et dont certaines ne reviendront sans doute pas en 2028.
Toute notre couverture du Mondial
- Notre avant-salon des marques françaises
- Citroën 2CV Concept et DS F3VER
- Peugeot E-T16 et RCZ Vision
- Renault E-Space Concept, Alpine A310 Vision, Dacia Spring et Striker
- Fiat Multiplay et Multiplina, Grizzly, Alfa Romeo Cuorerosso, Lancia Gamma, Opel STX Concept
- Leapmotor B03, Xpeng G9L, smart #2
- Volkswagen ID. Tiguan et ID. Cross, Audi A2 e-tron, Mercedes GLA et AMG GT 4 portes
Sources : Mondial de l’Auto (bilan officiel), annuaire des exposants, Auto Infos, evo, Journal de l’Automobile, Electrive, Forbes, Auto Infos (R4/R5)










