Fumée blanche chez Stellantis ! le nouveau Directeur Général a enfin été nommé : il s’agit de l’italien Antonio Filosa. 6 mois après que Carlos Tavares avait été invité à partir mener des projets personnels en dehors du groupe, c’était une nomination hautement attendue pour le groupe Stellantis. On vous propose de parler à la fois de l’homme et des défis qui l’attendent.

Stellantis Antonio Filosa

Antonio Filosa, Stellantis canal historique

C’est donc Antonio Filosa, un Italien de 52 ans, qui a été nommé directeur général de Stellantis, succédant à Carlos Tavares, poussé vers la sortie en décembre 2024. Sa nomination, approuvée à l’unanimité par le conseil d’administration présidé par John Elkann, marque un tournant stratégique pour Stellantis, né de la fusion entre PSA et Fiat-Chrysler en 2021.

Stellantis Antonio Filosa

Diplômé du Politecnico de Milan, Filosa a débuté chez Fiat en 1999, peu de temps avant l’arrivée de Sergio Marchionne, mentor de John Elkann. La nomination d’un italien n’est sans doute pas fortuite. Et sa connaissance de l’ex-FCA puis de Stellantis a joué. Antonio Filosa a notamment évolué en Amérique du Sud, ingénieur en production puis patron d’usine dans le deuxième marché de Fiat, puis patron de l’Amérique latine. Il prend ensuite les rennes de Jeep en 2024, suivi de la direction de la qualité en Amérique du Nord. Une assemblée générale extraordinaire validera bientôt son élection au conseil d’administration, effective au 23 juin 2025.

Le groupe Stellantis fait face à une chute des ventes, notamment aux États-Unis (-25 % en 2024), et à des problèmes de qualité, comme les rappels de Citroën pour des airbags défectueux. Antonio Filosa devra relancer les ventes, renforcer la qualité et contrer la concurrence chinoise, tout en unifiant les divisions européenne et américaine et restaurer la confiance : un vaste défi l’attend.

Stellantis Antonio Filosa

Stellantis accuse notamment de très mauvais résultats en 2024 : un bénéfice net à 5,5 milliards d’euros en recul de 70 %, et une marge opérationnelle passée de 12,8 % à 5,5 % du chiffre d’affaires (lui-même en baisse de 17,2 %). Il y a urgence, d’autant que les chiffres du premier trimestre 2025 ne sont pas plus rassurants. Les livraisons ont reculé de 9 % à 1,2 million d’unités et le chiffre d’affaires de 14 % à 35,8 milliards d’euros. Le Figaro rappelle qu’au premier trimestre 2025, les ventes étaient déjà en retrait de 12 % à 41,7 milliards d’euros.

Les défis d’Antonio Filosa

Stellantis est actuellement handicapé par un sous-investissement chronique dans son appareil de production, ses systèmes informatiques et son plan produit tout en souffrant également de problèmes de qualités ayant écorné l’image et la rentabilité.

Le groupe Stellantis accuse de nombreux handicaps, notamment causés par des sous-investissements chroniques sous l’ère Tavares, servant à afficher des résultats financiers suffisamment trompeurs pour berner bien des analyses durant des années… Mais la réalité était tout autre :

  • Sous-investissements dans l’appareil de production avec des usines dont les lignes de fabrication accusent le poids des ans, le manque de 5S ou le manque d’adaptation au full kitting
  • Sous-investissement dans les systèmes informatiques souvent hérités de l’ère PSA des années 2000 !
  • Sous-investissement dans la mécanique : alors que les moteurs thermiques n’ont pas dit leur dernier mot, beaucoup de motoristes ont été invités à partir de l’entreprise
  • Sous-investissement dans le plan produit : Peugeot, Citroën, Opel, Fiat, Jeep ou Alfa ont besoin de nouveautés capables de booster significativement les ventes et d’attirer massivement des clients venus d’ailleurs

Plan produit et avenir des marques

A cela s’ajoutent des marques au plan produit qui interroge : Chrysler attend toujours de retrouver une gamme tandis que le dernier survivant, l’excellent monospace Pacifica, accuse le poids de ses 9 ans ! Et Dodge peine avec sa seule nouveauté, la Charger, au démarrage très difficile. RAM et Jeep sont également en difficulté après avoir connu des années fastes il y a peu.

On n’ose pas parler de Lancia ou de DS Automobiles dont les résultats sont problématiques et l’avenir, désormais incertain. Verra-t-on DS revenir chez Citroën, seule marque française perçue comme légitime en haut de gamme et dont l’image ne s’est jamais remise de la scission avec le label premium ? Lancia parviendra-t-elle à lancer la future Gamma et la future Delta avant qu’une funeste décision soit prise au regard du début commercial compliqué de la nouvelle Ypsilon ?

Stellantis Antonio Filosa

Crise de confiance et remises en question

Depuis le départ de Carlos Tavares, il y a eu beaucoup de changement voire de désaveux de la politique des premières années de Stellantis. Ainsi, la période d’intérim menée par John Elkann a vu de nombreux remaniements :  rappel du patron de RAM, Tim Kunikis, remercié par Tavares, tout comme le directeur financier Richard Palmer, rappelé par John Elkann, réorganisation « à la mode FCA » en directions régionales, remise en route du V8 Hemi, revirement dans la stratégie d’électrification avec notamment la future plateforme STLA Small qui se voit adaptée dans l’urgence pour accueillir des moteurs thermiques.

Qu’il s’agisse des salariés, du réseau, des clients et des investisseurs, une vraie crise de confiance secoue Stellantis : Antonio Filosa a devant lui un immense chantier. Et on ne peut qu’espérer que le nouveau barycentre italo-américain ne se fasse pas au détriment de l’ingénierie en France.

Stellantis Antonio Filosa

Photos : Stellantis / ChatGPT (montage « fumée blanche »)