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Le Renault Rafale, SUV coupé lancé au printemps 2024, tient ses racines et son nom dans l’aviation. Et plus précisément le Caudron-Renault C.460 Rafale, un avion conçu en 1934 par la société née du rachat de Caudron par le constructeur automobile français. Nous l’avions (jeu de mot) essayé en motorisation hybride 200 ch.

Nous étant Eric, qui déplorait alors le léger manque de couple et de puissance. Satisfaisons sa mégalomanie en disant que les équipes de Renault l’ont écouté et ont appelé leurs copains de chez Alpine pour lui proposer une version E-Tech 4×4 hybride-rechargeable de 300 ch. Une transmission intégrale, un deuxième moteur électrique et un châssis revu par la marque sportive donnent-ils enfin des ailes à ce Rafale ?

Design du Renault Rafale E-Tech Atelier Alpine : lion, matrix, pouce.

Un petit sondage rapide parmi nos amis « hors-milieu automobile » durant ces essais fût sans appel. A la question « quelle est la marque de cette voiture ? », beaucoup ont répondu « Peugeot » (avec ou sans cynisme). On ne peut en effet s’empêcher de penser à la marque concurrente en voyant ce Rafale très « félin ».

Déplaît-il pour autant ? Non. Ressemble-t-il tellement à une Peugeot que remplacer le losange par un lion suffirait pour en faire une auto de Sochaux ? Certes, la patte de Gilles Vidal est là et dans les grandes lignes. Mais si l’on s’attarde sur le design, on voit bien du Renault partout.

Dans la calandre, ornée de losanges tout autour du GROS losange, dans les feux, dans les phares, dans le traitement des feux de jour en flèches… Ses phares ne sont même pas si éloignés de ceux d’un Captur restylé, d’un Symbioz ou d’un Scenic E-Tech ! Il s’intègre bien dans la gamme du constructeur, tout en donnant un coup de vieux à l’Arkana avec lequel il est difficile de le confondre.

Même en le voyant de profil s’étendre sur ses 4,71 mètres, le Rafale ne fait pas si massif. Les jupes, bas de caisses et arches de roues noirs, les jantes de 21 pouces et la ligne de toit fuyante lui donnent une silhouette fluide, tandis que l’avant et l’arrière donnent une impression de largeur (celle-ci fait 1,86 m). Les proportions sont réussies, le style n’est pas trop complexe mais a sa personnalité et des détails travaillés.

Il y a en plutôt un petit air de Skoda Enyag coupé de dos, surtout sur notre photo d’illustration où un reflet vient reproduire la partie blanche du feu du SUV coupé tchèque. Mais il n’empêche, comparable ou pas, ce modèle devrait bien vieillir en ne versant pas dans l’extravagance.

Qu’apporte alors en termes d’esthétique la finition Atelier Alpine de notre modèle d’essai par rapport à la version Esprit Alpine ? Les jantes plus grandes, les phares Matrix-LED vision… Et c’est tout. Ah , pardon, les badges également, qu’il faut regarder de près pour distinguer leur différence, celle-ci se limitant au gravage « Atelier » au lieu de « Esprit ».

Si vous voulez un Rafale qui évoque plus la marque sportive Alpine, optez pour le Bleu Sommet mat et l’aileron bi-ton! Et si vous pensiez vous faire remarquer en optant pour la motorisation 300 ch, c’est raté !

A bord du Renault Rafale E-Tech 4×4 : cockpit digital

La distinction n’est pas de mise non-plus à l’intérieur. La planche de bord est celle de l’Espace et de l’Austral (Renault a copié entre ses modèles, je peux bien copier sur Eric !), et tout nous est familier par rapport à une version Esprit Alpine.
Mais comme le soulignait mon confère durant l’essai, cet intérieur fait le travail, et le fait bien.

C’est agréable à regarder et à toucher, distrayant même, entre le gros repose-poignet façon manche d’avion, l’éclairage d’ambiance personnalisable à l’envi, les ceintures à liserés bleus, les contre-portes à surpiqûres bleu-blanc-rouge… En débutant l’essai en passager, le décor de planche de bord côté droit intrigue. Qu’est-ce donc ? du carton recyclé imitation béton ?

On lira plus tard « ardoise ». Ah. La ronce de noyer, c’est has-been, le faux carbone ridicule… Cette alternative a le mérite d’être originale à défaut de briller par sa beauté !

Votre serviteur passant derrière le volant , son compère essayeur passe sur la banquette arrière. Le veinard peut regarder par terre et admirer cette belle moquette bleue des versions Esprit Alpine et Atelier Alpine. Petite nostalgie de l’essai du Volvo C40 !

Première impression erronée quant aux écrans, qui ont l’air implantés trop bas mais tombent bien sous les yeux. La tablette étant orientée vers le conducteur, elle est de plus facile à utiliser et le système multimédia est fluide et intuitif. Mais pourquoi nous a-t-il fallu une demi-journée pour trouver les boutons d’extinction et de volume de la tablette, situés tout à droite ? Aucune idée…

Quant à mon compagnon de route que j’observe dans le miroir de courtoisie, il est confortablement assis et, grande perche qu’il est, se réjouit de l’espace disponible pour ses jambes et sa tête. Tous les SUV-coupés ne sont donc pas des aberrations, spacieux dehors mais pas dedans ! De l’intérieur, avec cet accoudoir se transformant en centrale d’accueil pour tablette, on a même l’impression que le véhicule a été conçu comme véhicule avec chauffeur.

Le volume de coffre n’a pas souffert entre le passage de l’hybride simple à l’hybride rechargeable. Il est toujours d’une contenance de 530 dm3 et culmine à 1 600 dm3 sièges rabattus. Seulement, il faut caler sous le plancher le câble de recharge… Ou sur le côté ! Le câble de type 2 est par ailleurs facturé 300 €, sachez-le !

Essai Renault Rafale E-Tech : avion à réaction

Commençons par quelques données techniques sur cette partie dynamique qui nous intéresse particulièrement. On n’a pas tous les jours l’occasion d’essayer une voiture française de 300 ch !

Mauvaise nouvelle pour ceux qui attendaient de la noblesse mécanique en regardant la fiche technique. Le moteur principal, thermique, est toujours un 3 cylindres de 1 199 cc poussé à 150 ch. Ford faisait grimper son 1.0 EcoBoost 3 cylindres à 170 ch (version rallye non-commercialisée). On ne s’étonnera que peu de cette puissance et Renault rassure sur la fiabilité de ce moteur. Le temps le dira !

Quant au couple, il s’élève à 230 Nm. Toujours pas foudroyant, mais il est à répartition variable selon le mode de conduite sélectionné.

Si vous avez bien calculé, avec le thermique seul, il maque a moitié des chevaux annoncés. Ils arrivent. Le bloc essence est secondé par un premier moteur électrique à l’avant, de 50 kW (70 ch) et 205 Nm de couple. Mais pour devenir 4×4 et atteindre 300 ch cumulés, ce Rafale E-Tech rechargeable reçoit un second moteur électrique principal sur l’essieu arrière, offrant à lui seul 136 ch et 195 Nm de couple.

Et quand y’en a plus, y’en a encore, un troisième moteur électrique s’invite également sur le châssis, d’une puissance de 34 ch et 50 Nm de couple, qui viennent renforcer l’écurie en mode sport.

Autres changements, ceux opérés sur les trains roulants par les équipes Alpine sur la version Atelier Alpine. Amortisseurs, ressorts et butées ont par exemple été développés par la marque dieppoise. C’est aussi cette équipe qui s’est occupée de la mise au point de l’amortissement piloté, du freinage, de l’ESP, de la direction… et le contrôle de l’agilité.

Derrière « contrôle de l’agilité » se cache le 4Control, soit les 4 roues directrices. Les roues arrière pivotent sur 5 degrés, dans le sens opposé de l’avant pour faciliter les manœuvres en réduisant le rayon de braquage, et dans le même sens en conduite vive pour suivre le cap. Ces effets peuvent être paramétrés selon différents modes : dynamique, sport et confort, pour offrir plus ou moins d’agilité.

Vous voulez encore plus de choix pour votre expérience de conduite ? Utilisez en plus les EV modes ! Hybrid pour laisser l’auto gérer entre les motorisations thermique et électrique, Electric pour rouler 0 émission, ou Save pour garder et/ou recharger à 25% la capacité électrique.

Mais l’expérience de conduite va vraiment varier selon selon la sélection du mode de conduite dans le Multi-Sense et sa personnalisation éventuelle. On note les classiques modes eco (limité à 185 ch, moteur électrique 136 ch), confort (250ch), Snow (250 ch), sport (300 ch dont 160 ch électrique ) et perso. Le mode confort est sélectionné par défaut à chaque démarrage, car c’est sur ce mode que le véhicule a été homologué).

La transmission évolue également et est asservie à la vitesse. Sous 70 km/h, c’est une traction, au-delà, une propulsion, et en accélération poussée, le Rafale passe automatiquement en 4 roues motrices.

Tout cela paraît complexe sur le papier ? Ca l’est aussi au volant, où l’on remarque des palettes… pour régler (encore !) l’intensité du freinage régénératif. Et on ne va pas s’en priver. La course de la pédale est en effet bien longue par défaut et en conduite rapide, il faut vraiment taper dans le fond. Le freinage régénératif est bien plus agréable, tant en ville que pour décélérer rapidement en arrivant dans une courbe !

Oui, nous sommes à bord d’une familiale, mais que Renault présente comme « Hautes performances » (0 à 100 en 6,4 secondes, soit 2 secondes et demi de moins que le Rafale hybride 200 ch et le 80 à 120 en 4 secondes. Wow.), nous vérifions donc cette information dans la limite de ce que le code de la route le permet…

De ce que l’on peut en juger, ce Rafale E-Tech 4×4 300 ch n’est pas une fusée mais sa stabilité et la sensation de légèreté qu’il offre sont étonnants pour un véhicule de ce gabarit.

Avec le 4Control Advanced, on est plus sur des sports de glisse que dans un grand 8 brutal. Assez impressionnant quand on prend en compte le poids du Rafale E-Tech 4×4 : 1 938 kg, soit environ 300 kg de plus que la version hybride non-rechargeable.

Mais cette légèreté s’accompagne d’un manque de feeling de la route, dont les aspérités sont bien filtrées à un rythme de nationales. La suspension active fonctionne par ailleurs de 7 à 132 km/h et la caméra qui y est liée « lit » le bitume 16 à 22 mètres devant.

Bref, nous roulons sur les routes de montagne, à travers la forêt, sans prendre de roulis mais en prenant plutôt du plaisir. La direction gagnerait à se raffermir encore en mode sport (quoi qu’avec le 4Control, cela pourrait surprendre). Cela ne nous empêche pas d’avancer vite et bien, en silence souvent. En somme, c’est tout lisse !

Pour nous réveiller et nous agacer un peu, on note parfois des à-coups de puissance, surtout en mode sport. Autre bémol, en roulant en ville, le bruit (règlementaire) du véhicule devient vite agaçant… Mais quand on passe en sport, c’est celui du moteur thermique qui nous crispe quand on est amené à le solliciter, celui-ci grognant sur un ton monotone.

Quant au confort, tout dépendra de votre constitution, apparemment. A deux dans la voiture, de gabarits presque opposés (pas Laurel et Hardy, mais pas pas trop loin, sans la moustache et le chapeau), l’essayeur frêle dépourvu de muscles dorsaux a eu mal aux lombaires à force d’absorber les secousses sur les dos d’ânes et plaques d’égouts indénombrables.

D’accord, la suspension prédictive épargne des claquements secs, mais les mouvements de caisses engendrés peuvent fatiguer. L’utilisation de la fonction massage était indispensable ! Le second essayeur, d’une solide constitution physique, ayant pourtant voyagé à l’arrière, était cependant tout frais en sortant du Rafale.

Sur notre parcours, nous avons beaucoup roulé en électrique et l’avons apprécié. Avec sa batterie de 22 kWh / 400V, le Rafale E-Tech 4×4 300 ch prétend offrir jusqu’à 105 km d’autonomie électrique (96 km sur notre version). Soit 1 000 km d’autonomie totale en considérant tout le groupe motopropulseur (le réservoir à essence dispose d’une capacité de 55 litres).

Dans les faits, ce que nous enseigne l’ordinateur de bord sur nos consommations en parcours mixte est que nous avons établi une moyenne de consommation de 3,3 l / 100 km sur une boucle de 158 km, soit en ayant épuisé l’autonomie de la batterie. Nous avons pourtant utilisé le mode sport fréquemment, roulé en montagne et -comme l’indique ce cafteur d’écran Eco Score – pratiqué une conduite peu éco-responsable… Le constructeur annonce quant à lui une consommation mixte WLTP de 5,8 l / 100 km.

Equipements Renault Rafale E-Tech : ça plane pour moi

Si de l’extérieur et dans l’habitacle, les différences entre les versions Esprit Alpine et Atelier Alpine sont ténues, en termes d’équipements, l’Atelier Alpine défend son statut haut-de-gamme.

Elle reçoit en plus les suspensions pilotées avec caméra prédictive, les châssis et Multi-Sens optimisés par Alpine Cars. Côté confort, les sièges électriques à mémoire et massage lombaire sont de série. On s’est fait mieux masser chez la concurrence, comme la Volkswagen ID. 7 ou le Peugeot E-5008, et l’amplitude de réglage de l’assise est trop restreinte (inclinaison, longueur). Heureusement, les sièges sont chauffants… mais pas ventilés, tout comme le volant et le pare-brise.

Au chapitre technologies diverses, le Rafale Atelier Alpine est équipé des feux Matrix Led-vision (qui ne nous ont servi que dans les tunnels de Monaco), le hayon main libre, la projection du logo via les rétros extérieurs, le parking main libre avec caméra 360° et enfin l’active driver assist, soit le régulateur adaptatif avec centrage dans la voie.

A toi cher mélomane qui a été enchanté de voir Jean-Michel Jarre ouvrir et fermer la cérémonie de clôture des JO, sache que les 5 ambiances proposées par le système audio Harman Kardon ont été travaillées avec ce musicien. La différence entre les modes est sensible et le résultat est bon, même si on connaît plus immersif.

Dans la série « il y a un peu plus, j’vous l’met quand-même ?« , Renault a gardé deux options payantes sur cette version haut de gamme Atelier Alpine. On trouve l’affichage tête haute, et (toujours pour avoir la tête en l’air), le toit en verre opacifiant, qu’on manipule comme un toit ouvrant, à savoir en gardant le doigt appuyé sur la commande du plafonnier pour opacifier ou rendre transparent la dalle de verre qui, précisons-le, ne s’ouvre pas.

C’est handicapant de ne pouvoir se servir de son bras droit (au sens propre) pendant ce temps, mais on peut admirer la cinématique et remarquer le petit avion en guise d’Easter Egg à la base arrière de ce toit en verre.

On peut aussi opter pour des options de plus ou moins bon goût comme des détails ou rétroviseurs bleus, ou blancs. Il en faut pour tous les goûts mais à notre avis Renault a surtout voulu rendre hommage au drapeau tricolore que de voir repartir de ses concessions des Rafale ainsi pimpés.

Prix Renault Rafale E-Tech 4×4 : vous avez dit Grand Prix ?

Renault Rafale E-Tech 300 ch à partir de 54 500 €
Modèle essayé : Renault Rafale E-Tech Atelier Alpine à 59 000 € hors options soit 62 300 € hors malus avec les options toit en verre Solarbay (1 500 €), système audio premium Harman Kardon (1 000 €) et affichage tête haute ( 800 €)
Malus au poids 2025 : 1 938 kg – 200 kg d’abattement cause PHEV – 1 600 kg, seuil de déclenchement du malus = 138 x 20 €/kg excédentaire = 2 760 € ?

Concurrence

En motorisation hybride rechargeable, Renault surclasse son SUV-coupé en le plaçant non-plus face aux Toyota RAV4 hybride rechargeable (pourtant de même puissance et de même prix, 61 950 toutes options) et autres Peugeot 3008 GT hybride Rechargeable 195 ch (toutes options à 49 390 € ), VW Tiguan ou Alfa Romeo Tonale, mais face aux premium tels que le BMW X2 (300ch en M135 xDrive à 64 950 €, mais pas hybride !) ou le DS 7 (PHEV 300 ch à partir de 69 350 €). Forcément, vu comme cela, il semble une bonne affaire !

Bilan de l’essai Renault Rafale E-Tech 4×4 300 ch : le haut voltage plus que la haute voltige

Ce long courrier peut se résumer assez simplement. Cette version PHEV brille plus par son caractère économique, son confort et sa polyvalence plus que par sa sportivité pure. Même si on doit lui reconnaître une belle agilité qui fait oublier ses dimensions.

On reste un peu sur notre faim sur la présentation extérieure de cette version Atelier Alpine qui ne se distingue pas assez de l’Esprit Alpine. Mais l’équipement y est, ainsi que le confort et l’agrément. Reste à voir si ce véhicule arrivera à conquérir, grâce à ses tarifs un peu plus avenant, une clientèle qui se tournerait vers un SUV « non-coupé » plus spacieux type DS 7 !

Album Photos Renault Rafale E-Tech

Photos : Guillaume AGEZ