Cela fait belle lurette que nous voyons des berlines compactes. Bien plus de 30 ans, même : on attribue généralement à la Golf le lancement de la catégorie, en 1974. De nombreux constructeurs se sont ensuite engouffrés dans la brèche, notamment dans les années 80 et 90. Toutes ces marques avaient toutefois un point commun : elles étaient généralistes. Aucune n’était véritablement considérée comme « premium », même si l’on pourrait éventuellement faire une exception pour Alfa Romeo (et son duo 145/146) ou la Lancia Delta. Du côté des constructeurs premium allemands, BMW avait certes timidement tenté de rapiécer sa Série 3 avec la Compact, lancée en 1993. Mais aucun n’avait encore pleinement osé investir ce segment. Jusqu’à Audi, qui, en 1996, lançait l’A3 et défrichait ainsi un nouveau territoire : celui des compactes « chics ». Avec le succès que l’on connaît.

L’Audi A3 8L, l’une des sensations du Mondial de l’Auto 1996

Si, aujourd’hui, les salons automobiles revêtent une moins grande importance (les lancements de nouvelles voitures étant davantage « lissés » sur l’année et les constructeurs n’hésitant plus à créer leurs propres événements), ils constituaient encore, il n’y a pas si longtemps, de vraies grandes attractions. Notamment en 1996, où le Mondial de l’Auto de Paris tenait une place capitale. Cette année-là, les nouveautés étaient nombreuses, des plus pratiques aux plus spectaculaires : Renault Scénic, Citroën Berlingo en version familiale, Porsche Boxster, Peugeot 406 Coupé, Jaguar XK8…

Puis il y avait l’Audi A3. Une nouveauté qui allait marquer le public et la presse, puisqu’elle constituait la première véritable incursion d’un constructeur premium dans un segment jusque-là largement dominé par les généralistes. Certes, BMW avait déjà tenté l’expérience avec la Série 3 Compact en 1993. Mais l’A3 allait donner une tout autre dimension à cette idée de « compacte premium ».

D’abord, une berline 3 portes

L’arrivée de l’A3 s’inscrit d’ailleurs dans une stratégie plus globale pour Audi. Au début des années 1990, la marque cherche à monter en gamme et à renforcer son image, avec notamment l’A8, lancée en 1994. Dans le même temps, elle entreprend de renouveler sa nomenclature : l’Audi 100 devient A6, tandis que l’Audi 80 prend le nom d’A4. L’A3 s’inscrit donc naturellement dans cette nouvelle logique, avec une lettre « A » suivie d’un chiffre indiquant sa position dans la gamme.

Mais surtout, Audi ne se contente pas de réduire une A4. L’A3 est un nouveau modèle à part entière. Avec ses 4,15 m de long, sa silhouette compacte et ses proportions équilibrées, elle affiche un dessin à la fois moderne et immédiatement identifiable comme une Audi. Elle reprend les codes inaugurés quelques années plus tôt par les grandes sœurs de la gamme, mais les adapte à une carrosserie à hayon.

À son lancement, l’Audi A3 n’est proposée qu’en trois portes. Un choix qui lui permet de cultiver une image plus dynamique, mais aussi de mieux la différencier de la Golf, sa cousine de Volkswagen. Car sous cette carrosserie Audi se cache une architecture appelée à connaître une destinée bien plus large : la plateforme PQ34. L’A3 est en effet le premier modèle du groupe Volkswagen à l’adopter, avant que la Golf IV ne la reprenne à son tour en 1997. Elle servira ensuite de base à de nombreux autres modèles du groupe, dont la Seat Leon.

Ensuite, une gamme complète

Sous le capot, Audi propose dès le départ une gamme relativement classique pour une compacte, mais avec quelques arguments de poids. L’essence est représentée par les 1.6 et 1.8, tandis que le 1.9 TDI constitue l’offre Diesel. Le 1.8 Turbo, proposé avec 150 ch, apporte déjà une dimension nettement plus sportive à la petite Audi. La gamme évoluera rapidement, avec notamment l’arrivée d’autres motorisations et, à partir de 1998, de la transmission intégrale Quattro.

Ci-dessus, une Audi A3 bleu opaque en finition d’entrée de gamme Attraction. Clairement pas la plus « sexy » des A3, mais elle avait au moins pour elle d’avoir des jantes en alliage !

En 1999, Audi offre enfin à l’A3 une carrosserie cinq portes, trois ans après le lancement de la version originale. La même année apparaît la S3, exclusivement en trois portes à ses débuts, avec un 1.8 Turbo développant 210 ch et une transmission Quattro. De quoi transformer la discrète compacte d’Ingolstadt en véritable petite GTI.

Indéniablement, la carrosserie 5 portes, introduite en 1999, a contribué au succès de l’Audi A3.

La fin de l’année 2000 marque ensuite une nouvelle étape avec un restylage. Les modifications restent relativement discrètes, mais les optiques, les feux et l’habitacle évoluent, tandis que la gamme reçoit de nouvelles motorisations et davantage d’équipements. Au total, la première génération de l’A3 aura été produite à environ 900 000 exemplaires dans le monde. Remplacée en Europe en 2003, elle poursuivra toutefois sa carrière au Brésil, où sa production ne prendra définitivement fin qu’en 2006.

Les deux versions de l’Audi A3 (3 et 5 portes) ont été restylées en 2000. Principale nouveauté : des phares aux xénons.

Pourquoi une petite Audi ?

Pour comprendre pourquoi Audi s’est aventuré sur ce terrain, il faut se replacer dans le contexte du début des années 1990. La marque cherche alors à renforcer son statut face à BMW et Mercedes, tout en élargissant sa clientèle. Or, les compactes ne sont plus seulement des voitures rationnelles et abordables : les versions les mieux équipées des Golf, notamment, montrent qu’une clientèle est prête à payer davantage pour une voiture plus valorisante sans forcément passer à la catégorie supérieure.

Dans le même temps, l’Audi 80, devenue A4 en 1994, a grandi et s’est embourgeoisée. Il y a donc de la place, dans la gamme, pour une Audi plus petite. L’A3 doit ainsi permettre à la marque de descendre en gamme sans renoncer à ce qui fait son identité : qualité de fabrication, présentation soignée, technologie et image.

Nous parlions précédemment de l’Audi S3, arrivée en 1999 : si elle savait se montrer discrète esthétiquement, elle se distinguait quand même pas mal de l’A3 qui lui servait de base.

Le pari est également économique : en partageant sa nouvelle plateforme avec les futurs modèles compacts du groupe Volkswagen, Audi peut viser des volumes importants tout en conservant un positionnement plus haut de gamme.

La suite : trois autres générations d’Audi A3… puis la fin ?

Audi A3 8P (2003 – 2012)

En mars 2003, Audi présente la deuxième génération de l’A3, connue sous le nom de code 8P. Plus longue, plus large et surtout plus ambitieuse, elle abandonne une partie de la discrétion de sa devancière pour adopter un style plus affirmé, signé Walter de Silva. Elle inaugure également une nouvelle plateforme du groupe Volkswagen et profite de motorisations plus modernes, avec notamment les premiers moteurs à injection directe FSI.

Mais c’est surtout l’année suivante qu’elle franchit une étape importante : l’A3 devient enfin une vraie compacte familiale avec l’arrivée de la Sportback, une 5 portes plus longue que la 3 portes. Audi ne se contente donc plus de proposer une alternative chic à la Golf : elle commence à construire une véritable famille autour de son modèle.

Outre ses portes arrières et sa poupe remaniée, l’Audi A3 Sportback (arrivée plus d’un an après la déclinaison 3 portes) était l’un des premiers modèles de la gamme à disposer de la désormais emblématique calandre Single Frame, dont héritera quelques mois après la version 3 portes.

La gamme va d’ailleurs considérablement s’étoffer au fil des années. La transmission Quattro et la boîte à double embrayage S tronic font leur apparition, tandis que le catalogue accueille des mécaniques de plus en plus puissantes, dont le spectaculaire V6 3.2 de 250 ch. En 2006, l’A3 se décline en S3 avec un 2.0 TFSI de 265 ch, avant de recevoir, en 2008, un nouveau restylage et l’introduction d’une version cabriolet. Et Audi pousse encore plus loin la logique en 2011, avec la première RS3 Sportback : cinq cylindres 2.5 TFSI, 340 ch et transmission intégrale.

Ci-dessus : l’Audi A3 cabriolet, introduite lors du restylage de 2008, ainsi que les sulfureuses RS3 et S3.

L’Audi A3 8P reste aujourd’hui l’A3 la plus vendue, avec près de 2 millions d’exemplaires immatriculés.

Audi A3 8V (2012 – 2020)

La troisième génération arrive en 2012 et marque une nouvelle étape. Présentée au Salon de Genève, l’A3 adopte (et introduit) la plateforme modulaire MQB du groupe Volkswagen, qui lui permet notamment de réduire son poids tout en intégrant de nouvelles technologies. Mais, surtout, Audi élargit encore son champ d’action. S’ajoutent, en 2013, aux classiques déclinaisons 3 portes et Sportback, une berline tricorps et, à nouveau, un cabriolet.

Cette génération accompagne aussi les grandes évolutions techniques de son époque. En 2015, Audi lance l’A3 e-tron, une hybride rechargeable associant un 1.4 TFSI à un moteur électrique pour une puissance cumulée de 204 ch. La gamme sportive continue parallèlement de grimper en puissance : la S3 atteint jusqu’à 310 ch et la RS3 conserve le cinq cylindres 2.5 TFSI, porté à 400 ch lors de son évolution. Restylée en 2016, l’A3 reste au catalogue jusqu’en 2020.

Au total, plus d’1,5 millions d’Audi A3 8V auront trouvé preneurs.

Toute la gamme Audi A3 a été restylée en 2016. Ici, la version Sportback.

Audi A3 8Y (2020 – ?)

En 2020, Audi renouvelle l’A3 pour la quatrième fois. La transformation est cette fois particulièrement visible à l’intérieur : écran tactile, instrumentation numérique et multiplication des systèmes d’aide à la conduite donnent à la compacte des airs d’A4. La carrosserie 3 portes disparaît au passage (tout comme le cabriolet) : la gamme s’articule désormais autour de la Sportback et de la berline. Audi poursuit également l’électrification avec des motorisations hybrides rechargeables, tout en conservant des versions essence et Diesel.

La S3 conserve son quatre cylindres 2.0 TFSI, alors que la RS3 perpétue la tradition du cinq cylindres, devenu presque une signature de la gamme. En 2024, l’A3 bénéficie d’un restylage, introduisant une déclinaison baroudeuse nommée Allstreet. Un second restylage est arrivé cette année, avec une planche de bord totalement remaniée.

La RS3 ne fait pas dans la demi-mesure et a, aujourd’hui, une sacrée réputation…

L’objectif : permettre à l’Audi A3 de continuer dignement sa carrière, dans un contexte où la guerre fait rage avec les SUV… notamment en interne, avec le Q3.

Ci-dessus, l’A3 Allstreet, ainsi que la nouvelle planche de bord introduite en 2026.

Et après ?

Avec son A3, Audi a de quoi être fier : elle a suffisamment agacé ses concurrents pour que BMW lance son équivalent, la Série 1, et que Mercedes transforme sa Classe A en berline compacte en 2012.

Néanmoins, comme nous l’écrivions juste au-dessus, les SUV ont largement grappillé des parts de marché aux berlines compactes, y compris premium. Si bien que Mercedes envisageait initialement de ne pas renouveler l’actuelle génération de Classe A… avant de se raviser ; la berline compacte enregistrant malgré tout des ventes encore honorables.

Selon les journalistes allemands d’Automobilwoche, elle serait remplacée d’ici la fin de la décennie, mais sous la forme d’un véhicule un peu plus haut. Ce dernier pourrait ainsi emprunter quelques codes esthétiques aux… monospaces. La boucle serait bouclée puisque, rappelons-le, la Classe A était à l’origine un petit monospace ! Il reprendrait les soubassements du récent GLA et pourrait ainsi exister à la fois en thermique et en électrique.

Chez BMW, bien que nous n’en ayons pas la confirmation, il semblerait que le renouvellement de la Série 1 n’ait jamais vraiment été remis en question. La compacte bavaroise devrait donc bien avoir une descendance.

Ca, pour une surprise ! Audi a donné une descendance, en 2026, à l’A2. Cette nouvelle A2 e-tron est censée devenir la nouvelle entrée de gamme du constructeur, 100% électrique.

Et chez Audi, alors ? Les rumeurs vont bon train. Comme pour la Mercedes Classe A, nous pouvions encore lire, il y a quelques mois, que l’Audi A3 ne serait pas renouvelée. Ou alors, pas sous sa forme actuelle. A priori, elle devrait bien avoir une remplaçante, qui resterait une berline compacte. En revanche, celle-ci ne devrait être proposée qu’en électrique et reposer sur la toute nouvelle plateforme SSP du groupe Volkswagen. Comme une certaine Volkswagen Golf IX qui, elle aussi, sera théoriquement 100 % électrique et qui, elle aussi, arrivera(it) juste avant 2030. A suivre, donc !

Et si vous aimez les compactes premium, outre les Mercedes Classe A et BMW Série 1 précitées, il y a aussi eu l’originale Volvo C30 (2006 – 2012), à laquelle nous avons consacré un article.

Crédits illustrations : Audi, BMW et Mercedes via Autowp.ru et Netcarshow.com

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