L’été est fini, la rentrée sur les chapeaux de roues semble déjà loin derrière nous… Quoi de mieux pour se réchauffer le cœur que de se remémorer nos escapades au soleil ? Nous vous invitons à revivre avec nous un roadtrip extraordinaire que nombre d’automobilistes auraient rêvé de faire : 12 jours et 2 500 km à travers la Tunisie avec 10 équipages en Citroën Traction.
Après nous avoir conviés en 2025 à l’édition précédente, les organisateurs nous ont de nouveau embraqué au printemps 2026. Une aventure que vous avez pu suivre en direct grâce à quelques stories, mais qui méritaient aussi un article illustré !
Vous pouvez retrouver cette expérience automobile, touristique et humaine, dans le numéro 110 du magazine Citroscopie. Nous vous en livrons ici une version un peu différente avec des photos exclusives.
AU SOMMAIRE
L’équipe organisatrice




Nous vous présentons, par ordre d’apparition ci-dessus, Kais, dont la société LOV (Logistique Organisation Voyage) est spécialisée dans les événements tels que raids et rallyes auto et moto. Directeur de course de la FIA et pilote formateur, il a imaginé ce séjour de façon à ce que chaque participant en profite à fond et en toute sécurité.
Il a pu pour cela s’appuyer sur James, ami de longue date malgré la distance. Etabli en France mais grand baroudeur même après avoir arrêté la compétition automobile au volant de sa Traction grise, c’est lui qui fait la promotion et le casting de l’événement pour créer un groupe motivé et préparé.
En parlant de préparation, l’équipe peut aussi compter sur Slim pour les imprévus. Outre sa précieuse assistance mécanique, il était toujours partant pour rendre service !
Et on dira que la parité est respectée, Michèle comptant pour deux, par l’énergie qu’elle met pour aider James et pour fédérer au sein du groupe et partager sa bonne humeur communicative !
Le départ – Jour 1 : Tunis – Teboursouk – 139 km
Alors que nous arrivons en avion en une paire d’heures à Tunis depuis Paris, nos futurs compagnons de route ont quant à eux effectué une traversée de 24 heures en ferry avec la Compagnie Tunisienne de Navigation. C’est au restaurant que nous les rencontrons pour la première fois, pour un premier déjeuner qui sera l’occasion d’apprendre quelques prénoms et informations précieuses sur le groupe, avant de partir pour notre première excursion.
Pour découvrir leurs véhicules, il faudra encore patienter un peu. Pour notre première étape, nous prenons place à bord du Toyota 4Runner de Kais, en tête de cortège. Nous découvrons les rudiments de la conduite avec roadbook et nous familiarisons avec les outils : une balise avec traceur et fonctions d’alertes, une application sur smartphone pour suivre la distance parcourue et relever les points de passage.
A défaut de voir les Traction arpenter ces nouveaux paysages, toutes étant loin derrière nous, nous admirons le paysage, surprenant par sa verdoyance. Des paysages vallonnés qui nous rappellent ceux de la Côte d’Opale… exception faite de quelques cactus, les moutons et vaches qui se promènent au milieu de la route… Et de la conduite qui nous déroute : ici, on ne roule pas dans la voie de gauche ou de droite. On roule au milieu. Et cela convient à tout le monde : pas de coups de klaxon intempestifs, pas d’agressivité…on roule mal mais dans le respect des autres, il semble y avoir un accord tacite qui permet de s’arrêter au milieu de la route pour entamer une discussion avec un piéton, prendre la priorité parce qu’on a envie… si seulement les parisiens avaient la même tolérance !
Après avoir fait ces constats sur quelques kilomètres encore, nous arrivons à l’hôtel Thugga , où nous pouvons enfin voir chaque véhicule arriver et en faire le tour pour découvrir leurs spécificités. Avant de partir découvrir la petite ville de Teboursouk, animée dans les hauteurs. Une ville aux styles multiples, du mignon petit quartier blanc et bleu façon Djerba à l’ancienne cité rustique.




Jour 2 : Teboursouk – Tabarka – 145 km
Nous partons assez tôt (nous ne le savons pas encore, mais c’est un départ tardif par rapport à tous ceux que nous vivrons ensuite !) destination Dougga, non loin de notre lieu de départ. Les ruines romaines, notamment le temple, nous rappellent celles de Baalbek, au Liban. Elles sont suffisamment étendues (et détaillées précisément par notre guide) pour que la visite nous prenne mine de rien pas moins d’1h30, entre les lupanards, latrines, salles de jeux, temple… De la hauteur du site, nous remarquons la végétation toujours abondante, luxuriante qui fait régner le vert dans la vallée.
Nous remontons en voiture, à l’arrière de la Traction commerciale de 1956 de Francis et Isabelle dont ils sont propriétaires depuis 2009 et avec laquelle ils ont parcouru pas moins de 6 000 km en Argentine. Ce raid ne leur fait donc pas peur ! Leur voiture est par ailleurs relativement confortable. Nous qui sommes installés à l’arrière sommes assis au-dessus des roues, donc nous subissons les rebondissements, mais nous disposons d’un espace aux jambes royal.
Le midi, nous profitons de la vue panoramique sur le barrage de B’Ni M’Tir lors de notre pause déjeuner. Le trajet se fait à un rythme assez lent. Non pas à cause de la phase de digestion du copieux repas, mais du fait de nombreux trous sur la route. Il faut bien souvent freiner en côte, mettant à la peine les autos dans leur ascension. Notre nouvel équipage, Alain et Isabelle, peste contre cette première vitesse qui n’est pas synchronisée et impose un arrêt total à chaque ralentissement trop fort.
Mais cette voiture, ils lui pardonnent tout, car c’est une voiture de famille, héritée du grand-père et stockée pendant 20 ans, jusqu’à sa remise en route lorsque le couple a pris sa retraite et décidé de vivre l’aventure tractionniste. Un membre de la famille en quelque sorte.
Et qui nous permettra d’atteindre sans encombre l’Hôtel Dar Ismail et de profiter du coucher du soleil depuis notre chambre !










Jour 3 : Tabarka – Sbeitla – 279 km
Même si nous avions prévu de changer d’équipage tous les jours, nous remontons en voiture avec Francis et Isabelle dans leur spacieuse et confortable Traction commerciale.
Le profil de la route est similaire à la veille : ça grimpe, donc il n’est pas rare de s’arrêter pour repasser la première. Une quarantaine de kilomètres plus loin, ça redescend, les voitures peuvent souffler et nous, profiter d’une autre vue, annonciatrice d’un retour prochain à la civilisation. En effet. Comme nous sommes dimanche, c’est jour de brocante et les villes sont animées, invitant à la plus grande vigilance au volant. Les piétons sont heureusement rangés sur le côté et nous regardent passer, nous photographient et nous saluent.
Nous continuons à longer la frontière algérienne et parvenons enfin sur une portion limitée à 90 km/h. Une portion pas plane, mais on peut tout de même, pour changer, rouler droit et à vitesse constante !
Après une halte à Dahmani où nous faisons la pause déjeuner, la route nous offre de larges plaines dans lesquels s’étendent des rangées d’oliviers à perte de vue. Nous arrivons assez rapidement sur le site historique de Sbeitla où notre groupe déambule entre les ruines, notamment les vestiges d’églises chrétiennes. L’Hôtel Byzacene est à deux pas, nous gagnons rapidement nos chambres pour nous ressourcer…et faire le briefing quotidien, dans la bonne humeur et même les rires !










Jour 4 : Sbeitla – Tamerza – 312 km
Encore un départ matinal, mais cette fois-ci la température annonce une journée chaude ! A 7h30, nous montons à l’arrière de la doyenne des Traction, une berline légère de 1936. Ses propriétaires, Sandrine et René, l’ont rachetée en kit à un ami qui ne souhaitait plus se lancer dans une restauration. Ils ont bien fait, dans tous les sens du terme : la qualité et le bon goût de la restauration est à souligner !
La bonne humeur dans notre véhicule nous a sans doute été enviée par la suite, après les premiers incidents sans gravité survenus dans d’autres véhicules : une jante voilée, un pare-chocs abimé, et un système de refroidissement qui commence à montrer des signes de faiblesse.
Nous avançons toujours bon train, simplement ralentis par un contrôle de police. Si notre instinct ne nous a pas trompé sur la température élevée, nous n’avions en revanche pas vu venir la pluie, dans des paysages qui sont devenus plus arides. Celle-ci est heureusement légère et passagère.
Nous montons à 1 100 mètres d’altitude, où une cité troglodyte domine le secteur, à laquelle nous accédons par une ribambelle de marches. En reprenant la route, il nous faut passer par une gorge-étroite (un coupe-gorge !), exercice dans lequel les familiale et commerciale ne brillent pas. Les routes, redevenues normales, nous font traverser des petites villes dont la mécanique semble être la spécialité locale.
Après un déjeuner au Jughurta Palace, la suite du trajet est facile. C’est même l’occasion pour nous de prendre le volant pour nous rendre compte des atouts et défauts du véhicule avec lesquels les équipages doivent composer. Etonnamment, même à bord de la doyenne mécanique du groupe, la Traction est relativement simple et agréable à conduire (propos à modérer, j’ai conduit une Dyane 4 dans la circulation moderne pendant 9 ans). Le levier de vitesse demande du doigté et une certaine habitude, le freinage une bonne dose d’anticipation, mais on se sent bien à la place du conducteur ! Accessoirement, ne pas rebondir comme on le faisait sur la banquette arrière rend le voyage plus reposant.
En arrivant à l’hôtel Tamerza Palace, une partie du parking est déjà utilisée pour effectuer une opération mécanique conséquente : le remplacement d’un joint de culasse. Le banal défaut de refroidissement a pris une ampleur plus importante au cours de la journée ! Mais avec la pièce à disposition dans le coffre et l’expertise de Slim et les connaissances mécaniques des uns et des autres, l’affaire est réglée en l’espace de quelques heures.
















Jour 5 – Tamerza – Tozeur – 91 km
A 8h du matin, notre voiture démarre. Il s’agit de la n°504 d’après son sticker, référence qui indique sa participation au raid en Australie en 1998. Elle porte également fièrement sur son aile « RC53 », RC initialement pour « Rallye du Coeur » mais, l’appellation ayant été reprise, l’acronyme s’adapte désormais à la destination de ces rallyes caritatifs organisés par Tractions Sans Frontière. Mireille, dite Bibiche, et Daniel, ont acheté cette Traction spécifiquement pour faire des rallyes, lassés par les voyages en bus frustrants faute de ne pouvoir s’arrêter quand on le souhaite pour s’aventurer et découvrir. Non contents d’y participer, ils ont également organisé le rallye des Traction sur la Route 66 aux Etats-Unis.
Et découvrir, c’est ce que nous faisons quelques kilomètres plus loin en traversant une palmeraie et en arrivant au bord du canyon de Mides, de taille respectable. Y prendre de la hauteur est intéressant, pour la vue par-dessus les palmiers, comme une énorme touffe perdue au milieu de rochers, la vue plongeante sur cette crevasse qui a été le théâtre de scènes de Star Wars, ou encore la proximité avec la frontière algérienne, le post frontière étant visible à quelques kilomètres à peine.
Après quelques mini-haltes pour admirer le panorama des montagnes dont la végétation commence à se faire rare, nous arrivons à l’oasis de Chebika. Une cascade y est présente, mais à cette période de l’année en tout cas, elle n’est qu’un prétexte pour une petite randonnée qui nous fait grimper puis redescendre sur du sol rocailleux irrégulier. Avec le temps que nous passons en voiture chaque jour, un peu de sport ne fait pas de mal ! Le relief non-plus, qu’on regrettera sur les routes désespérément désertiques qui offrent pour seul loisir des trous à intervalle régulier, qui occupent tout de même le conducteur et maintiennent son attention.
Mais une fois de plus, la pause s’impose. Et la pause déjeuner s’effectue à Chak Wak, parc de loisir situé dans la plus grande palmeraie du pays. Tous les équipages décidant ensuite de poursuivre cette pause à l’hôtel l’après-midi, nous partons seuls dans le 4×4 d’assistance conduit par Slim pour nous rendre à Ong Jmal (littéralement « le cou de chameau »), encore un site de tournage de la saga Star Wars (Episode 1 et Episode 2 notamment), qui en complète d’autres en Tunisie à Chott el-Djerid (à proximité) et à Matmata, plus loin à l’Est du pays. Nous traversons une zone réellement désertique pour y parvenir et sommes un peu déçus par la taille modeste, l’entretien limité et la présence de nombreux vendeurs collés aux maisons troglodytes en carton-pâte, qui gâchent un peu l’immersion dans le célèbre village.
Histoire de faire remonter l’adrénaline, nous faisons une ascension de la dune à proximité avec le Land Cruiser, comme le font les autres 4×4 présents, Hummer et Dodge Ram. Impressionnant ! Nous rejoignons ensuite le groupe pour un départ en calèche vers la palmeraie où nous en apprenons plus sur la culture des dattes en profitant de l’ombre des grands arbres. Nous concluons les visites par celle de la médina, autrement dit la vieille ville.
Une journée chargée et nous ne sommes pas au out de nos peines. Lors du traditionnel briefing de veille d’étape, alerte est donnée sur la distance à parcourir le lendemain : il ne va pas falloir flâner ! A l’Hôtel Ksar Rouge, les lumières sont donc vite éteintes !










Jour 6 : Tozeur – Sabria – 217 km
Nous sommes aujourd’hui dans la Traction la plus colorée, celle de Francine et Dominique, un couple de lorrains qui possède ce modèle de 1956 depuis près de 30 ans. Un laps de temps qui leur a permis de s’aventurer au Maroc, en Ecosse, en Sardaigne, dans le Cercle Polaire, en Angleterre… En 18 ans, la crème/caramel a écumé 74 000 km de routes à travers le globe.
Cette teinte bicolore sied désormais parfaitement au décor, quoi que celui-ci évolue en permanence. D’un désert totalement plat et blanc, on a plus loin l’impression de traverser une plage géante tant le sable est semblable à celui de la côte, puis la végétation refait son apparition. Nous sommes heureux de pouvoir faire des petites haltes comme celle devant le radiateur à eau chaude, puis près des dunes pétrifiées, spectaculaires.
On dégonfle une première fois les pneus à une pression plus basse de de 1,4 bars pour passer sans encombre le chemin sauvage qui mène au campement Ain El Seid où le déjeuner nous attend. La traversée se fait sans encombre, personne ne reste coincé.
Nous arrivons donc tous au campement des Dunes insolites de Sabria. Le soir, un spectacle nous est offert, entre préparation du pain du désert, musique traditionnelle et cheval acrobatique. On en oublie l’absence totale de réseau, le téléphone ne nous est utile que pour photographier et filmer et emporter avec nous un souvenir en pixels de ces moments magiques.










Jour 7 : Sabria – Zmela -205 km
Nous sommes aujourd’hui passager avant de la Traction 11BL de 1951 spécialement préparée pour le raid de Dany et Philippe. Ce dernier prend le volant après avoir confié sa compagne à un autre équipage (ce mélange forcé des équipages est volontaire et assumé !). Son histoire à lui, c’est celle d’un coup de cœur, il y a 35 ans, sur le bord de la route. Une discussion avec le propriétaire de la voiture, ingénieur moteur chez Rolls-Royce, et l’affaire était dans le sac. Après un quart de siècle sans réelle activité, cette Traction a été beaucoup plus sollicitée ces 10 dernières années. En 2018, le couple cesse son activité prenante de chambre d’hôtes, s’inscrit à la Traction Universelle, et l’aventure commence, avec des excursions dans nos régions françaises, Drome, Charente, Médoc, ou encore le Périgord.
Notre matinée de conduite sous la chaleur, modérée par les accessoires de vitres latérales orientables et l’ouverture du pare-brise, est encore sous le signe du désert, et du dromadaire. Notre visibilité est suffisamment bonne pour voir de loin un petit téter sa mère au beau milieu de la route. Ils resteront imperturbables lorsque nous arrivons à leur niveau. Nous nous enfonçons dans une palmeraie à Ksar Ghilane, connue pour sa source d’eau chaude dont nous pouvons profiter avant le déjeuner, en nous y baignant.
L’après-midi apporte son lot de pépins, comme l’éclatement d’un pneu avant gauche. Entré en contact avec le renfort d’aile, il emporte avec lui une partie de la carrosserie. Roue changée, aile refixée temporairement, l’incident vite résolu ne nuit pas à l’avancée du groupe.
Contrairement à nous, qui bloquons la voie après nous être coincés. Contraints de ralentir à cause du véhicule devant nous, nous nous plantons comme il faut. Nos tentatives vaines de dégager le véhicule imposent l’intervention du 4×4 pour tirer la Trac’ de ce mauvais pas. Rebelotte plus loin, cette fois du fait d’une arrivée d’essence irrégulière. La seule force de mes bras parvient à nous extirper, une petite fierté. Jamais deux sans trois, l’entrée du campement de Zmela nous tend le même piège. L’environnement du campement vaut toutefois ces quelques ennuis. C’est une sensation bien particulière que nous découvrons, celle de se trouver au milieu de nulle part, entouré de sable sculpté par les ondulations du vent à perte de vue, sublimé par le coucher de soleil.











Jour 8 : Zmela – Tataouine – 195 km
Malgré le départ très matinal à 7h30, nous trouvons le temps de faire de belles photos avec la lumière douce du début de journée (bien que le soleil soit déjà levé depuis 2 heures !). Nous embarquons avec Alain, un nordiste lui aussi, propriétaire d’une Traction 11BL de 1953 qu’on distingue rapidement des autres Tractions par sa galerie de toit. Membre de Traction Sans Frontière avec deux autres équipages présents, Dominique et Daniel, Alain a lui aussi la bougeotte et réalise une excursion par an. Amateur de voitures et possesseur de plusieurs Citroën, il aime aussi les poids lourds. Normal pour un ancien gérant d’entreprise de transports !
Cette journée est particulièrement venteuse et les températures mesurées évitent aux voitures de chauffer comme elles ont pu le faire la veille sur le même chemin que nous empruntons désormais en sens inverse. Terrain connu, mais la chance n’est pas avec nous aujourd’hui. L’un des participants subit une crevaison, tandis qu’un autre subit une panne immobilisante, qui s’avèrera être la boîte de vitesse, qui a rendu l’âme. (Diagnostic qui s’avèrera erroné une fois la voiture de retour en France : il s’agissait d’un cardan !)
En dehors de cet équipage qui doit être pris en charge, nous continuons tous à avancer les uns derrière les autres dans la montagne. Jusqu’à ce qu’un niveau insuffisant de carburant force notre équipage à s’arrêter et à avoir recours au jerrican dans le coffre. Après cette parenthèse, nous reprenons la route et le roadbook. Sans personne devant nous désormais pour nous ouvrir la voie, nous faisons une erreur d’interprétation d’un « au rond point, tout droit » ; ce dernier présentait une légère bifurcation à gauche et une légèrement à droite. Avec une chance sur deux d’avoir bon, nous partons sans le savoir pour un détour de plus d’une heure. Nous recevons sans tarder un appel de l’organisation qui suit les balises GPS des véhicules en temps réel et a vu que nous faisions fausse route. Mais le mal est fait, après avoir cherché en vain où nous étions et quelle erreur nous avions faite, il nous faut revenir sur nos pas, ce qui nous demande beaucoup de temps.
Le ciel s’assombrit, le tonnerre commence à gronder, puis des éclairs tombent à une proximité inquiétante. C’est parti pour un orage d’envergure, dans un paysage désertique dont la couleur semble encore plus orange par ce temps. Nous arrivons à Chenini sous une pluie battante, et devons gravir de nombreuses marches le long sur lesquelles l’eau cascade abondamment et nous force à la prudence.
Nous déjeunons dans un petit gite, heureux d’être au sec mais privés de lumière à cause de l’orage. Le plat de viande de dromadaire réchauffe tout le monde après cette matinée compliquée pour beaucoup (sauf le végétarien du groupe, devinez lequel !). Heureusement, l’après-midi relativement libre va donner l’occasion de se remettre de ses émotions. Mais avant toute chose, le passage à la pompe est obligatoire… tout comme la photo devant le panneau de la ville de Tataouine, avant de se réfugier à l’Hôtel Dakhyanus.









Jour 9 : Tataouine – Djerba – 163 km
Aujourd’hui nous allons à la plage. En termes d’ambiance, c’est en tout cas de la sorte que nous pouvons qualifier cette nouvelle étape vers Djerba, où le soleil nous attend, en roulant cheveux aux vents dans la Dyane de Frédéric. En attendant, c’est toujours la grisaille, ou l’orangeade, avec cette terre ocre, en quittant une ville peuplée de vaillantes Peugeot 403 et 404 pick-up et autres Renault 12. L’âge moyen du parc automobile est ici canonique !
Notre itinéraire nous faisant passer par Guellala, littéralement » la grande jarre », la halte dans une poterie est incontournable. Nous apercevons notre Île au loin, séparée par quelques kilomètres et par une route en reconstruction. Celle-ci, reliant le continent à ce bout de terre ensoleillé de 500 km2, a en effet tendance à être submergée lors des fortes marées.
Une fois n’est pas coutume, c’est programme culturel qui nous attend avec la visite du musée de Djerba, grand et joli édifice fleuri. Nous y découvrons moultes représentations de la vie et des traditions tunisiennes, familiales, religieuses, populaires, professionnelles, en allant des tenues de fête à l’extraction d’argile en passant par la pêche au poulpe et le tissage de chapeaux en feuilles de palmes. Nous profitons de l’air marin au cours d’un copieux et excellent déjeuner en front de mer, avant de prendre un des fameux taxis jaunes que nous croisons depuis le début du séjour pour rejoindre Djerba Hood. Ce quartier, réhabilité depuis 2014 avec l’intervention successive de nombreux artistes, regorge de fresques murales plus ou moins intégrées à l’architecture originale, mais prend aussi ses couleurs de ses célèbres portes bleues et ses fleurs à foison. Dire que les habitants étaient au début réticents à ce que les artistes œuvrent dans leur rue ! Aujourd’hui, eux-mêmes comme les nombreux touristes et commerçants sont ravis. Preuve en est, les groupes qui vont se désaltérer dans le café Chichbaghou, petit établissement repris depuis peu par une française fort sympathique.
Durant tout le trajet, nous faisons connaissance avec Frédéric, professionnel de l’automobile, grand passionné et collectionneur comblé. S’il n’a pas pris sa Traction 11B, c’est pour profiter du soleil tunisien avec un modèle découvrable, la Dyane qui, elle, pouvait être préparée à temps pour les spécificités du parcours à effectuer. Celle-ci nous aura rappelé de bons souvenirs de virées de plusieurs centaines de kilomètres. La nostalgie nous gagne en refermant la porte passager à notre arrivée à l’hôtel !









Jour 10 – Djerba – Sousse – 450 km
7h n’est pas 7h01. Notre retard même minime est sanctionné durement : aujourd’hui, toutes les anciennes sont déjà parties, ce qui nous impose de monter à bord d’une Toyota Agya, la citadine louée par Francis et Isabelle dont la Traction finit le séjour sur un plateau. L’un dans l’autre, pour effectuer 350 km d’autoroute, une ancienne n’aurait pas été plus agréable. Les tympans nous remercient ! L’inconvénient de la moderne, c’est que la vitesse limite, 110 km/h, est vite atteinte et dépassée. Or, la police veille, ce qui nous vaut 2 contrôles. Mais les autorités font de la prévention plus que de la répréhension et nous nous en tirons avec un simple avertissement courtois, et même aimable.
65 km plus loin, nous voyons se dresser droit devant nous le colisée Thysdrus, dans la ville de El Jem. Datant de l’empire romain, celui-ci nous évoque le célèbre colisée de la capitale italienne, qui le devance en termes de taille. Cette année, impossible d’y faire entrer les anciennes comme cela a été le cas en 2003. Préservation du patrimoine oblige ! Après la photo de groupe en mode « piétons », la découverte de ce monument de 1800 ans se fait donc à pieds, à tous les étages, parmi les autres touristes venus en nombre suffisant pour apprécier la visite sans bousculade.
Pour la dernière fois de la journée, et tant mieux, nous reprenons l’autoroute direction Sousse. Une ville moderne, chargée, qui héberge les usines de grandes entreprises telles que Hutchison ou encore Benetton, une immense faculté d’économie et de gestion. Le désert sauvage nous semble déjà loin…à l’inverse de la fin du périple qui nous apparaît tristement imminente !






Jour 11 – Sousse – Hammamet
Et en effet, c’est aujourd’hui notre dernière vraie étape. Aujourd’hui, c’est James, le pilote aguerri, qui nous emmène à bord de son bolide. Moteur de DS, 4 vitesses, direction et freinage assisté, c’est une machine à rouler !
Nous partons à 10h, une heure tellement indécente que tout le monde est prêt plus d’une heure à l’avance pour flâner, discuter, ou prendre des photos dans notre cas. Nous nous arrêtons d’ailleurs dans la première partie de notre trajet en bord de mer pour une photo de groupe dans laquelle il manquera, malheureusement, la Traction commerciale et son équipage. Note à nous-mêmes pour la prochaine édition : faire la photo de groupe au début du séjour ! Les véhicules seront tous présents… et propres !
Aujourd’hui encore, nous circulons en ville dans notre joyeux convoi qui attire toujours autant les regards et les objectifs, enfants comme adultes demandant poliment pour se prendre en photo devant leur véhicule préféré. Nous laissons d’ailleurs les bolides pour visiter le musée et la médina de Hammamet. Cette ville touristique propose un grand souk malheureusement fermé à l’heure où nous y arrivons, nous laissant simplement l’option de déambuler dans les ruelles peuplées de nombreux vendeurs quelque peu insistants et de savourer une crème glacée en bord de mer.
Avant notre dernier briefing dans l’hôtel immense qu’on pourrait imaginer dans une section orientale de Las Vegas, certains s’attèlent aux derniers préparatifs de leur véhicule. Remplacement d’une roue abimée, chargement d’une Traction sur son plateau pour relier Marseille au domicile de ses propriétaires…
Notre dernier repas en Tunisie est à la hauteur de ce que nous avons vécu. L’office national de tourisme tunisien nous a en effet conviés à un dîner aussi raffiné qu’animé ! Une belle conclusion pour cette aventure humaine !





Jour 12 – Tunis – port
Nous nous levons à 5h30 pour un départ une heure plus tard. Le trajet mêlant autoroute et ville nous remet dans le bain de la vie en Île-de-France dans cette grande ville embouteillée où la conduite est musclée. On a le temps de regarder les alentours pour voir quelques lieux d’intérêt comme le centre culturel, le plus grand d’Afrique. Une fois au port, c’est l’heure de tracter la Traction commerciale et de se dire au revoir. Avec beaucoup d’émotion après cette aventure extraordinaire qui nous a rapprochés alors que nous n’étions liés que par la passion des automobiles.






Remerciements
Un immense merci aux organisateurs de nous avoir permis de vivre cette aventure extraordinaire en totale immersion.
Merci aux équipages de nous avoir accueillis dans leur voiture les bras ouverts, de nous avoir raconté leur histoire, de nous avoir transmis leur passion et ainsi d’avoir amélioré nos connaissances sur la Citroën Traction.
L’humain parle maintenant avant le reporter : merci Sandrine et René pour votre gentillesse sans limite, merci « tonton et tata » de m’avoir accepté comme neveu provisoire, merci Philippe et Dany pour votre bienveillance et la photo souvenir, merci Alain et Odile, mes compagnons ch’ti, merci Alain et Isabelle de m’avoir toujours fait une place quand j’étais à la bourre, merci Daniel et Bibiche pour ces « BONJOUR » tonitruants et ces échanges autour des techniques photo, merci à Francine et Dominique d’avoir partagé avec moi votre passion et vos connaissances en mécanique notamment, merci à Philippe et Fred, la plus petite voiture du groupe, mais deux grands cœurs, merci à Bernard et Dawny pour la touche multiculturelle qui nous a permis de réviser notre anglais, et un grand merci à James et Michoute d’avoir à vous deux contribué à l’unité et l’enthousiasme de notre jolie colonie de vacances.
Et un merci particulier à ceux qui m’ont laissé conduire leur voiture, me permettant de vivre à 100% l’expérience de la Tunisie en Traction.










Enfin, merci à L’Office National de Tourisme Tunisien d’avoir organisé notre accueil et facilité notre parcours tout au long du séjour, merci à la Compagnie Tunisienne de Navigation, et aux hôtels Skanes Sérail à Monastir, le Tamerza Palace, le Ksar Rouge à Tozeur, Lella Baya à Hammamet, les campements Zmela et les Dunes insolites de Sabria.


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