Citroën nous a conviés à fêter un anniversaire pas comme les autres : les 30 ans du Berlingo. L’occasion de remonter le temps, modèle après modèle, et de comprendre comment un simple utilitaire est devenu une institution.
Il est encore tôt lorsque je franchis les portes du hall que Citroën a réservé, ce matin, pour célébrer un anniversaire bien particulier. Trente ans, déjà, depuis qu’un certain Berlingo a vu le jour, et la marque aux chevrons a visiblement décidé de ne pas faire les choses à moitié. Dès les premiers pas dans l’allée centrale, le sentiment est immédiat : je viens de pénétrer dans un monde où le Berlingo, sous toutes ses formes, est roi.
Alignés comme à la parade, les modèles s’enchaînent par dizaines, chaque génération racontant sa propre époque. Mais Citroën a vu plus large qu’une simple rétrospective de gamme : au milieu des Berlingo de série se glissent des pièces nettement plus rares, presque mythologiques pour qui suit la marque depuis longtemps. Un exemplaire du Raid Paris-Moscou côtoie le prototype Coupé de Plage, tandis qu’un peu plus loin patiente un Berlingo électrique aux couleurs de La Poste, motorisé par Venturi. Non loin, deux silhouettes signées de la collaboration avec la maison Colette referment la boucle des éditions les plus singulières. Et pour ne pas oublier d’où vient toute cette histoire, deux aïeux montent la garde : un C15 increvable et une 2 CV Azu, fidèle au poste.
Car avant d’être Berlingo, cette histoire s’appelait C15, et avant cela, 2 CV puis Acadiane. Sorti en 1996, le Berlingo n’a jamais caché sa filiation : reprenant dans un premier temps des éléments de la Citroën ZX, puis de la Xsara et des C4 suivantes, il a évolué génération après génération, suivant fidèlement les motorisations de la gamme VP. Dès l’origine, il s’est dessiné en deux versions parallèles, utilitaire et Multispace, avant d’enrichir sans cesse sa promesse de vie à bord : portes coulissantes, toit Modutop, et bien d’autres idées qui ont fait florès.
Dans un coin de la salle, loin de l’agitation des carrosseries, une autre forme de mémoire patiente sagement : des maquettes à l’échelle, des brochures jaunies, des miniatures et des livres entiers retraçant, page après page, l’épopée Berlingo. On pourrait y passer l’après-midi. Et puis, presque en retrait, sans tambour ni trompette, une dernière silhouette se laisse découvrir : la version 30 ans, que Citroën a choisi de présenter ici en toute discrétion avant son lancement officiel, le 1er juin 2026. Fier de son héritage, fier surtout d’avoir inventé le premier ludospace de l’histoire, le constructeur célèbre l’anniversaire à sa manière : sobrement, mais sûrement.
AU SOMMAIRE
Quatorze visages d’une même saga
Avant de quitter les lieux, je me suis arrêté devant chacun des modèles exposés. En voici le carnet de visite, modèle par modèle.
Tracteur André Citroën (1919)
Avant même de parler Berlingo, l’exposition remonte aux racines de la philosophie utilitaire de la marque aux chevrons. Présenté à Senlis en septembre 1919, puis à Chartres un an plus tard, ce tracteur agricole dérivé du moteur de la Type A visait les petites fermes et les vignobles grâce à son gabarit étroit de seulement 86 cm. Animé par un quatre cylindres de 12 chevaux, il ne sera produit que deux ans, à environ 250 exemplaires. Une parenthèse confidentielle, mais un témoignage précieux : dès sa naissance, Citroën pensait déjà à mettre l’automobile au service du travail.
2 CV AZU / Fourgonnette (1950-1951)
Un peu plus loin trône l’aïeule revendiquée du Berlingo : la 2 CV Fourgonnette, dévoilée au Salon de Paris en 1950 et commercialisée dès le printemps 1951. Construite sur la base mécanique de la 2 CV Type A avec son bicylindre de 375 cm3 et 9 chevaux, elle innove en devenant la première fourgonnette de série à traction avant. La formule, une cellule avant de 2 CV greffée à une caisse de chargement carrée, fera mouche : plus d’1,24 million d’exemplaires sortiront des chaînes jusqu’en 1978, forgeant une légende increvable de l’utilitaire compact à la française.



Citroën C15 (1984)
Entre la 2 CV Fourgonnette et le Berlingo, il fallait un chaînon, ce sera le C15. Lancé en 1984 et assemblé comme le sera plus tard le Berlingo à Vigo en Espagne, ce dérivé de la Visa impose d’emblée son poids maximum autorisé de 1500 kg, qui lui donne son nom. Pionnier du diesel sur ce segment, il proposera même une version électrique dès la fin des années 1980, une audace alors presque incongrue. Produit jusqu’en 2006, soit dix ans après l’arrivée de son successeur, le C15 aura accompagné deux générations d’artisans avant de céder sa place, robustesse et fiabilité en bandoulière.
Berlingo 1 VU (1996)
C’est par lui que tout commence vraiment. Lancé en juillet 1996 et produit à Vigo, le Berlingo utilitaire vient densifier l’offre du C15 en visant une clientèle professionnelle de plus en plus sensible au confort. Avec le plus grand espace de chargement de sa catégorie (3 m3, 800 kg de charge utile), il emprunte à la berline et au monospace leur habitacle soigné et leur agrément de conduite. Une philosophie limpide, qui n’a jamais quitté la gamme depuis : faire aussi bien, voire mieux, qu’un véhicule particulier, sans rien sacrifier à la vocation professionnelle.
Berlingo 1 Multispace (1996-1997)
Présenté en octobre 1996 et commercialisé dès janvier 1997, le Multispace invente une catégorie entière à lui seul : le ludospace. Compact comme une berline, habitable comme un monospace, robuste comme un tout-terrain, il emprunte à chacun ce qui lui manque pour devenir une voiture plurielle, capable d’avaler aussi bien la route des vacances que les trajets domicile-travail. Son succès commercial immédiat valide un pari risqué : proposer un véhicule familial qui ne ressemble à rien d’existant. Trente ans plus tard, le segment qu’il a créé existe toujours, et lui en reste la référence originelle.




Berlingo Coupé de Plage (1996)
Dans la zone consacrée aux véhicules spéciaux, impossible de manquer ce concept signé Bertone, présenté au Mondial de l’Automobile 1996. Le Coupé de Plage imagine un Berlingo libéré de toute contrainte : hayon arrière qui se transforme en rampe de chargement pour la planche de surf, support rétractable façon aileron pour la voile, fauteuils de plage intégrés et haut-parleurs extérieurs. Sous des dehors flamboyants se cache pourtant la mécanique de série, preuve que l’utile et l’agréable n’ont jamais été incompatibles chez Citroën. Une parenthèse ludique qui dit beaucoup de l’ambition créative placée dans ce petit utilitaire dès ses débuts.


Berlingo Raid (1997)
Toujours dans l’esprit aventure, le Berlingo Raid rappelle qu’en 1997, Citroën renouait avec sa tradition des grands raids en marge du Master Rallye Paris-Samarkand-Moscou. Près de 300 jeunes Européens s’élancent sur 8500 km à bord de 138 Berlingo Multispace, en partie sur la mythique route de la soie, à travers le Kazakhstan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan et la Russie. Plus qu’une démonstration de performance, l’épopée cultive un esprit de troupe : reportages quotidiens, chasse au trésor à Samarkand, bivouacs partagés en Asie centrale. De quoi prouver, loin des routes balisées, qu’un ludospace pouvait aussi se faire baroudeur.


Berlingo 1.2 Multispace (2002)
Présenté au Mondial 2002, le restylage du Berlingo marque une étape décisive : boucliers plus enveloppants, capot plus horizontal, chevrons agrandis sur une calandre élargie. À bord, la planche de bord est entièrement repensée autour d’une console centrale plus lisible. C’est aussi l’avènement du pack Modutop, lancé dès novembre 2000, qui ajoute 100 litres de rangement répartis entre capucines, coffres latéraux et coffre arrière, sous un pavillon à barres de toit intégrées. Une évolution qui pousse encore plus loin la vocation familiale du modèle, sans jamais renier son tempérament utilitaire.
Berlingo 2 GNV (2008)
Avec la deuxième génération lancée en 2008, le Berlingo poursuit sa diversification énergétique. La version GNV exposée ici embarque un quatre cylindres au gaz naturel de 68 chevaux, héritier d’une tradition de motorisations alternatives amorcée dès le C15. Cette deuxième génération emprunte par ailleurs les trains roulants de la C4 Picasso pour un confort proche de la berline, et offre un espace aux genoux record de 24,5 cm à l’arrière. Sièges indépendants rabattables ou démontables, Modutop repensé, volet arrière à lunette ouvrante : à l’aube du million de ventes cumulées, le Berlingo n’a jamais autant ressemblé à un vrai compagnon de vie.
Berlingo La Poste / Venturi électrique (2008-2009)
Un chapitre plus discret, mais essentiel : le Berlingo First Électrique, développé avec le constructeur monégasque Venturi pour répondre à un appel d’offres européen lancé par La Poste en 2007. Doté d’un moteur électrique de 42 kW et de batteries offrant 100 km d’autonomie, ce Berlingo dérivé de la version thermique sera assemblé en France et déployé dans 13 agglomérations pour équiper les facteurs. Bien avant que l’électromobilité ne devienne un sujet industriel majeur, ce modeste utilitaire du quotidien ouvrait déjà, sans bruit, la voie vers une mobilité plus propre.



Berlingo 2 VU, Colette Concept (2016)
En 2016, pour célébrer simultanément les 20 ans du Berlingo et les 65 ans de la 2 CV Fourgonnette, Citroën s’associe à Colette, l’iconique boutique parisienne de mode et de design, pour une série spéciale aussi inattendue qu’évidente. L’exemplaire exposé, bâti sur la deuxième génération de Berlingo utilitaire lancée en 2008, dépasse le simple habillage esthétique : cabine Extenso pouvant accueillir trois personnes à l’avant ou des charges jusqu’à 3 mètres de long, confort digne d’un véhicule particulier. Une collaboration devenue collector dès sa sortie, et qui illustre la capacité du Berlingo à se réinventer sans jamais perdre son âme.

Berlingo 3 VU (2018)
Lancée en 2018, la troisième génération assume une modernité nouvelle sans rien céder à la polyvalence qui a fait sa réputation. Le VU exposé ici se décline en deux longueurs (4,40 m et 4,75 m), avec une ou deux portes latérales coulissantes, jusqu’à 1000 kg de charge utile, et une cabine pouvant accueillir jusqu’à cinq personnes grâce à son siège latéral escamotable. Vingt aides à la conduite sont disponibles, et le catalogue s’étend à des configurations sur mesure : pick-up, isotherme, police, pompiers, 4×4 Dangel ou transport de personnes à mobilité réduite. La preuve qu’un utilitaire compact peut aussi être un couteau suisse.
Berlingo 3 XTR (2018)
Toujours sur la base de la troisième génération, la finition XTR enfile les habits du baroudeur : sabots de protection avant et arrière, barres de toit imposantes, becquet sur le volet arrière et enjoliveurs 16 pouces, le tout porté par une suspension rehaussée. À bord, la galerie intérieure permet de loger des objets très longs sous le plafond, tandis que les trois sièges arrière individuels et amovibles, les tablettes façon aviation et la lampe torche de coffre témoignent d’un soin du détail rare sur ce segment. De quoi convaincre les amateurs de grand air sans jamais sacrifier le confort du quotidien.




Berlingo 3.2, édition 30 ans (2026)
C’est devant ce dernier modèle que la visite s’achève, et il n’est pas anodin que ce soit aussi celui qui referme la boucle. Présenté le 1er juin 2026, le Berlingo édition 30 ans habille la troisième génération de touches spécifiques : badges dédiés, teintes exclusives et finitions intérieures revues pour l’occasion. Sous le capot, rien ne change à la philosophie maison : motorisations thermiques et électriques cohabitent toujours au catalogue, signe qu’après trois décennies, le Berlingo continue d’avancer avec son temps sans jamais renoncer à ce qui a fait son succès.


Une famille, et la voiture qui va avec
Trente ans, plus de 4,2 millions d’exemplaires produits, une présence dans près de 90 pays : les chiffres parlent d’eux-mêmes. Mais en sortant de cette exposition, c’est surtout une certaine philosophie qui reste en tête, celle d’une voiture pensée pour s’adapter aux vies réelles plutôt que l’inverse. Citroën n’a effectivement pas inventé la famille, mais avec le Berlingo, la marque aux chevrons a sans doute inventé la voiture qui va avec.