Le Nouvel Automobiliste

Le match des puces électriques : Citroën Ami ou Renault Twizy ?

Essai Citroen Ami LNA Thibaut Dumoulin (21)

La Citroën Ami, nous commençons à bien la connaître, entre sa présentation, sa tournée des plages et son arrivée dans la flotte Free2Move. Mais on vous épargne la formule facile (et déjà redondante) en vous disant qu’on a fait « ami-ami » avec elle. Au fil de ses premières aventures urbaines, le quadricycle électrique de la marque aux chevrons ne s’est d’ailleurs pas fait que des amis. Elle a même un ennemi depuis sa génèse, son rival Renault Twizy qui ne s’attendait sans doute pas à être soudainement contesté dans sa petite niche. Nous avons confronté ces puces électriques pour savoir laquelle est la meilleure, et cela a fait des étincelles…!

Ami vs Twizy – le look : 1 même idée, 2 interprétations

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De nos deux protagonistes, l’Ami est celle qui ressemble le plus à une voiture. Pourtant, on ne distingue pas au premier coup d’œil l’avant de l’arrière, car la porte conducteur s’ouvre du mauvais sens (elle est donc identique à la porte passager) et les optiques sont réduites à leur plus simple expression. En partie supérieure, on trouve les minuscules clignotants, qui semblent parfois s’allumer faiblement à l’arrière, comme si un faible rai lumineux de dynamo les alimentaient.

Mais on retrouve les éléments de base d’une automobile, 4 roues carénées, un toit, deux portes et deux côtés distincts. Certains nous ont dit la détester lors de sa présentation. Chez LNA, on a un petit faible pour elle surtout en la voyant en vrai. Son gabarit mini en fait un objet craquant !

En voyant le Twizy, on l’identifie au premier coup d’œil comme une alternative aux deux roues. 7 cm plus petit que la Citroën Ami (2,34 m contre 2,41 m), il opte en effet pour un look de BMW C1 auquel on aurait greffé 4 roues, et largement profilé. Pour le coup, on ne l’assimile pas à une voiture et c’est peut-être sa force face à une Ami dont le concept a plus de mal à être saisi. Et il faut avouer qu’il a de la gueule, avec son arche colorée, son unique feu arrière lui donnant un air de droïde (mais évoquant le pôle électrique négatif tandis que des phares en forme de + ont été envisagés pendant la conception !), et ses roues de 13 pouces (14 sur l’Ami) qui ressortent aux 4 coins. Le Twizy utilise à l’avant la même recette du « tout rond tout mignon » que l’Ami et embarque également de petits catadioptres.

Les portes en élytres dignes d’une supercar enfoncent le clou de l’effet whaouh. Malheureusement, elles sont en option et laissent place à un trou béant si vous décidez de vous en passer. Contrairement à l’Ami, disponible uniquement en coloris mat teinté dans la masse (au toucher agréable ceci-dit), le Twizy offre différentes couleurs, du noir et du blanc, et en option les arches latérales peuvent se parer de bleu ou de rouge. Un peu de fantaisie ne lui fait pas de mal !

Notre préférée : La Citroën Ami.

Symétrique, personnalisable, elle affiche une certaine bonhomie et un côté rassurant qui fait pencher la balance en sa faveur. Elle peut aussi être personnalisée (packs d’autocollants) et reçoit même en option des barres de toit ou un aileron, pour le style essentiellement, alors que le Twizy se limite à des autocollants latéraux.

Ami vs Twizy – vie à bord : une Ami qui porte bien son nom

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Le design de l’Ami est annonciateur d’un espace à bord plus important et d’aspects pratiques plus nombreux. On n’est clairement pas trompés par la marchandise. L’impression d’espace est immédiate et même accentuée par le toit en verre. Deux sièges en quinconce s’offrent au conducteur et à son passager éventuel et/ou à ses bagages. Le conducteur est proche de la portière sans que ça ne soit gênant à la conduite. Le siège de droite étant reculé, le grand espace dégagé devant permet d’entreposer sacs de courses et autres, et un crochet permet d’en suspendre un.

Au total, 63 litres de chargement sont disponibles devant le siège de droite. On est assis dans les deux sièges très loin du pare-brise, mais là encore l’espace est bien utilisé puisque cet espace regorge de rangements colorés, dont un conçu pour l’enceinte portative. Si ces rangements peuvent se parer de bleu, gris ou orange selon le pack, les lanières d’ouverture des portes seront forcément orange. Dont la matière semble par ailleurs bien salissante.

Dans la Twizy, sa faible largeur ne laisse augurer rien de bon et en effet l’espace est compté. Pour atténuer l’impression d’exiguïté, le conducteur se trouve au centre de l’habitacle, loin des portières, face à un tableau de bord simple comme bonjour : il y a simplement les boutons de conduite à gauche, un « vrai » volant -doté d’un airbag contrairement à l’Ami- et de deux commodos, et une boîte à gants fermée par serrure. On peut poser ses affaires par terre à ses pieds, sur les côtés mais un ou deux petits sacs et c’est fini à moins d’empiéter sur le siège arrière. Passager ou courses, il faut donc choisir, même si l’assise est occultable ! La version cargo du Twizy avait le mérite d’offrir un pseudo-coffre, de 156 m3 selon Renault, accessible via une petite trappe dans la partie arrière, mais il supprimait la place arrière. Cette version a d’ailleurs été retirée du catalogue.

Dans le Twizy peut-être encore plus que dans l’Ami, on notera le soin apporté aux… grains de plastique. Oui, c’est peut-être la dernière chose dont on aurait pu parler dans ce comparatif mais pour des modèles premiers prix, saluons cet effort !

Inversement, arrêtons-nous sur un point qui semble une évidence : l’Ami dispose de vitres. Le Twizy, lui, s’en passe ! Dans la Citroën, celles-ci rappellent celles d’un lointain ancêtre, la 2CV, en s’ouvrant à moitié, par un crochet et à la verticale. Un clin d’œil délicieux même si ce n’est pas ce qui se fait de plus pratique – c’est toujours mieux qu’une vitre à compas, n’est-ce pas madame C4 Cactus ? Autre clin d’œil à la Deuche, les petits rétros ronds. Ils sont mignons, se règlent à la main, mais ils sont trop petits et ne sont pas complétés par un rétro intérieur. La rétrovision n’est donc pas le point fort de la Citroën !

Passons côté passager. Notre photographe a eu le privilège de voyager en passager du Twizy peut en témoigner : côté sens de l’accueil, la Citroën Ami tient la dragée haute à la Renault Twizy ! L’accessibilité à la place arrière du Twizy exige des contorsions et une fois installé, même si on se sent bien calé dans le fond de la coque, on a tout de même le conducteur entre les jambes et une amplitude de mouvement on ne peut plus réduite. Pour avoir une discussion, ce n’est pas vraiment commode… En revanche on a de l’air, l’ouverture étant assez large et reculée, et on peut même passer la tête dehors -c’est impossible avec l’Ami, ou alors vous êtes en position très délicate !

Notre préférée : La Citroën Ami.

En digne Ami, la mini-Citroën en offre un max en espace, aspects pratiques et confort par rapport à la Twizy qui a privilégié le format rikiki.

Ami vs Twizy – la conduite : l’électrique basse tension

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Démarrons nos deux jouets du jour et activons la position conduite en appuyant sur le bouton D, situé à côté du volant dans la Renault, sur la tranche du siège conducteur et à presser deux fois dans la Citroën. Les fiches techniques de nos deux comparses ne laissent pas vraiment planer le doute sur les sensations de conduite à attendre, en tout cas en termes de vitesse et d’accélération. Avec une vitesse limitée à 80 km/h et une puissance de 13 kW (17 ch) contre 6 kW (8 ch) pour l’Ami, le Twizy promet de meilleures accélérations. Les chiffres sont d’ailleurs explicites : Citroën Ami abat le 0 à 45 km/h en… 10 secondes. La Twizy 45 affiche le même chrono, mais notre version 80 « claque » un joli 6,1 secondes, dans un sifflement typique. Et comme elle peut dépasser les 45 km/h, un limiteur n’aurait parfois pas été de trop en ville !

Au volant de l’Ami, le bruit du moteur est identique mais l’accélération est très progressive et atteindre les 45 km/h entre deux feux rouges est plutôt rare ; on y parviendra surtout sur les longues avenues libres. L’effet frein moteur est toutefois plus prononcé sur la puce « chevronnée », sans être violent. On commence à sentir son effet quand la décélération est déjà bien entamée.

Après l’accélération et décélération, parlons du freinage ! Là encore la Renault inspire un peu plus la confiance. Malgré l’absence d’ABS, les roues ne se bloquent pas en freinage prononcé… Contrairement à l’Ami, avec laquelle nous avons fait peur aux passants dans un crissement de pneus comme on n’en fait plus. Côté freins à main, on retrouve de drôles de manches dans l’habitacle : un frein de stationnement de C3 dans l’Ami, et sous le tableau de bord dans le Twizy.

Côté vertèbres, ce n’est pas la fête dans les deux cas, mais la Citroën s’en sort mieux. L’honneur est sauf ! Toutes deux proposent (imposent…) des sièges peu rembourrés et très fermes, que l’Ami compense par des suspensions étonnamment souples. Tout est plus direct dans le Twizy, l’amortissement mais aussi la direction, vive comme le reste, mais offrant davantage l’impression de faire corps avec le véhicule, presque comme dans un kart. La double ceinture (pour tenir l’épaule droite) maintient d’ailleurs mieux le corps dans la Twizy. Chez Citroën, on a un peu abusé sur la démultiplication et au premier virage avec un peu d’angle on est surpris de devoir tourner autant le volant. Mais on finit par s’y faire… Tout comme le commodo de clignotant qui ne revient pas en place de lui-même (encore un hommage à la 2CV ?), très surprenant en 2020.

Pour les manœuvres, nos deux concurrentes sont à l’aise et permettent d’envisager la ville avec sérénité et décontraction : le diamètre de braquage de l’Ami est plus court que celui d’une Twingo (3,60 m), et la Twizy fait encore mieux (3,40 m). Dans une rue dégagée, on fait donc demi-tour en une fois. En revanche attention à bien regarder aux alentours. Si la Twizy n’a pas de vitre arrière, elle a tout de même des rétroviseurs extérieurs plus pratiques que ceux de l’Ami, dont la petite taille et la rondeur impliquent des angles morts assez larges. Autre petit plus de la Renault, on peut même regarder la route via la vitre en partie inférieure de la portière !

Reste qu’avec l’une ou l’autre, dans les embouteillages, on se sent parfois bien seul face aux scooters qui remontent les files : bien que petits, ces quadricycles ont besoin d’un peu d’espace quand même pour se faufiler par rapport aux 2-roues.

Enfin l’autonomie est clairement en faveur de la Twizy, qui propose 100 km (et même 120 dans la version 45 km/h) contre 75 pour l’Ami. Mais cette dernière se rechargera un peu plus rapidement (3h sur prise domestique, contre 3h30 pour la Renault). Les deux micro-citadines ont-elles donc un seul point commun ?! En cherchant un peu, on a fini par trouver : les balais d’essuie-glace, de la même marque Doga !

Notre préférée : la Renault Twizy.

Une appréciation forcément biaisée compte-tenu du surcroît de puissance de la version essayée. Mais cela n’enlève rien au fait que la Citroën Ami est typée « confort » tandis que le Renault Twizy donne un semblant de dynamisme… au détriment du confort.

Ami vs Twizy – les prix : rien ne bat un prix d’Ami

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La Citroën Ami, fabriquée au Maroc, est proposée à partir de 6 000 € tout rond en achat comptant (avec 900 € de bonus écologique). Citroën pense évidemment aux modes de consommation actuels en matière de mobilité et propose également des offres de location longue durée allant de 20 à 100 euros par mois selon la version choisie, après un premier loyer. Enfin à la courte durée, celle qui intéressera le plus les voyageurs occasionnels, l’Ami est proposée à partir de 0,26 euros la minute avec Free2Move (avec abonnement de 9,99 € /mois, sinon 0,39 €/min sans abonnement).

Du côté du losange, on fait la grimace. En version d’entrée de gamme bridée à 45 km/h, la Twizy 45, est facturée 10 000 €, soit 40 % de plus que l’Ami. Le toit transparent est en option à 250 euros, ainsi que les portes en élytre à 590 euros. La messe est dite ! Notons qu’après avoir été fabriqué en Espagne, le Twizy est désormais fabriqué en Corée du Sud.

Et côté concurrence ? Pour l’instant, rien à se mettre sous la dent. Mais on observe qu’à part le concept Peugeot qui reprenait une silhouette « cubique », tout ce qui a existé ou va exister adopte une silhouette proche de celle du Twizy : Toyota i-Road, dévoilé en 2013 et testé un temps à Grenoble en libre-service, Seat Minimo, présenté l’an dernier dans le cadre du Mobile World Congress, ou encore la petite Eli Zero, qu’on attend toujours depuis 2018… Mais pour l’instant, rien qui n’ait foulé les routes de la capitale et laisse le champ libre aux petites françaises ! Rien… hormis l’Estrima Birò, une petite italienne avec batterie amovible, mais à des tarifs oscillant de 10 à 15 000 euros.

Notre préférée : Citroën Ami… si vous n’avez pas besoin d’aller hors des villes.

Verdict : C’est sans doute l’Ami qu’il vous faut !

La Citroën Ami nous a convaincus par sa plus grande polyvalence, son aptitude à charger des bagages son plus grand confort pour les occupants maintenus au sec (!) et enfin son accessibilité à tous de 14 à 94 ans (Permis AM dès détention du BSR). La Twizy 80 requiert le Permis B1 mais permet d’accéder aux routes nationales, bénéficie d’un comportement routier plus sain, d’une meilleure vivacité à l’accélération et d’une compacité encore meilleure.

Ce sont surtout deux choses qui détermineront votre choix en faveur de l’une ou l’autre des mini-électriques :

  • le prix, largement en faveur de l’Ami,
  • la « sécurité », car l’expérience de 10 ans de Renault sur le Twizy est bien supérieure à Citroën, quand l’Ami est un lapin de 6 semaines sur le marché et qu’on ne veut pas essuyer les plâtres.

Notons que Renault a tiré des balles dans les roues de son Twizy, en supprimant la version Cargo de même que la version 45 (uniquement disponible sur stock), qui était en concurrence frontale avec l’Ami. Selon le succès de l’Ami, Renault pourrait être tenté de relancer son quadricycle… Et c’est ce qui semble se profiler, avec déjà plus de 1 000 commandes pour la Citroën.

Cependant l’Ami a fait l’objet de quelques plaintes de clients à propos de charges très lentes : elles sont entendues par Citroën qui y répond au fur et à mesure. Rien d’alarmant, une mauvaise charge peut être due aussi bien à une mauvaise tension électrique, un problème de branchement ou l’absence de frein à main mis à l’arrêt. On lui souhaite que ce ne soient en effet que des cas isolés, car la Twizy pourrait prendre alors sa revanche tandis qu’une certaine Seat Minimo en profiterait certainement pour se faire une place sur ce mini-segment !

Photos : Thibaut Dumoulin – François Mortier – Le Nouvel Automobiliste