Le Nouvel Automobiliste

Essai Citroën Ami de Free2Move : Et Citroën réinventa (encore) l’automobile !

Chassez le naturel, il revient au galop : l’adage se vérifie-t-il pour l’automobile ? Il semble bien que oui avec Citroën ! Parmi les marques les plus éclectiques du marché, les chevrons ont tout expérimenté : le très haut luxe, les familiales, le rallye, les utilitaires… et la voiture minimale absolue, la 2CV, de 1948 à 1990. Une icône indépassable, mais dont on retrouve beaucoup de l’esprit, des détails et de la rationalité totale à bord de la nouvelle Citroën Ami. Aucune autre voiture, ni même objet de mobilité, ne s’affranchit comme elle de toutes les contraintes de conception d’une automobile moderne. C’est bien simple : oubliez tous vos repères, et imaginez ce que vous n’avez -peut-être- jamais envisagé comme concept de déplacement. Vous êtes prêt(e) ? Alors, ouvrez l’application Free2Move, cherchez une voiture… et trouvez votre nouvelle Ami(e) !

Au premier abord…

Avec Free2Move, le service d’autopartage de PSA, vous découvrez les Ami directement dans la rue, garées comme le sont aussi leurs Peugeot iOn, Citroën C-Zéro et les dernières Peugeot e-208. A la différence qu’elles sont beaucoup plus petites ! Un mouchoir de poche leur tient lieu de parking, plus court encore qu’une Smart ForTwo, de quoi occuper de toutes petites places. D’autant que la faiblesse du rayon de braquage impressionne et permet de sortir en tournant sur place !

Mais avant de conduire, un rapide tour du propriétaire. Vous vous souvenez de vos cours de géométrie ? Eh bien oui, sans papier millimétré, cette Ami est symétrique suivant 2 axes ! Optiques, portières, custodes, pare-brise et lunette arrière, points d’ancrages, tout est identique entre les flancs gauche et droit ! Seul le toit et un léger décroché arrière permettent de voir le sens de circulation. Une expérience totale de style, presqu’un défi mais aussi un atout industriel maître, car PSA a ni plus ni moins que divisé par 2 le nombre de pièces à concevoir, à mouler, et à assembler.

Les Ami de Free2Move sont un peu tristounes : elles sont toutes nues parce qu’elles sont dans leur définition la plus chiche, sans option, ni enjoliveurs, ni stickers, ni support téléphone à bord, ni filets de rangement, ni même d’attache sac ! Pas non plus de compartiment dans la planche de bord, un accessoire sur la version « de série » vendue en concession ou en magasins Fnac et Darty.

Voilà donc une Citroën « essentielle », comme la marque ambitionnait de se positionner en 2014. Notez que la teinte gris bleuté du plastique de carrosserie teinté masse (elle ne craindra pas les rayures) est la seule disponible. Quant aux poignées de porte, ce sont des boutons pression. Et les vitres ? Elles se déplient comme sur une 2CV !

Les sièges maintenant : ils sont un peu plus confortables que dans une Renault Twizy, grâce à un revêtement de skaï pour le corps, mais celui du passager est fixe. Seul le conducteur peut avancer pour se régler face au volant, qui lui aussi est fixe. Notez que le passager est en position reculée, il ne vous gênera pas aux épaules, et vous pourrez -si vous roulez seul- utiliser sa cave à pied comme un espace de rangement.

On revient à l’appli Free2Move : vous réservez la voiture, puis la déverrouillez. Un petit « clic » vous indique que la porte conducteur peut s’ouvrir… malgré son angle « suicide » d’ouverture – mais après tout, elle partage cette ouverture avec les Rolls-Royce… et les premières deuches !- et vous pouvez monter à bord. Il vous en coûte 39 centimes la minutes, un peu moins si vous optez pour un abonnement Free2Move mensuel. Et si vous l’achetez en Fnac, ce sera 19,99 €/mois (après un apport de 2644 €) en LLD, ou 6000 € neuve en propriété sans abonnement.

On met la clé !

Eh oui, même si elle ne veut pas être une voiture mais un « objet de mobilité », la Citroën Ami démarre avec une bonne vieille clé. Qu’il vous faut tourner dans le Neiman pour démarrer puis activer le mode D pour avancer. Attention, le sélecteur de modes est côté gauche du siège conducteur, il faut prendre l’habitude. Le petit écran LCD face au volant est d’une simplicité radicale d’affichage.

Attachez-vous, ce n’est pas parce que vous n’avez pas le permis pour la conduire que vous pouvez faire n’importe quoi à bord, et notez le frein à main à desserrer : il est repris d’une Citroën C3 ! Un seul commodo est à manipuler, côté gauche : il sert pour le clignotant (sans rappel asservi au volant, il faudra le faire revenir vous-même pour l’éteindre) et l’essuie-glace. Pas de commande pour les phares qui s’allument dès le déverrouillage et ne s’éteignent que lorsque vous éteignez le véhicule, ce qui empêche… de faire des appels de phare ! Le klaxon est sonore, et placé au bout du commodo. Au centre, pas de console mais une petite platine à 3 boutons (warnings, chauffage et circulation d’air) ainsi qu’une prise USB. Et c’est tout, vous ne risquez pas d’être distrait, et c’est bien assez pour évoluer dans la jungle urbaine. Pour les grands gabarits, si l’espace aux jambes sera tout sauf un souci, gare à la tête qui peut heurter – douloureusement – la structure cage du pavillon.

Et tout est plus simple

Conduire l’Ami, c’est d’abord se vider la tête. Les radars ? Pas de problème, vous ne dépassez jamais le 45 ! Les feux rouges ? Pas de problème, l’immense toit vitré permet de les voir et de stationner dessous avant de redémarrer pleine balle au feu vert ! Le parking ? On l’a dit, on se gare partout ou presque (attention aux zones bleues proscrites par Free2Move, indiquées par une diode rouge à bord et une voix monocorde). Le freinage ? Le frein moteur régénératif est doux, et suffisant pour ralentir jusqu’à 0 km/h, et conduire avec une seule pédale. Se garer ? Pas de radar de recul, la rétrovision est celle de vos yeux car il n’y a presque pas d’angle mort, vous regardez votre place depuis la baie arrière !

Seul petit bémol, les rétroviseurs qui sont si fragiles qu’ils… se replient avec la vitesse ! Dommage d’autant qu’il n’y a pas de rétro intérieur, et que la rétrovision dans la circulation est essentielle, surtout quand à Paris vélos et scooters (ou trottinettes, ou piétons…) surgissent de partout et nulle part ! Fixés d’une simple vis, il faudra s’assurer que ces rétros tiennent dans le temps -cela ne nous est arrivé que sur un seul des trois modèles que nous avons conduit.

La conduite, justement : on y revient… à pleine puissance des 6 kW du moteur, soit 8 chevaux, 1 de moins que la 2CV 375 cc de 1948 ! Quand on vous dit que l’Ami et la Deuche ont des points communs ! Vous ne risquez pas de vous envoler, même si les accélérations sont assez franches, que la direction est consistante (à défaut d’être réactive) et que le comportement global est sain. L’environnement n’incite de toutes façon ni à la prise de risque, ni à l’ultra vitesse, et c’est le coude à la portière que l’on se prend à circuler, et à apprécier… rouler plus doucement ! En silence aussi, car si vous voulez du son, vous devez investir dans une enceinte bluetooth externe à positionner devant le volant. A écouter le très discret son de roulage, plus feutré que celui d’une Zoé, et plus proche du feulement de navette spatiale auquel les électriques nous habituent. Et il faut en effet faire attention aux piétons… car beaucoup vous regardent !

De mémoire d’essayeurs (nous étions deux à nous succéder à son volant), il n’y a guère que quelques sportives extrêmes qui avaient autant fait tourner les têtes ! Les gens sont éberlués, ne comprennent pas ce qu’ils voient, dégainent leurs smartphone « pour la snapper » et n’hésitent pas à vous poursuivre pour demander en quoi vous roulez, et combien elle coûte ! Un véritable plébiscite, d’autant plus surprenant à Paris qui se détourne tant de la voiture individuelle. Mais il est vrai qu’avec sa petite bouille, sa mini-taille, son silence, sa petite teinte grise : cette Ami se remarque, et cherche à ne ressembler à aucune autre.

Les suspensions sont l’autre tour de force (on ne les compte plus) de cette Ami : elles absorbent tout, dos d’âne agressifs, saignées de bitume, trous de la chaussée ou encore trottoirs, et sur les pavés, même à 45, elle est impériale ! On réussira même à faire quelques pointes à 46 en descente mais attention, on vous déconseille d’emprunter le périphérique… tant que celui-ci est toujours limité à 70 km/h en tout cas.

L’automobile réinventée ?

A bord, une sérénité inédite se dégage, un quasi confort -les sièges n’ont aucun maintien hélas- et l’on en vient à se poser une question : pourquoi dépenser plus dans des voitures (neuves d’ailleurs) qui n’ont pas ce brio ?

Il y en aura bien qui argueront « elle se traine » : oui, à 45 km/h, limite maximale des quadricycles à moteur en France, elle se fait vite dépasser par les autres véhicules. D’autres diront qu’elle n’a pas d’autonomie : c’est faux, sa batterie 5,13 kWh (un dixième de celle d’une Citroën ë-C4) propose 70 km, très peu sur le papier, bien assez en ville, et suffisant pour se recharger -sur prise secteur 10a, comme un téléphone !- en seulement 3 heures. D’autant qu’avec Free2Move, ce n’est pas à vous de vous occuper de la recharge. Enfin, il restera d’ultimes cassandres pour estimer que c’est une anti-voiture : ça tombe bien, Citroën ne la positionne pas ainsi mais comme un service de mobilité, à mi-chemin entre un vélo électrique et une Smart, la cellule de survie et l’espace abrité de la pluie que n’ont pas les vélos et trottinettes dans une taille plus petite et moins chère à l’usage que la puce d’Hambach.

Ses seules concurrentes ? La Renault Twizy, en version 45, mais dont l’absence de portière fermée rend l’usage parfois pénible ; et l’Estrima Birô, encore plus petite… mais tellement plus chère ! Mais là encore, ces concurrentes cumulent davantage de défauts que l’Ami, qui ressemble à une parfaite synthèse, inattendue et tellement évidente que l’on oublie qu’elle n’a ni écran tactile, ni aérodynamisme, ni chrome, ni même de considération esthétique : c’est une no-design car, comme l’on n’en avait pas vu depuis la Mia et la Lumeneo, mais beaucoup plus aboutie que ces deux aïeules ! Seules concessions stylistique à la rationalité : les logos flat design et les ponctuelles sur les portières.

L’originalité paiera-t-elle ? On peut le souhaiter, 10 ans après les échecs de la Mia ou d’autres aventures électriques françaises, d’autant que l’Ami arrive avec la solidité du groupe PSA, l’originalité de son mode de distribution, et à une époque où les mobilités individuelles en ville n’ont jamais autant été remises en question. Mais tout reste encore à faire : cette voiture clive, interpelle, questionne… Et ça, ça ne vous rappelle pas 1948 et le surgissement dans les allées du Grand Palais de la 2CV ? Elle aussi a surpris et fait beaucoup douter jusqu’aux plus grands fans de Citroën… Et pourtant ! On ne peut souhaiter meilleur destin à cette nouvelle Ami des villes !