Ce vendredi 30 octobre 2026, les grilles de l’usine de Douvrin se ferment pour de bon. La Française de Mécanique, devenue Stellantis Douvrin, s’éteint après cinquante-sept années d’activité. Une page majeure de l’industrie automobile française se tourne dans le bassin minier du Pas-de-Calais. On vous raconte tout ça.

Française de Mécanique

La Française de Mécanique : une aventure commune entre Renault et Peugeot

Créée en 1969 par Peugeot et Renault pour reconvertir un territoire minier en déclin, l’usine démarre vraiment en 1971. Leur but est donc de produire des moteurs en commun, en grande série, au cœur de l’Artois pour faire des économies d’échelles entre français pour mieux affronter le marché commun. Au plus fort de son activité, dans les années 1970-1980, jusqu’à 6 800 personnes y travaillaient et plus de 10 000 moteurs pouvaient sortir chaque jour. Au total, plus de 52 millions de blocs ont été assemblés ici. Un chiffre on ne peut plus respectable qui place Douvrin parmi les plus grands sites de production de moteurs thermiques au monde.

Et au-delà de ces chiffres, Douvrin a produit une palanquée de moteurs qui ont équipé tout un tas de véhicules qui ont marqué notre enfance comme notre vie d’adultes, ainsi que quelques stars de cinéma !

Le moteur X, premier-né de Douvrin

Dès 1972, le site lance son premier moteur : le X (parfois surnommé « moteur couché »). Produit jusqu’en 1988 à plus de 5 millions d’exemplaires, il équipe notamment la Peugeot 104, la Renault 14 et la Citroën Visa, ainsi que la Peugeot 205 des premières années, la Citroën LNA, le C15 ou encore la Talbot Samba. C’est le premier grand succès industriel de la Française de Mécanique.

Le V6 PRV, star de cinéma et de grand tourisme

En 1974 arrive le légendaire V6 PRV (Peugeot-Renault-Volvo). Près d’un million d’exemplaires en sortiront jusqu’en 1998. Ce six-cylindres à 90° a équipé des berlines de prestige françaises comme les Peugeot 604 et Renault 30 au lancement, mais aussi, outre-Atlantique, la DeLorean DMC-12. Celle-là même que Doc et Marty ont rendu immortelle (retrouvez notre article).

Ce même V6, dans ses versions plus évoluées, a aussi animé la Renault Safrane, une voiture qu’elle est bien pour la conduire, surtout en Biturbo (voir notre article), mais aussi les Renault/Eagle Premier, et a failli prendre place sous le capot de la Medallion. Bien entendu, les R25, Alpine A610, Peugeot 505, Peugeot 605, Citroën XM n’ont pas manqué d’accueillir le PRV sous leur capot, le Renault Espace III ayant été la dernière nouveauté à l’étrenner.

Le « moteur Douvrin », colonne vertébrale des familiales

En 1977 arrive le moteur J, plus connu sous le nom de « moteur Douvrin ». Quatre cylindres aluminium, robuste, polyvalent, en essence comme en diesel. Il a propulsé la Renault 21 (y compris en version Turbo), la 25, l’Espace, mais aussi la Safrane phase 1.

Les TU et les petites Peugeot et Citroën

Le moteur TU, lancé en 1986 et produit jusqu’en 2013 à plus de 15 millions d’exemplaires à Douvrin, a équipé des générations de voitures populaires. Peugeot 205, 309, 405, Citroën BX, AX… Autant de modèles que nous avons célébrés dans nos colonnes !

Le TU a aussi animé les premières 206, 307, C3… et même certaines versions de la 406.

Les moteurs Renault D et les petites citadines

À partir de 1996, Douvrin produit aussi le moteur D de Renault, qui équipera la Twingo, la Clio et bien d’autres. Ces petits blocs ont accompagné des millions de Français dans leur quotidien. Et on vous invite à relire notre rétrospective sur la première Twingo.

Les derniers blocs : EP, DV et EB PureTech

Plus récemment, le site a assemblé les EP (Prince, issus de la coopération avec BMW), les DV diesel (BlueHDi) et les EB PureTech, ces trois-cylindres essence turbo qui ont équipé une large partie de la gamme Peugeot, Citroën, DS et Opel récente (208, 2008, 308, 3008, C3, C4, etc.).

Francaise Mecanique FM 2014 2 millions Moteur EP 1

Et le fait d’écrire le mot PureTech devrait suffire à rappeler de mauvais souvenirs à certains clients…

Renault se retire, Stellantis délocalise, et l’électrique prend le relais

Renault s’est progressivement retiré de la Française de Mécanique. En 2013-2014, PSA en devient l’unique propriétaire. La production des derniers moteurs Renault à Douvrin s’arrête autour de 2019. Le site devient ensuite pleinement PSA puis Stellantis.

Dans le même temps, le groupe a privilégié d’autres implantations. Une partie significative de la production des moteurs essence PureTech a été orientée vers l’usine hongroise de Szentgotthárd (ex-Opel), qui est devenue un pilier de la production européenne de ces blocs. Douvrin, elle, a vu ses volumes fondre au fil des années.

À son apogée, l’usine employait près de 5 800 à 6 800 personnes. En 2021, il restait encore environ 1 500 salariés. Ces derniers jours, une soixantaine de personnes seulement étaient encore présentes sur un site réduit à une trentaine d’hectares. La production de moteurs thermiques a cessé dès juillet 2026 ; il ne restait plus que quelques activités d’usinage avant la fermeture définitive de ce 30 octobre.

Juste en face, la gigafactory ACC (Automotive Cells Company), détenue par Stellantis, TotalEnergies et Mercedes-Benz, produit désormais des batteries lithium-ion. Inaugurée en 2023, elle incarne la reconversion du territoire vers la « vallée de la batterie ». C’est là que se joue désormais une partie de l’avenir industriel de Douvrin.

Une page se tourne, donc, tandis qu’une nouvelle histoire se joue juste en face de feue la Française de Mécanique.

Sources : Ici Hauts de France, Grokipedia

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