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Peugeot 405

Peugeot 405 : un talent international fête ses 30 ans

Peugeot 405

 Née le 18 juin 1987, la Peugeot 405 fête ses 30 ans. Disparue des showrooms européens depuis une vingtaine d’années, la Peugeot 405 n’a toujours pas fini sa carrière et a connu une destinée assez cosmopolite. Toujours produite en Iran, elle a également été assemblée en Argentine, mais aussi en Egypte, au Zimbabwe, en Malaisie, en Pologne, à Taiwan, en Indonésie, au Chili, ainsi, bien évidemment, qu’en France à Sochaux et au Royaume Uni à Ryton. Retour sur son parcours.

Genèse de la Peugeot 405

Une bonne fée s’est penchée sur le berceau de la Peugeot 405. Deux, en fait : la première s’est occupée du dessus, elle s’appelle Pininfarina. Et elle a signé une élégante robe qui a particulièrement bien vieilli. La seconde s’est chargée des dessous et lui a offert des organes de Citroën BX, à l’exception des suspensions, métalliques sur la Peugeot (enfin, presque, on verra le cas des versions 4×4). Le design intérieur est quant à lui signé Paul Bracq à qui l’on doit l’exubérant concept BMW Turbo (inspiratrice de la mythique M1), la Mercedes « Pagode » (W113) et pas mal de planches de bord, subjectivement moins marquantes (c’est mon avis) au sein de la gamme Peugeot.

En ce début d’années 80, ces bonnes fées ne sont pas de trop pour le récent groupe PSA, qui lance dès 1982 le projet D60, la 405 en devenir. En effet, les finances de la maison Peugeot ne sont pas au beau fixe, l’absorption de Citroën n’a pas été facile (et restera source de tensions au sein de PSA durant encore de nombreuses années). Dans le même temps, le rachat de Chrysler Europe se révèle être périlleux avec un réseau et une gamme dont Peugeot ne sait que faire. La grande Tagora est sacrifiée sur l’autel de la rivalité interne avec la 604. Du côté de la gamme moyenne, la 305, entre compacte et routière, reçoit une concurrente inattendue avec l’arrivée de la 309, une Talbot devenue Peugeot peu de temps avant son lancement.

Pour remplacer sa 305, Peugeot vise la centaine supérieure et fait grandir sa voiture : D60 devient la Peugeot 405, désormais bien ancrée sur son segment. Elle devient en outre la première grande berline Peugeot à traction avant. Lancée en 1987, la même année que le premier album des Guns N’ Roses, la 405 peut compter sur une ligne plutôt fine et gracieuse, assez élancée. Apetite for destruction de la concurrence ? Oui, mais avec élégance. Pour tout dire, les lignes de la 405 ne sont pas sans évoquer des similitudes avec celles de du nouveau haut de gamme d’Alfa Romeo, la 164, lancée au même moment. Dans le cas de l’italienne, Pininfarina est également à la manœuvre… L’air de famille trouve de fait son explication.

Un talent fou

C’est ainsi en juin 1987, prête pour le millésime 88 qu’est présentée la Peugeot 405. Quelques jours auparavant, c’est le réseau Peugeot qui a pu la découvrir en avant-première au Zénith de Paris, présentée par l’éternel Michel Drucker. Dès l’origine, la maison sochalienne offre à sa familiale une gamme relativement vaste et diversifiée lui permettant d’être proposée en 6 finitions (GL, GR, GRI, SR et SRI en allant crescendo). Elles sont motorisées par les blocs TU3 (1,4L 70ch BVM4), TU5 (1,6L 90ch BVM5), XU9 (1,9L 110 ch en version carburateur et 125ch en version injection)) ainsi que dans une déclinaison sportive Mi16 de 160ch dès le mois de septembre 1987. Le XU9 110ch est proposé en version boite longue (7cv fiscaux) et en version boite courte (9cv fiscaux). Au programme de toute la gamme 405 ? Une excellente tenue de route, lui permettant de tenir la dragée haute à bien des sportives. Et la plaçant dans le haut du panier de sa catégorie. Les prestations routières parviennent à faire oublier une qualité de matériaux et d’assemblage plutôt médiocre. On note en particulier de nombreux rossignols et des peintures qui s’oxydent rapidement (vernis qui s’écaillent sur les teintes en disposant).

La 405 termine l’année 1987 par le titre de Voiture Européenne de l’Année 1988, année que Peugeot débute avec quelques nouveautés. En effet, les versions diesel (1,9L 70ch) et turbo diesel (1,8L 90ch) sont proposées dès janvier tandis que le break les rejoint quelques mois plus tard. Pour le millésime 89, apparaissent des versions à transmission intégrale motorisées par le XU9 : GRx4 et SRx4 rapidement rejointes par la Mi16x4. Particularité de ces versions ? Un train arrière de Citroën BX 4×4. Corollaire ? Elles possèdent la même suspension hydraulique (uniquement à l’arrière). Comme les Rolls Royce ! La gamme se diversifie avec l’apparition de séries spéciales dont le très rare break Roland Garros.

En 1991, tandis que Peugeot restyle sa familiale, les Guns sortent le double album Use Your Illusion. Coïncidence ? Bof, c’est Calling Elvis de Dire Straits sorti la même année sur l’album On Every Street qui servira à la publicité du restylage de la 405. Elle adopte de nouveaux feux arrière, un seuil de coffre abaissé et surtout, une nouvelle planche de bord, bien plus moderne et qualitative. Peugeot revoit sa copie, dehors comme dedans afin de mieux maîtriser le vieillissement de la voiture. La gamme évolue, avec notamment l’apparition du haut de gamme STI/STDTurbo et d’une sportive : la T16. Elle vient se placer au-dessus de la Mi16 et remplace la Mi16x4.

La 405 T16 revendique 200ch grâce à son turbo et passe la puissance au sol via ses 4 roues motrices. Pour le millésime 95, la gamme se simplifie autour des finitions Sillage, Style et Signature en attendant l’arrivée de la très réussie 406 à l’été 1995. C’est aussi la fin des grandes Peugeot sportives : faute d’un marché intérieur propice et d’une présence forte en Allemagne, la 405 T16 est rare.

Les BRI (Brigade Rapide d’Intervention) se sont, là l’époque, équipées d’une dizaine de modèles. Une série spéciale Le Mans représentera la 405 ultime en termes de sportivité, produite à 150 exemplaires en rouge Lucifer. Dernier fait d’arme, la 405 se permet de capter des clients de 406 grâce au rapport prix/équipement plutôt avantageux des séries spéciales de fin de carrière, jusqu’à ce que la voiture ne cède définitivement sa place à sa remplaçante en 1996. Slash quitte les Guns au même moment. Coïncidence ?

Un talent sportif

Peugeot 405 Turbo 16

Au milieu des années 80, Peugeot respire enfin avec le succès de la 205, portée, non seulement par sa vaste gamme, sa robustesse et ses prestations abouties mais aussi par son programme sportif. La 205 Turbo 16 engrange les succès, la GTI coiffe la gamme et les effets secondaires des succès sportifs sont une hausse des volumes de ventes. La Peugeot 405 est appelée à prendre sa succession de l’illustre et victorieuse 205 Turbo 16. La 405 en reprend la mécanique et fera même don de ses entrailles à la ZX Rallye Raid qui lui succèdera. Rien ne se perd ! Le bloc 1905 cm3 à 16 soupapes (et autant de cardinaux ?) développe 400 ch à 7 500 tr/min, donnant du souffle au bolide. On retrouve ainsi la Peugeot 405 Turbo 16 engagée dans les rallyes raid, et notamment au Paris-Dakkar, rallye qui était bien trop élémentaire à l’époque puisqu’il faisait honneur à son patronyme en débutant depuis la capitale Française pour se terminer à Dakkar. Résultat ? Vainqueur en 1989 e 1990 avec Ari Vatanen au volant.

Et pour mieux appuyer son aura à l’étranger, Peugeot engage la 405 Turbo 16 au Pikes Peak, qu’elle remporte en 1988 avec Ari Vatanen, d’une main, et en 1989 avec Robby Unser. La voiture innovait par ses 4 roues directrices, une première dans ce type de course et limitait sa masse à 900 kg, faisant d’elle une redoutable voiture de compétition pour l’époque. D’autant plus que sa puissance a été portée à 600ch à 7 000 tr/min pour l’occasion. L’ascension de 1988 a par ailleurs donné lieu à un film que les passionnés de sport automobile connaissent par cœur : Climb Dance.

Un talent international

Une grande carrière commerciale en Europe, des victoires en sport automobile y compris à l’étranger : la 405 exporte ses succès mais est-elle un succès à l’international ? Dans la mesure des ambitions sochaliennes, le grand export restant souvent un gros mot dans la bouche des gens de PSA. Premier marché exotique visé par la Peugeot 405 ?

L’Amérique du Nord où Peugeot a désespérément besoin d’un produit pour seconder la 505, certes adaptée mais confidentielle et certainement pas éternelle : ses volumes de ventes y déclinent lentement. Dès la fin de l’année 1988, la maison sochalienne y introduit une gamme complète de 405 : DL, S et MI16 constituent un éventail de modèles dépollués et disponibles en berline et en break. Et même si la version MI16 perd quelques chevaux en adoptant le pot catalytique, elle n’en reste pas moins saluée par la presse pour son talent fou. La 405 est adaptée aux réglementations locales côté éclairage et sécurité passive, elle reçoit un airbag et même, selon les millésimes, la curieuse (et heureusement éphémère) ceinture de sécurité automatique imposée par la règlementation américaine. Malheureusement pour elle, la 405 n’est pas la voiture la plus fiable qui soit, quelques problèmes électroniques venant entacher sa carrière tandis que les peintures et les assemblages résistent mal au climat local. Le taux de change n’aidera en rien et le réseau multimarques, peu motivé par la vente d’une Peugeot montrera les limites de la marque aux USA. Alors que la 605 tombe en disgrâce en Europe à cause de sa terrible fiabilité, celle-ci ne franchit jamais l’Atlantique, en raison d’un prix de revient trop élevé. Peugeot jette l’éponge aux USA à la fin de l’année 1991 et le coupé, étudié par Heuliez ne sera jamais produit.

Mais la 405 ne dit pas son dernier mot : elle est assemblée ou produite à travers le monde chez PSA ou chez des partenaires. L’usine argentine de SEVEL, codétenue avec Fiat produit la 405 entre 1992 et 1999, un demi-million de voitures sort des chaînes argentines. Au Chili, c’est la Franco-Chilena qui fabrique les Peugeot 405 à Los Andes. Les africains ne sont pas en reste avec un assemblage en Egypte (dans un site qui fait actuellement la 408) et au Zimbabwe (chez Quest). Ailleurs, les Taiwanais l’ont assemblée de 1989 à 1995 tandis qu’en Pologne, la 405 a été produite à 4000 maigres exemplaires par FSC à Lublin alors qu’en Iran, la 405 produite par Iran Khodro a été un véritable hit, qui ne se dément toujours pas aujourd’hui.

Berline tricorps robuste (sauf les premières…), la 405 aurait pu être un vrai succès mondial si Peugeot avait eu une vision moins franco-centrée du commerce automobile. Les africains roulent aujourd’hui en Toyota (comme la Terre entière, d’ailleurs), les chinois en VW et en Buick, les indiens en Suzuki-Maruti, les russes en Lada et l’Europe de l’Est en Skoda et en Dacia. Faut croire que la 405 aurait pu investir tous ces marchés durant les années 90 si Peugeot s’en était donné la peine…

Une talent qui dure

Peugeot 405

De 1987 à 1995, la Peugeot 405 s’est écoulée à 2 490 963 exemplaires (dont 373 986 break). Mais voilà : il faut ajouter les diverses productions qui ont eu lieu ailleurs qu’à Sochaux et Ryton. Et surtout, il faut garder à l’esprit que la 405 n’est pas morte. Elle est toujours en production en Iran, marché où Peugeot a hérité de la présence industrielle de feu Chrysler Europe (via la marque Rootes). C’est à partir de 1992 que Peugeot y a introduit la 405 avec un succès qui ne se dément pas. La voiture y a même été restylée à plusieurs reprises, aussi bien à l’extérieur avec son regard de 306 phase 3, qu’à bord avec une nouvelle planche. Outre ces versions modernisées de la 405, désormais baptisées Pars, on y trouve même les curieuses Peugeot 405 RD et ROA (propulsion) qui ne sont autres qu’une antédiluvienne Paykan sur laquelle vient se greffer une carrosserie de 405 ! Ultime dérivé, l’Arisun, un pick-up dérivé de cet étrange mélange. La 405 (Pars) n’a pas encore dit son dernier mot en Iran mais ses jours devraient être comptés avec l’arrivée de la 301, produite localement.

Mise à jour : la 405 ne dit pas son dernier mot et enfante même un nouveau dérivé en Azerbaïdjan. C’est la Peugeot Khazar 406 ! Nous vous en parlions en détail ici même.

Malgré quelques loupés sur certains marchés, la Peugeot 405 a été un grand succès pour Peugeot, en France comme à l’étranger et continue sa route en Iran, 30 ans après sa sortie en France. Quand on repense aux ventes un peu laborieuses de la Peugeot 301 sur les marchés, on se dit que Peugeot n’est pas encore prêt à rééditer le succès de la 405 avec une berline. Et si le prochain best-seller mondial du Lion était un SUV ? C’est tout le bien que l’on peut souhaiter au nouveau 3008 qui sature déjà son site de fabrication français. L’avenir le dira. En attendant, les Guns se sont reformés et tournent toujours. Un groupe avec un talent fou. Comme la 405.

Pour conclure, je vous propose quelques publicités, photos et vidéo :

De l’usage des stupéfiants dans les agences de pub :

Si vous êtes de passage à Sochaux, le Musée de l’Aventure Peugeot dédie son exposition actuelle aux 30 ans de la 405 et la conclura par une journée spéciale le samedi 17 juin : outre les 13 voitures exposées (berlines, break, Pars, Mi16, T16 Pikes Peak…), un grand rassemblement de 405 se déroulera entre 10h et 18h sur le parking tandis que le groupe Madame Oleson s’y produira en concert à 16h. L’accès sera gratuit tandis que l’entrée du musée sera exceptionnellement à 4,05 € si vous venez en Peugeot 405.

Plus de renseignements ici.

Via : Wikipédia, Les Peugeot Mythiques, le Musée de l’Aventure Peugeot.

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