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SAIPA Tondar P90

Tondar P90 ou les 1001 vies de la Dacia Logan

SAIPA Tondar P90

SAIPA, constructeur iranien d’automobiles, a dévoilé via son compte Instagram les deux premières images du restylage de sa Tondar. Le profil vous est familier ? Vous avez lu le titre de l’article ? Alors vous y êtes : la première Dacia Logan n’a pas fini de connaître des déclinaisons !

Au commencement fut le projet X90

L’histoire de la Dacia Logan remonte à la fin des années 1990. Après avoir manqué le rachat de Škoda en 1991, Renault ne laisse pas passer l’opportunité d’accaparer le roumain Dacia, alors exsangue. Très vite, le Losange monte au capital, modernise l’appareil de production, et lance une première offensive produit tout d’abord en actualisant le pick-up 1304, basé sur la vénérable Renault 12, la Dacia 1310 locale. Le pick-up bénéficie du 1,9 d Renault et de quelques autres extras pour tenir le coup quelques années de plus.

En parallèle, la Dacia Nova devient SupeRNova (R et N en majuscule, suivez notre regard) en 2000 avec un bloc 1,4 Renault et en bénéficiant d’un léger lifting. Enfin, en 2003, Dacia lance la Solenza, grande modernisation de la SupeRNova, dotée d’une offre Diesel. Elle sert surtout de véhicule école à Dacia afin de monter en compétence la firme roumaine en termes de gestion de projet et d’industrialisation, de même qu’elle étrenne déjà quelques solutions vues sur la Logan : rétroviseurs symétriques, carry-over (reconduction) de pièces issues de la banque d’organes Renault… ainsi que le nouveau logo Dacia.

La machine est lancée et à l’automne 2004, le projet X90 devient une réalité commerciale en Roumanie, d’abord, sous le nom de Dacia Logan. Le projet de « voiture à 5 000 $ » de Louis Schweitzer, le PDG de Renault de l’époque, voyait enfin le jour, à un tarif de près de 6 280 €, toujours impressionnant pour l’époque et pour une voiture moderne respectant les normes Euro III et Euro IV à son lancement. Le PRF (prix de revient à la fabrication) ne sera que de 3 800 € pour la version de base, une gageure ! Un exploit relevé par les équipes Renault emmenées par le regretté Gérard Detourbet, qui signa aussi la Kwid.

La Logan est un superbe exemple de conception axée vers la réduction des coûts. On peut citer pêle-mêle la planche de bord monobloc en plastique injecté, les nombreux éléments symétriques (rétroviseurs extérieurs, vitrage latéral, baguettes de protection…) permettant de limiter le nombre de références produites (moins d’outillages à investir, plus de volumes de production), les formes assez simples des emboutis extérieurs (en dehors des passages de roues, la plupart des formes est facile à obtenir), les vitres latérales plates et la courbure simple du pare-brise (nettement moins dispendieuses que des vitres à double ou triple courbure)…

La Logan a en outre poussé le concept du carry-over assez loin (sans précédent dans un projet Renault) : il s’agit de reconduire des pièces existantes plutôt que d’en développer de nouvelles. On peut ainsi voir de nombreux composants déjà apparus sur d’autres modèles de l’Alliance Renault-Nissan comme des glaces de rétroviseurs, clignotants latéraux, volant ou comodos issus de la Clio II, des aérateurs provenant de l’Espace IV… Les exemples sont nombreux. De même, les GMP (i.e. moteurs et boîtes) sont issus de la banque d’organes du groupe, déjà amortis. Enfin, la plate-forme est commune à d’autres modèles (Clio III, Micra, Note, Modus…), principalement simplifiée au niveau de l’unité avant. Le train avant est issu de la Clio II, moins sophistiqué. Moins de développements, plus de volumes : que demande le peuple ? Le prix de revient du véhicule en bénéficie largement, comme en témoigne le tableau ci-dessous.

Dacia Logan : une success story internationale

Il ne s’est fallu que d’une petite année pour que les barrières sautent et que la Dacia Logan, produite en Roumanie à Piteşti, soit commercialisée en Europe de l’Ouest avec le succès que l’on connaît. La Dacia Logan a marqué le monde automobile en développant des concepts fondamentaux dans l’atteinte de ce faible coût, comme on l’a évoqué plus haut. Renault a en outre poussé l’intégration locale très loin en emmenant dans son sillage un grand nombre de fournisseurs en Roumanie.

La Logan développe ensuite sa gamme : le break MCV à la rentrée 2006, une version Prestige, un dérivé à hayon la Sandero, qui prendra très vite son envol, un pick-up et puis… La Dacia deviendra Renault. Et Nissan. Et Mahindra. Et Lada. Et même iranienne avec la Renault Tondar 90 ! La Logan et ses dérivés sont produits dans 7 pays et usines : Piteşti en Roumanie, Moscou en Russie (et Togliatti pour la Largus), Envigado en Colombie, Téhéran en Iran, Nasik en Inde, São José dos Pinhais au Brésil et Casablanca au Maroc.

Oui, outre les Dacia connues sous nos latitudes, certains marchés voient la Logan vendue sous le badge Renault : c’est le cas de la Russie et de l’Ukraine, notamment (une marque de l’Ouest est mieux perçue qu’une marque d’un ancien satellite de l’URSS), c’est aussi le cas de l’Amérique du Sud où Renault dispose enfin d’une offre adaptée en entrée de gamme. En Russie, le break Logan MCV est rebadgé Lada Largus.

Au Mexique, Nissan assemble la Logan et la rebaptise Nissan Aprio, où elle remplace la Platina, une Renault Symbol rebadgée. En Afrique du Sud, c’est le pick-up Logan qui devient Nissan NP200. En Inde, la relation entre Renault et Mahindra&Mahindra n’est pas rose et malgré une Renault Logan indienne, la collaboration tourne court : la JV est dissoute en 2010 et il en résulte deux versions badgées Mahindra : la Verito, restylage de la Logan et la Verito Vibe, dérivé raccourci à 3,99 m pour des raisons fiscales, mais qui, malgré sa ligne, ne dispose pas de hayon.

Enfin, en Iran, Renault et son partenaire SAIPA Pars produisent la Tondar 90, version locale de la Logan, avec une face arrière spécifique. Les sanctions américaines contre l’Iran poussent Renault à se retirer du marché. Mais SAIPA reste un industriel local qui produit des voitures. Et l’intégration locale de la Tondar 90 étant assez poussée, sa production se poursuit en devenant 100 % iranienne. Ou presque, on parle de 85 % d’intégration locale.

Tondar 90 : le retour !

SAIPA annonce désormais une version modernisée de la Tondar 90 en diffusant deux images sur son compte Instagram. Elle devient la Tondar P90. On ne sait encore que peu de choses sur cette voiture, d’autant plus que les commentaires sont en farsi, mais on distingue une face avant modernisée : les projecteurs elliptiques sont encadrés par une signature lumineuse en LED, tandis que la calandre polygonale est surmontée d’une bande chromée. Le bouclier se montre bien plus agressif et nervuré qu’auparavant et les ailes avant disposent désormais d’un enjoliveur. L’embouti du capot est également nouveau.

SAIPA Tondar P90

A l’arrière, les feux disposent également d’un éclairage à LED et leur signature singerait presque les Renault actuelles ! Le bouclier de la Tondar P90 se pare d’un faux diffuseur pou alléger son look et de catadioptres. Pas de changements en latéral, on note tout de même un toit peint en noir sur ces photos.

SAIPA Tondar P90

SAIPA annonce que la Tondar P90 sera plus moderne. Pour autant, les trains roulants restent toujours issus de la plateforme B0, comme la Logan de 2004, tandis que la marque annonce des équipements de sécurité et confort plus modernes que l’ancienne Tondar Renault L90. A bord, l’intérieur est annoncé comme amélioré. Peut-être sera-t-elle également exportée sur certains marchés ouverts au commerce avec l’Iran.

SAIPA Tondar P90

Sources : Instagram, Mavel, V. Julliard sur LinkedIn ; si vous lisez le farsi, le communiqué SAIPA est ici