À partir de ce samedi 31 octobre, TotalEnergies affiche le gazole à 2,15 euros le litre dans ses stations Access, grâce aux stocks stratégiques que l’État remet sur le marché. Une baisse bienvenue pour les uns, une aide aux énergies fossiles pour les autres. Avant de trancher, encore faut-il savoir qui roule au diesel en France en 2026. Les immatriculations de voitures neuves n’en donnent qu’une toute petite idée.

Monogrammes de moteurs diesel : TDCi, CDI, GTD, dCi, HDi, TDI, CRDi

2,15 euros le litre chez TotalEnergies

TotalEnergies a détaillé son dispositif le vendredi 30 octobre. Dès le samedi 31 octobre, ses 705 stations Access, qui pèsent environ 60 % de ses ventes de carburants, vendent le gazole à 2,15 euros le litre.

Les autres stations du réseau, hors autoroutes, suivront à partir du lundi 2 novembre, « en fonction de l’évolution des marchés internationaux du diesel », précise le groupe. Le plafond de 2,25 euros le litre, déjà en place sur l’ensemble de son réseau français, est maintenu.

Pour trois mois, du 2 novembre au 31 janvier, TotalEnergies ajoute une remise de 200 euros par mètre cube sur le fioul domestique, et de 20 centimes par litre sur le gazole non routier (agriculteurs, travaux publics) et sur le gazole pêche.

À titre de comparaison, le gazole s’affichait en moyenne à 2,38 euros le litre le jeudi 29 octobre, selon un relevé de l’AFP sur plus de 8 800 stations. Le SP95-E10 était à 2,11 euros.

Des stocks stratégiques cédés à leur prix d’achat

TotalEnergies n’agit pas seul. Un décret du 23 octobre, publié au Journal officiel le lendemain, autorise la cession de 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques français, soit environ 1,6 million de mètres cubes.

Ces volumes sont répartis entre les distributeurs au prorata de leurs parts de marché 2025, et vendus à leur coût moyen d’acquisition. Selon Matignon, ce gazole revient à environ 0,28 euro le litre, contre 1,10 euro environ sur le marché à la mi-octobre. Le gouvernement vise une baisse de 12 à 18 centimes à la pompe à partir du 1er novembre, jusqu’au 31 janvier, et impose aux stations un affichage « visible, lisible et aisément accessible » de la réduction.

Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre de l’Énergie, avait appelé TotalEnergies à se montrer « exemplaire ». Le groupe va un peu plus loin que la fourchette gouvernementale dans ses stations Access : 2,15 euros, c’est 23 centimes sous la moyenne nationale du 29 octobre.

À l’échelle du pays, l’effort reste limité. Matignon chiffre la consommation française à 54 millions de barils de gazole par trimestre. Les 10 millions de barils libérés couvrent donc un peu moins de 5 % de la consommation annuelle.

Pourquoi le gazole coûte plus cher que l’essence

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, fin février, le gazole a pris environ 68 centimes. Il a atteint un record autour de 2,38 euros dans la semaine du 18 septembre, et se paie désormais plus cher que l’essence : début octobre, l’écart dépassait 21 centimes par litre en faveur du SP95-E10.

La tension vient surtout du raffinage. La France importe environ la moitié du gazole qu’elle consomme, en grande partie depuis le Golfe, où plusieurs raffineries ont été endommagées. La marge de raffinage sur le gazole est montée à 235 euros la tonne en septembre, contre une quarantaine d’euros en février. L’essence, elle, a beaucoup moins subi cette tension.

Moteur diesel Mercedes 230 D en coupe

Le diesel neuf a presque disparu

Côté voitures neuves, le diesel n’est plus qu’une niche. Il dépassait 70 % des immatriculations au début des années 2010, comme nous le rappelions dans notre dossier sur les 90 ans du diesel.

En 2024, sa part tournait encore autour de 7 %. En 2025, elle est tombée à 4,9 %, soit près de 80 000 voitures. En juin 2026, le diesel (hybrides légers compris) ne représentait plus que 3,1 % du marché, selon le service statistique du ministère de la Transition écologique.

En septembre, seules 2 412 voitures diesel ont été immatriculées, en baisse de 62 % sur un an, d’après AAA Data. Sur un marché de 156 629 voitures, cela représente à peine 1,5 %.

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Mais il roule encore, et beaucoup

Dans le parc, la situation est inverse. Au 1er janvier 2026, la France comptait 40 millions de voitures en circulation, dont 46,1 % roulant au gazole. Cela fait environ 18,4 millions de voitures diesel, soit encore la première énergie du parc.

Chez les utilitaires légers, le diesel reste quasiment exclusif : 91,6 % des 6,6 millions de véhicules en circulation, soit environ 6 millions d’utilitaires. L’électrique n’en représente que 2,3 %.

Moteur 2.4 JTD d'une Alfa Romeo 156

Le diesel garde aussi une place importante sur le marché de l’occasion. En juillet 2026, 194 230 voitures diesel ont changé de propriétaire, en recul de 12,7 % sur un an. Elles représentaient encore un peu plus de la moitié des occasions thermiques vendues ce mois-là.

Logiquement, le gazole reste le premier carburant vendu en France. En 2025, il pesait 32 millions de mètres cubes, soit 67,3 % des carburants routiers, en baisse de 3,4 % sur un an selon le Comité professionnel du pétrole. Avec la flambée des prix, la baisse s’est accélérée : en avril 2026, les livraisons de gazole ont chuté de 9,1 % sur un an, contre 0,9 % pour l’essence. Une baisse de la demande « tout à fait inédite », selon Olivier Gantois, président de l’Ufip Énergies et Mobilités.

Qui vend encore du diesel ?

Côté voitures, l’offre s’est réduite comme peau de chagrin. Les citadines et la plupart des SUV urbains ont abandonné le gazole : Peugeot 208, Dacia Sandero et Duster, Renault Captur, Volkswagen Polo… La Renault Clio VI et le nouveau Volkswagen T-Roc ne le proposent plus non plus.

Le diesel survit surtout chez les constructeurs allemands, sur des compactes, des familiales et des SUV haut de gamme. Stellantis fait figure d’exception : selon Reuters, le groupe a réintroduit depuis fin 2025 des versions diesel sur au moins sept modèles en Europe, dont la Peugeot 308, la DS N°4, l’Opel Astra et le Citroën Berlingo, en invoquant une « demande client soutenue ».

Depuis janvier, la Mercedes GLA est la voiture diesel la plus vendue en France (1 018 exemplaires), devant la Skoda Octavia (773) et la Peugeot 308 (665), selon un pointage de NGC-Data arrêté en juin. Sur la même période, l’ensemble du diesel non hybride ne totalisait que 10 067 immatriculations.

Peugeot 308 restylée

Marque Voitures particulières encore proposées en diesel (principaux modèles)
Alfa Romeo Giulia, Stelvio, Tonale
Audi A3, A5, A6, Q3, Q5
BMW / Mini Série 1, Série 3, Série 5, X1, X3, X5 / Mini Countryman
Citroën / DS Berlingo, SpaceTourer / DS N°4, DS 7
Fiat Tipo
Kia Sportage (1.6 CRDi hybride léger)
Land Rover Defender, Discovery, gamme Range Rover
Mazda CX-60, CX-80
Mercedes-Benz Classe A, Classe C, Classe E, GLA, GLB, GLC, GLE, Classe V
Opel Astra, Zafira Life
Peugeot 308, Rifter, Traveller
Seat / Cupra Leon, Ateca / Formentor, Leon
Skoda Octavia, Superb, Karoq, Kodiaq
Toyota Land Cruiser, Proace Verso
Volkswagen Golf, Passat, Tiguan, Tayron, Touran, Caddy, Multivan

Dacia, Hyundai, Volvo, Jeep, Tesla et l’ensemble des marques chinoises ne proposent plus, ou n’ont jamais proposé, de diesel en France.

Chez les utilitaires, le paysage est tout autre : le diesel reste largement majoritaire et presque tous les constructeurs le gardent au catalogue, le plus souvent à côté d’une version électrique. Les dix utilitaires les plus vendus en France depuis janvier, du Renault Trafic au Peugeot Boxer, existent tous en diesel.

Renault Kangoo et Trafic au salon de Bruxelles

Marque Utilitaires proposés en diesel
Renault Kangoo Van, Trafic, Master
Peugeot Partner, Expert, Boxer
Citroën Berlingo Van, Jumpy, Jumper
Opel Combo Cargo, Vivaro, Movano
Fiat Professional Doblo, Scudo, Ducato
Toyota Proace City, Proace, Proace Max, Hilux
Ford Transit Connect, Transit Custom, Transit, Ranger
Volkswagen Utilitaires Caddy Cargo, Transporter, Crafter, Amarok
Mercedes-Benz Citan, Vito, Sprinter
Nissan Primastar, Interstar
Iveco / MAN / Isuzu Daily / TGE / D-Max

Sources : Reuters, mondial.paris. Certaines versions peuvent disparaître en cours d’année.

Qui y gagne vraiment

Pour un automobiliste qui parcourt 15 000 km par an avec un diesel consommant 6 litres aux 100 km, trois mois représentent environ 225 litres. Une baisse de 12 à 18 centimes lui fait économiser entre 27 et 40 euros sur la période. Dans une station Access à 2,15 euros, l’économie atteint environ 50 euros par rapport à la moyenne de fin octobre. À titre de repère, une voiture française parcourt en moyenne 11 600 km par an.

Le gain est plus net pour ceux qui roulent beaucoup et n’ont guère d’alternative. Les artisans et les livreurs, d’abord, dont les utilitaires sont presque tous diesel et roulent souvent davantage que la voiture d’un particulier. Les agriculteurs, les entreprises de travaux publics et les pêcheurs, ensuite, avec la remise de 20 centimes sur le gazole non routier et le gazole pêche chez TotalEnergies.

Les ménages chauffés au fioul sont aussi concernés : une remise de 200 euros par mètre cube, c’est 200 euros de moins sur une livraison de 1 000 litres.

Quant au conducteur diesel type, il a changé. Faute de nouveaux modèles, le parc diesel vieillit : la plupart de ces voitures ont été vendues neuves avant 2020 et sont aujourd’hui entre les mains de deuxièmes ou troisièmes propriétaires, qui les ont achetées d’occasion à un prix bien inférieur à celui d’une électrique neuve, même aidée.

Une mesure qui divise

Plusieurs critiques reviennent. Les automobilistes roulant à l’essence ou à l’électrique ne profitent pas directement de la mesure, même si le SP95-E10 reste moins cher que le gazole. Et puiser dans des stocks prévus pour les crises d’approvisionnement, en pleine tension sur le marché, pose la question de leur reconstitution, probablement à un prix plus élevé.

Le signal envoyé interroge aussi, au moment où la France et l’Allemagne discutent de l’avenir de la fin du thermique en 2035. Mais pour un artisan ou un agriculteur, l’alternative électrique reste souvent théorique à court terme.

Le dispositif prend fin le 31 janvier, et l’Agence internationale de l’énergie s’attend à un marché du gazole toujours tendu en 2027. Reste à savoir si la baisse sera bien visible dans toutes les stations dès le 1er novembre, et ce que deviendront les prix une fois les stocks écoulés.

Sources : TotalEnergies, SDES, AAA Data, CPDP/Ufip, AFP.

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