Le Nouvel Automobiliste

Trois questions sur le retrait définitif d’Infiniti en Europe

Nous en parlions en janvier, c’est désormais confirmé : Infiniti, la marque premium de Nissan, annonce son retrait du marché européen en 2020. En cause : des volumes de vente insuffisants pour assurer la rentabilité de la branche européenne. Mais cela amène à se poser également d’autres questions.

Pourquoi Infiniti n’a jamais décollé en Europe ?

Arrivée sur le marché à la fin de l’année 2008, la marque de luxe de Nissan est à la peine, au point de préférer se retirer de l’Europe. Difficile de vendre du premium sans être allemand ? Pas seulement, mais cela joue effectivement sur un marché très attaché à certains blasons. Loin du poids de l’Amérique du Nord (70% des ventes d’Infiniti) ou de la Chine (20%), l’Europe a à peine réalisé 6000 ventes l’an passé contre près de 250 000 dans le monde. La meilleure année d’Infiniti en Europe restera donc 2015 avec moins de 14 000 exemplaires…

Pensés pour l’Europe, la compacte Q30 et son dérivé SUV QX30, issus des Mercedes-Benz Classe A et GLA, n’auront jamais réussi à faire décoller la marque sur notre continent. La gamme, quasi complète selon les années (avec, au pic, en plus des pré-citées, 2 berlines, 1 coupé, et 2 SUV) n’était pourtant pas dénuée d’intérêt, mais elle n’a jamais été totalement adaptée : absence de renouvellement du SUV QX-50, pourtant cœur de gamme du segment le plus en vogue en Europe ; technologie hybride sous-valorisée (présente sur les berlines Q50 et Q70 seulement), retrait du QX70 qui avait permis à la marque de se faire connaître par les importateurs, avant sa distribution officielle chez nous… sans compter un réseau de seulement 39 affaires, ne couvrant pas forcément tout le territoire. Ajoutez à tout cela une communication discrète, une gamme peu compréhensible avec des modèles qui changent de nom (la Q70, née Infiniti M par exemple), et des tarifs élevés qui n’ont pas permis à la marque de se faire une place au soleil.

Un marché européen de plus en plus dur à aborder ?

Avec la très forte sévérisation des protocoles d’homologation des véhicules, et surtout les pénalités fixées par la Commission Européenne en cas de dépassement d’une moyenne d’émission de CO2 assortie de très lourdes sanctions financières, adapter un véhicule aux normes européennes sera de moins en moins rentable pour les marques à faible volume comme l’est Infiniti pour notre marché.

Cela pose également la question d’autres marques comme Subaru ou Mazda, par exemple. De plus l’instabilité fiscale de certains marchés rend l’appréhension de la zone européenne assez périlleuse pour de petits acteurs.

L’exemple du Diesel illustre bien le phénomène : indispensable il y a encore 2 ans pour percer, il est aujourd’hui banni par les autorités et fort logiquement boudé des acheteurs. Ces volte-faces politiques sont incompatibles des cycles industriels longs et de la nécessité de rentabiliser de lourds investissements. Ajoutez à tout cela le Brexit, probablement perturbateur pour la rentabilité des Q30 et QX30 produites chez Nissan à Sunderland, et on comprend la prudence de la marque premium japonaise et sa volonté de se recentrer sur l’Amérique du Nord et la Chine, deux marchés finalement assez proches en propositions produit (moteurs essence, SUV et berlines de grande taille).

Une occasion manquée de devenir le Polestar de Nissan ?

A la vue des difficultés que vont devoir affronter très rapidement les constructeurs en Europe, il n’est pas impensable que Nissan ait perdu là une occasion de recentrer Infiniti sur le nouveau marché en vogue, celui de l’électrification. L’Infiniti Q70 était pourtant précurseur parmi les berlines hybrides mais sa technologie n’a pas été cascadée au reste de la famille, tandis que les modèles images étaient majoritairement thermiques (ainsi de la Q50 S qui même hybride se voulait sportive plutôt que vertueuse).

Ainsi donc, transformer Infiniti en une division de luxe électrique, comme l’est Polestar pour Volvo et ainsi aller chercher Tesla sur le marché premium électrique, apparaît comme une occasion manquée. Mercedes, en développant EQ, va dans ce sens, et la voiture de l’année, la Jaguar I-Pace, semble également indiquer une tendance de la part des premiums pour subsister au raz-de-marée « anti-CO2 » de la Commission Européenne. C’est d’autant plus dommage que le concept car 100 % électrique de la marque (le QX Inspiration que nous vous présentions ici) était présenté à Détroit cette année.