Présentée à Genève en 1963, offerte à un roi d’Arabie saoudite, saisie en Égypte puis oubliée trente ans dans un entrepôt du Caire : la première Maserati 5000 GT Frua a eu une vie de roman. Elle vient de recevoir la certification d’authenticité de Maserati Classiche, une première pour ce modèle.
AU SOMMAIRE
Une Maserati commandée par un Shah
L’histoire de la 5000 GT commence à la fin des années 1950. Le Shah d’Iran, qui conduit alors une 3500 GT, demande à Maserati une voiture encore plus prestigieuse, digne de son rang.
L’ingénieur Giulio Alfieri, directeur technique de la marque, lance le projet AM103. Sous le capot, un V8 de 5,0 litres dérivé de celui de la 450S de course, alimenté par carburateurs, qui dépasse les 350 ch dans sa première version.
La suite reçoit une injection indirecte Lucas et des arbres à cames entraînés par chaîne, pour une puissance qui se stabilise autour de 340 ch.
Le premier exemplaire, carrossé par Touring, est présenté au salon de Turin en 1959. Il hérite aussitôt d’un surnom, « Shah de Perse ». Touring n’en produira que trois.
34 exemplaires et six carrossiers
La 5000 GT devient ensuite une sorte de toile vierge pour la carrosserie italienne. Allemano, Pininfarina, Monterosa, Ghia et Frua en livrent chacun leur interprétation sur la même base technique.
Au total, seuls 34 exemplaires sortent entre 1959 et 1964, ce qui en fait l’une des Maserati les plus rares jamais produites.
Pietro Frua en carrosse trois en 1962. Par rapport aux versions Touring et Allemano, sa ligne est plus fluide, avec de grandes surfaces vitrées et une ligne de caisse abaissée qui file jusqu’à la lunette arrière.
De Genève au Caire
Le châssis 103.064, premier des trois, sert d’abord de voiture d’essais et de démonstration avant d’être exposé au salon de Genève en 1963, en teinte « Luci di Mezzanotte » avec un intérieur « Camoscio ».
Il part ensuite chez l’importateur Maserati en France. Selon la marque, le prince Karim Aga Khan IV l’aurait essayé, au point de commander sa propre 5000 GT Frua.
Fin 1963, la voiture revient à Modène, puis est vendue à Rome. En janvier 1966, son propriétaire la rend à Maserati en échange d’un modèle neuf.
Elle est alors révisée et repeinte en « Rosso Rubino Chiaro » pour le prince saoudien Magid Ben Saoud, qui l’offre à son père, le roi Saoud bin Abdulaziz Al Saoud.
En 1967, après la guerre des Six Jours et le départ du souverain, alors installé en Égypte, la voiture est saisie par les autorités égyptiennes. Elle disparaît dans un entrepôt du Caire pour plus de trente ans.
12 700 km au compteur
Quand elle refait surface en 2000, la Maserati affiche seulement 12 700 km et se trouve encore remarquablement complète.
Un collectionneur texan la rachète et la renvoie à Modène pour une restauration de quatre ans. Elle réapparaît en 2004 au Concorso d’Eleganza Villa d’Este.
La certification délivrée aujourd’hui par Maserati Classiche, programme lancé en 2021 et désormais rattaché à la structure BOTTEGAFUORISERIE, valide l’authenticité de la voiture après examen de ses caractéristiques techniques, de sa documentation et des archives de la marque.
Le patrimoine, valeur refuge du Trident
Le timing a quelque chose de parlant. Maserati soigne son passé au moment où son avenir reste à écrire.
La marque a livré moins de 8 000 voitures l’an dernier, et Stellantis cherche des partenaires pour la relancer, jusqu’à des discussions avec Huawei et JAC, comme nous l’évoquions en septembre. Sa feuille de route stratégique est attendue en décembre.
Entre deux plans de relance, une 5000 GT des années 1960 rappelle au moins ce que le nom Maserati pouvait représenter auprès des cours royales et de la jet-set. Le programme de certification est détaillé sur le site de Maserati.
Source : Maserati




