Le Nouvel Automobiliste
Peugeot 408 Aurelie Bresson LNA FL BIS

La Peugeot 408 expliquée par sa cheffe de projet, Aurélie Bresson

Avec la Peugeot 408, la marque au Lion inaugure ni plus ni moins que son propre segment, celui d’une berline fastback surélevée. La marque se défend d’avoir imaginé un « simple » SUV Coupé et revendique de défricher un segment inédit, celui d’une silhouette statutaire, spacieuse et dynamique, bref l’alliance inédite des SUV et des berlines. Comment la marque est-elle arrivée à concevoir ce modèle ? Quelles sont les coulisses de la conception de la Peugeot 408 ? Rencontre avec sa cheffe de projet, Aurélie Bresson.

Peugeot 408 Aurélie Bresson

Le Nouvel Automobiliste : Bonjour Madame Bresson, première question : quand avez-vous commencé la réflexion autour du projet P54 qui donne naissance à la Peugeot 408 ?

Aurélie Bresson : Tout dépend de quoi nous parlons. Nous avons signé un manifeste de style dès 2015 mais le projet n’est pas encore lancé. Il débute vraiment juste avant la validation du style, c’est-à-dire un petit peu avant 2019. On travaille alors tout le temps jusqu’au lancement, qui aura lieu début 2023. On couvre la validation du style puis on passe à tout le travail entre la faisabilité du style en mode industriel, une phase projet qui dure jusqu’à l’industrialisation et où l’on travaille avec le style industriel d’un côté et la direction de projet marque côté Peugeot, en l’occurrence moi, pour avoir le regard client et du commerce, avec pour but de monter et sortir ce projet, puisqu’il plaise à nos clients à la fin.

LNA : Sortir des sentiers battus quand on inaugure une nouvelle silhouette, un nouveau segment, n’est-ce pas encore plus compliqué que de renouveler un modèle existant ?

AB : Ah si, c’est un challenge supplémentaire je ne vous le cache pas. Notamment parce qu’on n’a pas de comparaison, on ne va pas améliorer, ou moderniser une version dont on connaît en avance le marché. Pour la 408, nous avons étudié le marché, nous avons vu qu’il manquait quelque chose, que les clients ne retrouvaient pas exactement ce qu’ils cherchaient et avec cette voiture, nous avions comme boussole d’aller répondre et de couvrir tous les besoins. Et donc de se positionner sur le segment C Upper.

LNA : Votre objectif, c’est lancer une nouvelle tendance ou rester seul dans cette niche ?

AB : On veut lancer ce nouveau sous-segment qui n’existe pas encore en Europe. Il existe dans certains marchés cependant comme en Chine. C’est donc un challenge supplémentaire côté projet mais pour les stylistes, ça a été un régal je pense, car ils avaient carte blanche ! En tout cas au moment du brief, on leur a dit : il faut être en rupture, on veut quelque chose de nouveau, qui vienne réveiller et apporter quelque chose de neuf, ils avaient carte blanche pour créer le style complet de la voiture. Après, évidemment on travaille ensemble pour trouver le meilleur compromis…

LNA : Appréhender un nouveau segment, c’est d’abord le comprendre et réussir à convaincre de sa pertinence à la direction de Peugeot. Ç’a été une étape facile à passer pour la 408 ? D’autant qu’on sait que le nombre de silhouettes est limité au sein des marques de Stellantis…

AB : Cela s’est fait naturellement car nous avons montré qu’il y avait un besoin et que cette voiture était un plus pour notre marque, qu’on ne venait pas cannibaliser qui que ce soit. Il y a une place, donc on vient rajouter quelque chose. Quand on lui explique ça, la direction nous fait confiance et nous suit.

LNA : Savez-vous si vos concurrents ont déjà prévu des modèles équivalents ?

AB : Je ne sais pas ce que font mes concurrents et pour le moment, nous n’en avons pas ! Nous sommes donc leaders sur ce marché, et on vient donner une impulsion même si on observe bien sûr une tendance de fond, où les silhouettes sont de plus en plus des coupés. En revanche, ce qu’on voit beaucoup aujourd’hui, ce sont plutôt des SUV Coupé qui sont plus hauts et plus courts que notre Peugeot 408 ; on a aussi une certaine tendance parmi les marques premiums du segment D avec des modèles 100 % électriques. Mais sur notre marché, avec cette architecture dans le segment C Upper, nous sommes les premiers.

LNA : De quoi garantir 2 à 3 ans d’avance avant d’être imité ?

AB : Sûrement, du moins on l’espère !

LNA : A voir les maquettes du projet, notamment celle de « manifeste » qui remonte à 2015, on mesure que Peugeot avait 7 ans d’avance ! Cela fait longtemps que Peugeot n’avait pas suivi ses stylistes pour défricher un nouveau segment ?

AB : On a quand même été précurseurs avec la 3008 qui, quand elle est sortie en son temps, nous a positionné comme leader, la 2008 aussi, et on a chez Peugeot la chance d’avoir une équipe de designers incroyables, qui ont cette vision du futur, qui sentent les choses, qui créent et qui apportent ce qui nous permet de proposer de nouveaux concepts sur le marché.

LNA : L’an dernier, Peugeot lançait la 308 et cette 408 en reprend notamment la base technique et la planche de bord. Lors de la conception, vous étiez en interaction étroite avec les équipes de la 308 ou au contraire deviez-vous garder vos distances pour ne pas vos influencer les uns les autres ?

AB : Cela dépend de quoi on parle : côté design, certains stylistes étaient en compétition. En mode programme sur la gestion de projet côté produit, là évidemment nous travaillons ensemble avec Agnès Tesson-Faget (cheffe de projet marque de la 308) et cela couvre plusieurs choses : effectivement faire des synergies mais également se positionner sur nos territoires respectifs tout en étant cohérent dans notre montée en gamme avec les équipements qu’on va proposer. C’est le travail d’une grande équipe !

LNA : Peut-on dire que la mise en commun s’est faite avec d’autres marques de Stellantis ? A lire le brief de la Peugeot 408, on croirait retrouver des points communs avec les annonces de DS Automobiles avec son positionnement « Aero Sport Lounge » de berlines surélevées et dynamiques…

AB : Chaque marque a son territoire, son style, son interprétation. On travaille chacun de notre côté et on n’a pas de synergie sur nos voitures. On travaille dans notre marque et dans nos produits.

LNA : Qu’est-ce qui a été le plus difficile à obtenir sur ce projet P54 ?

AB : Démontrer qu’il fallait quelque chose de nouveau, qu’il fallait sortir des sentiers battus pour proposer quelque chose de frais, d’innovant et de nouveau pour les clients, tout en étant bien la place dans notre gamme. C’est prouvé et quand vous verrez la 408 aux côtés des autres modèles de la gamme, vous constaterez que chaque modèle a sa place, chaque modèle répond à une clientèle bien précise, et une fois qu’on a pu expliquer cela, tout le monde a été embarqué et toute la direction a soutenu le projet à 100 %, convaincu par son positionnement.

Les négociations ont plutôt lieu au niveau des moyens qu’on peut utiliser pour développer tel ou tel équipement, matériaux… et éventuellement les renoncements qu’on doit faire pour pouvoir proposer une voiture suffisamment équipée, sécuritaire, qui anticipe les normes tout en ayant un prix raisonnable pour nos clients, car nous restons dans le segment C. C’est tout un travail d’équipe de longue haleine pour trouver le bon compromis, le bon équilibre.

LNA : Faute de concurrence directe, est-ce que vous vous positionnez quand même face à des clientèles de marques premium, comme les Mercedes GLA ou BMW Série 2 GranCoupé ? Voire plus grand comme les Audi A4 et A5 ?

AB : On aura probablement des clients qui viendront de cet univers-là, parce qu’ils sont justement restés dans un moule assez classique or le segment D s’essouffle car les clients veulent de la nouveauté. Il y aura toujours une clientèle qui aura besoin d’être rassurée par des éléments classiques, connus, mais nous souhaitons capter ceux qui recherchent de la nouveauté.

LNA : Cette Peugeot 408 est produite en France : c’était un pré-requis du projet ?

AB : C’était défini dans notre projet que nous aurions deux lieux de production : la France mais aussi la Chine pour le marché local. Vu son gabarit, nous sommes tout à fait placés pour le marché chinois, qui profitera de quelques adaptations spécifiques. L’usine de Mulhouse couvrira, elle, tout le reste du monde, y compris le bloc THP 215 qui est prévu pour les marchés hors-Europe. Nous serons présents dans l’Europe élargie à 30 pays, le Moyen-Orient, l’Asie-Pacifique, mais pour le moment pas l’Amérique latine.

LNA : Merci Mme Bresson pour ces précisions.

Peugeot 408 Aurelie Bresson LNA FL 2

Photos : Fabien Legrand

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