Le Nouvel Automobiliste
Jaguar F-TYPE 2020 LNA Dumoulin (31)

Essai Jaguar F-Type P300 : 4 pattes trop petites pour le félin ?

_ En ce moment j’essaye la nouvelle Jaguar F-TYPE.
_ Wahou ! Il faut que tu m’emmènes faire un tour ! Elle a quel moteur ?
_ Le 4-cylindres turbo, propulsion, 300 ch.
_ 4 cylindres ? Ah. Finalement je ne peux pas sortir, j’ai poney. Si elle avait eu le V8… Mais non. Sans intérêt.
Sans intérêt, vraiment ?! Qu’importent les réactions, nous avons profité des chaudes soirées d’été pour essayer la Jaguar F-TYPE fraîchement restylée dotée de son « petit » moteur dénigré voire raillé par les pseudo-puristes. Et ce qu’on peut vous dire en préambule, c’est que certains amis , par leurs a priori, ont raté bien plus que le simple plaisir de se balader cheveux au vent !

Félin lifté

Jaguar F-TYPE 2020 LNA Dumoulin (31)

Élégance, finesse, muscles rebondis, prestance et agressivité… On retrouve dans cette F-TYPE presque tout ce qui plaisait déjà avant son restylage. Presque ? Oui. Son faciès a beau communiquer une agressivité certaine à travers ses phares extrêmement fins, sa large calandre porte bien les gênes de la marque… Et pourtant elle ne fait pas oublier l’ancienne, dont les phares verticaux en amande la distinguaient immédiatement dans le paysage automobile.

Objectivement, c’est une superbe voiture, qui a des airs d’Aston Martin et agit comme un aimant sur les pupilles des amateurs d’auto. Mais tout étant relatif, comme le disait Albert, son restylage ne l’améliore pas à proprement parler et, unanimement, nous gardons tous dans l’équipe une préférence marquée pour l’ancienne mouture.

Ce remodelage, que vous nous avions présenté en décembre, parlons-en un peu plus précisément en rentrant dans le détail. La face avant adopte donc un nouveau regard plus agressif dont la technologie LED a permis d’affiner les blocs optiques au maximum. Les larges ouvertures de chaque côté du pare-chocs avant encadrent une calandre démesurément grande. Il faut que ça respire ! D’ailleurs, les écopes de capot viennent contribuer à la circulation de l’air, en plus de renforcer le côté sportif de la belle anglaise. De profil, on remarque le pare-brise court mais fortement incliné, la décoration d’aile ornée du Jaguar bondissant et surtout ces très jolies poignées affleurantes qui laissent apparaître la signature « Jaguar » lorsqu’elles se déploient. Les arceaux gris argenté sont du plus bel effet et relèvent habilement la ligne, en particulier avec la teinte bleue de notre modèle. Les jantes sont sublimes, mais leur prix est à la hauteur de leur magnificence : 2 383 €.

La poupe est sans doute la plus belle partie de l’auto tant elle dégage de puissance et de finesse à la fois. Les feux ont été revus avec une signature lumineuse plus anguleuse, « façon chicane » selon Jaguar, comme sur le SUV I-PACE. L’aileron rétractable fait son petit effet lorsqu’il se déploie. Il est possible de le faire sortir ou rentrer en appuyant sur un bouton dans l’habitacle. La canule d’échappement centrale laisse apparaître une double sortie. Trop discret ? Ce qui compte, c’est la sonorité !

Pas de folie chez le félin

Jaguar F-TYPE 2020 LNA Dumoulin (70)

Mais avant d’envoyer les décibels, allons éveiller nos sens du toucher et de la vision dans l’habitacle. Disons-le tout de suite : si la ligne extérieure nous a mis en émois, le poste de pilotage de la sportive nous laisse quelque peu sur notre faim. Première raison à cela : tout ce noir partout, boring ! OK, c’est le must pour une ambiance sportive, mais ça manque d’excentricité. Heureusement, on peut choisir sa F-TYPE avec du cuir de couleur plus gaie. Deuxième raison d’être mitigé : la qualité des plastiques de la console centrale et autres boutons. Pas cheap, mais pas particulièrement premium non-plus. Meh

Ceci étant dit, Lady F a le sens de l’accueil et de la présentation. Au sommet de la console centrale, les aérateurs centraux sortent de leur logement au démarrage. Entre ceux de la F-TYPE qui pivotent et la molette de vitesses qui se rétracte, ces effets de surprise sont presque une signature de la marque ! Comme le système d’info-divertissement de 10 pouces, que l’on retrouve sur les autres modèles et qui peut afficher les informations sur fond blanc comme ici, ou sur un fond noir plus discret. Les informations sont bien lisibles et l’interface est relativement simple d’utilisation.

Tant qu’on est dans les écrans, le tableau de bord virtuel affiche une dimension généreuse de 12,3 pouces. Comme sur une Ford Mustang. L’affichage est classique, mais lisible. Le tout numérique permet de choisir le nombre de cadrans et les informations à afficher. Pratique. En parlant de pratique… La Jaguar F-TYPE a beau être une stricte 2 places, elle pense au bien-être des occupants. boîte à gants plutôt généreuse, rangement sous l’accoudoir, petit filet de retenue pour les menus objets et même des petits crochets pour sa veste optimisent l’espace disponible pour nos babioles. Pour les plus grosses d’entre elles, il y a le coffre. Celui-ci est d’un volume tout à fait satisfaisant à première vue, mais diablement mal fichu. L’espace principal au centre est profond mais tout biscornu. Quant au reste du coffre, il accueillera les objets plats ou en tous cas pas bien épais. Morale de l’histoire : voyagez avec des sacs souples !

Félin sachant feuler

Jaguar F-TYPE 2020 LNA Dumoulin (12)

Assez parlé « volumes et matières », l’heure est venue de conduire. Nous allons « endurer » ce que certains qualifient de « supplice » : rouler dans une F-TYPE avec seulement 4-cylindres et 300 ch sous le capot, quand ses V8 promettent un caractère envoûtant et 450 voire 575 ch. Quoi qu’il arrive, on pourra toujours se consoler sur le fait que le contexte se prête au moins à essayer un cabriolet. Soleil, chaleur, routes moins fréquentées – surtout à l’heure du dîner… Après s’être installé et avoir réglé électriquement le siège, le volant et les rétros, puis le rétroviseur intérieur sans contour, on décapote illico. Enfin illico… Il n’y a pas de sécurité à désenclencher manuellement, mais il faut garder le doigt appuyé sur le bouton dédié pendant toute la durée de l’opération. Heureusement que cela ne prend qu’une dizaine de secondes, car on a alors une main indisponible.

Le bouton START clignote comme un petit cœur, une invitation à réveiller le félin. Celui-ci grommelle, pas un de ces rugissements bestiaux, mais un ronron tout de même mélodieux. On prend ses marques assez rapidement au volant, en mode normal le fauve est plutôt docile. Mais c’est pour mieux nous surprendre : au feu vert, nous donnons un coup d’accélérateur un peu plus puissant que la normale pour compenser la côte. Madame le prend mal et décide de nous rappeler ce qu’est une propulsion. On a alors les fesses qui applaudissent tandis que la F-TYPE remue les siennes de gauche à droite. Docile, peut-être, mais on entrevoit déjà un bon petit caractère !

Pendant la journée conclue par une escapade à la campagne, nous avons eu l’occasion d’apprécier son côté civilisé et son comportement bien élevé, illustré avec ces images paisibles sur fond de coucher de soleil, évoquant ces douces soirées d’été à flâner dans la nature coude à la portière. La direction est aussi douce que précise et le rayon de braquage n’est pas mauvais (merci la propu’). Comme on a une bonne visibilité sur les extrémités de la voiture, manœuvrer ou même rouler en ville n’est pas une corvée. En plus, à moins que les passants aient déjà repéré la F-TYPE (auquel cas, ils la regardent forcément !), on peut presque être discret grâce à l’échappement actif modulable. A noter : de série, il est actif, mais c’est seulement en choisissant une option que vous pourrez choisir un mode, via un bouton qui ressemble à une paire de lunettes mais symbolise en fait… une double sortie d’échappement.

Outre le surcroit d’attention qu’on vous portera quand il est en mode ouvert, l’échappement actif contribue à l’ambiance sportive. Car le 4-cylindres n’est pas avare en sensations. En passant en mode Dynamique, on commence à découvrir le deuxième visage de la F-TYPE. Les accélérations sont plus franches malgré le petit délai du turbo… qui siffle sans cesse (on avoue qu’on se serait passés de ce son). Heureusement, dans les tunnels ce sont les BRRRRAAAA et les CLACLAC qui dominent, respectivement en accélérant et en rétrogradant.

On passe un cran au-dessus en activant le mode Sport. Plus ferme, la Jag’ se montre aussi plus rageuse. Elle nous envoie le coup de pied aux fesses puis fait grimper les aiguilles de vitesse et de compte-tours rapidement, et loin, trop loin pour garder son permis bien longtemps… Les 100 km/h sont atteints en seulement 5,7 secondes (4,6 et 3,7 respectivement en P450 et P575) et la puissance max est disponible à 5 500 tr/min (resp. 6 000 et 6 500). En passant en mode manuel via le levier ou les palettes en alu au volant (ce n’est pas cadeau, il faut ajouter 357 €), on apprécie la rapidité et l’efficacité de la boîte automatique 8 vitesses et la montée en régime jusqu’à la zone rouge qui nous laisse le soin de changer le rapport sans nous le forcer d’office bien avant le rupteur. Le freinage donne aussi satisfaction et confiance grâce à un mordant irréprochable. Quant au châssis, il maîtrise bien la puissance et le poids conséquent de la bête. Avec 1,6 tonne sur la balance (20 kg de plus qu’en coupé), elle n’est pas ce qu’on qualifierait de légère mais demeure environ 200 kg moins lourde que la R (qui compense les kilos en trop par des chevaux en plus…)

Une fois le rythme calmé, en allant farfouiller dans les menus du tableau de bord pour changer l’affichage, on tombe enfin sur une information que nous cherchions désespérément : la consommation. Et on comprend pourquoi elle n’est pas si facilement accessible, elle donne quand-même un peu envie de pleurer. En ravitaillant au bout de 300 km, nous calculons avoir consommé 15 litres aux 100 km. En moyenne ! En conduite sportive, on a plutôt tourné autour des 25…

Alors OK, en été ça roule un peu mieux en Île de France et on peut accélérer entre deux feux-rouges. D’accord, on a souvent conduit a minima en mode Dynamique et on a testé le mode Sport une ou deux fois. Mais on n’a quand-même pas joué les Fangio ! Il paraît que la consommation reste malgré tout inférieure à celle du V8. Avant de tester la version R, on ouvrira donc une cagnotte Leetchi pour financer l’essai. On compte sur vous ! 🙂

Équipement : full, le félin

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Nous rappelons à notre aimable audience que, non contents d’avoir eu le plus petit moteur, nous avons eu la F-TYPE la moins chère du catalogue. En plus du surcoût du toit souple, Jaguar a quand-même ajouté quelques options à cette itération « d’entrée de gamme ». On trouve ainsi un filet antiremous, proposé à 219 €. Certes, ce n’est pas cher, mais c’est inutile. Parole de conducteur soucieux de ses cheveux qui est tout le temps arrivé avec la touffe ébouriffée malgré ses efforts. Les jantes de 19 » remplacent avec goût celles de série, trop petites et ni élégantes, ni sportives. Nos rétroviseurs reçoivent aussi pas moins de 1 000 euros d’options également : une inversion automatique jour/nuit pour ne jamais être ébloui, et le système de surveillance des angles morts qui prévient de la présence d’un véhicule par un point lumineux (cf notre photo – ce n’est pas le soleil !) et agit sur la direction si nécessaire.

L’équipement de série n’est pas pingre pour autant (et tant mieux sur un modèle à 65 000 euros minimum). Le volant est à réglage électrique, tout comme les sièges, agrémentés ici du pack Grand Froid les rendant chauffants ainsi que le volant et le pare-brise. Ce pack offre également la climatisation bi-zone, elle est monozone sinon. La caméra de recul et les radars avant et arrière permettent de préserver la carrosserie lors des manœuvres et s’ils ne vous suffisent pas, vous pouvez opter pour le système de stationnement automatique. Le démarrage sans clé est aussi livré de série mais il faut mettre la main à la poche pour l’ouverture automatique du véhicule. Les phares à LED sont très efficaces et peuvent être améliorés en optant pour la technologie pixel LED en option. Dans l’habitacle également, l’éclairage proposé de série donne satisfaction mais peut être personnalisable en cochant une nouvelle option.

Toutes les F-TYPE disposent du limiteur de vitesse intelligent couplé au système de reconnaissance des panneaux de signalisation. Le système Torque Vectoring contrôle la puissance délivrée aux roues pour l’adapter en fonction de l’adhérence et un mode spécifique faible adhérence (pluie, neige…). Il est installé d’office sur chaque exemplaire. En bref, il y a plus que l’essentiel pour garantir confort, sécurité et sensations de conduite. La F-TYPE ne mise pas sur la technologie à foison mais en digne véhicule premium elle peut recevoir tous les équipements modernes moyennant supplément.

Prix Jaguar F-TYPE : félin fêlé ?

Jaguar F-TYPE 2020 LNA Dumoulin (45)

Jaguar F-TYPE à partir de 64 490 € (coupé) ou 71 550 € (convertible).
Modèle essayé à 71 550 € hors options, hors malus de 20 000 €, soit 78 460 € incluant les options :

  • Secure Tracker à 667 €
  • Pack Grand Froid à 1 072 €
  • Pack Surveillance des angles morts à 454 €
  • Rétros rabattables électriquement à inversion jour/nuit auto à 547 €
  • Jantes 19 5×2 branches Style 5101 à 2 383 €
  • Échappement Sport actif modulable à 245 €
  • Déflecteur d’air à 219 €
  • Système d’entrée sans clé Jaguar Smart Key System à 583 €
  • Palettes de changement de rapport en aluminium à 357 €
  • Sièges chauffants réglables électriquement 6×6 directions à 383 €

Concurrence

Les cabriolets et roadsters sportifs ne sont pas des plus nombreux sur le marché. Ceux que nous avons identifiés diffèrent même plus ou moins de la Jag à différents niveaux. La concurrente la plus proche est la Porsche 718 Boxster, tant en termes de taille (9 cm plus courte) que de moteur (4 cylindres 2,0 L turbo de 300 ch), accélération (0 à 100 en 5,3 s), tarif (4 000 euros de plus tout de même à équipement identique)… et malus écologique. Car l’allemande a cet autre point commun qu’elle écope elle aussi de la pénalité maximum, 20 000 € à ajouter ! Ses autres concurrentes allemandes, la TT et la Z4, font mieux en la matière en limitant les frais à 5 000 euros environ. L’Audi ne joue pas dans la même cour en terme de gabarit (4,2 m contre 4,47 m) mais adopte également un 4-cylindres 2.0 turbo de 306 ch et facture ses prestations 7 000 € de moins que l’anglaise. La BMW Z4 M40i (4,32 m contre 4,47 m) offre quant à elle 2 cylindres et 40 ch de plus… pour un prix largement inférieur (8 000 € à équipement équivalent). Malus intégré, l’écart avec les deux « petites » allemandes dépasse largement les 22 000 euros. Le charme et la plus grande taille de la F-TYPE le valent-ils ?

  • Porsche 718 Boxster T à partir de 72 211 € soit 82 513 € à équipement équivalent (malus 20 000 €)
  • Audi TT S Roadster à partir de 66 560 € soit 71 030 € à équipement équivalent (malus 5 715 €)
  • BMW Z4 M40i 340 ch à partir de 68 000 € soit 70 500 € à équipement équivalent (malus 4 818 €)

Un soir d’été à bord d’une Jaguar F-TYPE P300 convertible, ce n’est pas du temps perdu, n’en déplaise à certains ! Même dans cette version « accessible », le cabriolet anglais est intrinsèquement très bon et met tous nos sens en éveil. Sa ligne et sa présentation intérieure flattent les pupilles, ses performances nous décoiffent littéralement tandis que son confort nous ménage les vertèbres. Suffisamment puissante pour nous coller le sourire à chaque virage et chaque accélération, suffisamment polyvalente pour être utilisée au quotidien – en prévoyant un solide budget carburant – la F-TYPE séduit aussi et surtout par ce « truc » dont seuls les anglais ont le secret, malgré des imperfections (manque de raffinement dans l’habitacle, manoeuvre de la capote, consommation…). En bref, la F-TYPE, c’est le charme britannique mêlé d’une touche d’excentricité, des sensations sportives sans renoncer au confort. Une philosophie qu’elle fait payer cher par rapport aux quelques concurrentes qu’elle côtoie sur le marché, la faute à des rejets de CO2 bien trop élevés qui lui valent le malus maximum et à des tarifs un poil prétentieux. On donne du grain à moudre aux détracteurs du 4-cylindres ? Pas vraiment, car le V8 est au bas mot 30 000 euros plus cher et, surtout, ceux-ci n’ont simplement pas compris qu’il ne se destine pas au même type d’acheteur. Question de budget, mais aussi de philosophie : on n’hésite pas entre un 4-cylindres et un V8, comme on a rarement le cœur qui balance entre une Jaguar et une BMW !

Galerie Photos Jaguar F-TYPE cabriolet

Textes et photos : Thibaut Dumoulin pour Le Nouvel Automobiliste