Stellantis multiplie les ouvertures vers la Chine pour relancer ses marques en difficulté. Après les accords avec Leapmotor et Dongfeng, le groupe négocie désormais un partenariat industriel de long terme autour de Maserati avec Huawei et le constructeur JAC Group. Deux sources ont confirmé l’information à Reuters le 4 septembre 2026, confirmant des informations publiées par Milano Finanza.
Antonio Filosa, CEO de Stellantis, avait déjà indiqué plus tôt dans l’année que de nouveaux partenariats de fabrication, y compris pour Maserati, constituaient un pilier de la stratégie long terme du groupe. Un tel accord aurait un impact positif sur les cadences des usines de Cassino et de Modène, où sont produits les modèles de la marque au Trident. Maserati doit présenter sa propre feuille de route stratégique en décembre.
AU SOMMAIRE
Maserati mal en point
La marque de luxe a expédié moins de 8 000 voitures l’an dernier et a enregistré une perte opérationnelle ajustée de 198 millions d’euros. Un porte-parole de Stellantis a rappelé que le groupe discute « dans le cours normal de ses activités » avec de nombreux acteurs de l’industrie, « toujours dans le but ultime de proposer aux clients les meilleurs choix de mobilité ». Huawei et JAC n’ont pas répondu dans l’immédiat.
Selon Milano Finanza, les discussions seraient avancées et porteraient sur l’utilisation de la plateforme Harmony Intelligent Mobility de Huawei. L’objectif serait de lancer la production du premier véhicule co-développé d’ici la fin 2027. Une stratégie de double marquage est également évoquée : le modèle serait commercialisé sous la marque de luxe Maextro de JAC en Chine, et sous le badge Maserati sur les marchés internationaux.
Bouée de sauvetage chinoise pour Maserati ?
Ces négociations s’inscrivent dans la logique du plan FaSTLAne 2030 (retrouvez notre article), présenté au printemps 2026. Comme nous l’analysions alors, Stellantis assume pleinement le recours aux partenariats chinois (Leapmotor, Dongfeng…) pour combler des retards technologiques, remplir ses usines européennes et mutualiser les coûts, tout en cherchant à préserver l’identité de ses marques. Maserati, longtemps au cœur des interrogations, n’est officiellement pas à vendre. Mais la marque apparaît clairement comme l’un des dossiers les plus délicats du portefeuille de Stellantis.
Et pourtant, Maserati semblait avoir réussi sa relance il y a quelques années. À la fin des années 1990, sous la houlette de Ferrari et de Luca Cordero di Montezemolo, la marque avait réussi un véritable come-back. Après des années de difficultés, l’arrivée de mécaniques dérivées du Cheval Cabré et de carrosseries élégantes – la 3200 GT de 1998 (dessinée par Giugiaro, avec ses fameux feux arrière en boomerang) ou la Quattroporte – avaient redonné du lustre et de la crédibilité au Trident. Les volumes étaient alors encore faibles, mais le positionnement de grand tourisme sophistiqué et le lien avec Ferrari avaient relancé la désirabilité.
Après une croissance progressive dans les années 2000, Maserati a connu un pic spectaculaire en 2017 avec plus de 51 000 véhicules expédiés, portés notamment par la Ghibli et le Levante. Les volumes se sont ensuite tassés, avant un effondrement pour le moins préoccupant : autour de 26 000-27 000 unités en 2023, puis une chute à environ 11 000 en 2024 et moins de 8 000 en 2025 selon les données Reuters. La marque pèse désormais une fraction de ce qu’elle représentait à son apogée, dans un contexte de gamme réduite (arrêt de la Ghibli, de la Quattroporte et du Levante) et de concurrence féroce sur le segment du luxe. Autre problème : la mévente des versions électriques de la gamme qui pose question quant aux attentes du public vis-à-vis d’une Maserati qui carbure aux électrons.
Huawei : une technologie de pointe… mais politiquement sensible
Le choix de Huawei comme partenaire technologique pose question d’un point de vue politque. La plateforme Harmony Intelligent Mobility s’appuie sur l’écosystème HarmonyOS, développé par le géant chinois après les sanctions américaines qui l’ont privé de services Google. En Chine, HarmonyOS a connu un succès rapide et compte désormais plus d’un milliard d’appareils connectés. Mais dans le monde occidental, le système d’exploitation et, plus largement, les technologies Huawei restent l’objet d’une certaine méfiance…
Les États-Unis et plusieurs alliés ont multiplié les restrictions et mises en garde pour des raisons de sécurité nationale, évoquant des risques d’espionnage ou de dépendance à une entreprise jugée liée au Parti communiste chinois. HarmonyOS est quasiment absent des marchés occidentaux ; les smartphones Huawei y circulent souvent sans Google Mobile Services, et des parlementaires américains ont récemment appelé à bloquer l’expansion du système d’exploitation, y compris dans les véhicules connectés. Il faut pondérer : ces critiques s’inscrivent dans un contexte géopolitique tendu, et Huawei nie toute intention malveillante. Pour autant, il y a de quoi assimiler HarmonyOS à une sorte de « technologie honnie » en Occident.
Intégrer cette plateforme dans une Maserati destinée aux marchés internationaux soulève donc des questions d’acceptabilité, de souveraineté des données et d’image de marque. Stellantis mise sur la compétitivité technologique et industrielle chinoise pour sauver des volumes et des usines. Reste à savoir si le prestigieux Trident pourra digérer une telle alliance sans diluer davantage son identité italienne, déjà mise à rude épreuve.
Où va Maserati ?
Entre le come-back glorieux de la fin des années 1990, l’ambition de volumes des années 2010 et l’effondrement actuel, Maserati semble aujourd’hui à la croisée des chemins et l’état de santé de Stellantis ne permet pas une relance purement interne. Le partenariat évoqué avec Huawei et JAC pourrait offrir un ballon d’oxygène industriel et technologique, tout en ouvrant le marché chinois via Maextro. Mais il illustre aussi, une fois de plus, la dépendance croissante de Stellantis à des partenaires asiatiques pour des marques qui, historiquement, incarnent le « made in Italy » et l’exclusivité européenne.
La stratégie de décembre dira si Maserati retrouve un positionnement clair – exclusivité, émotion, performance – ou si elle devient un simple badge de luxe greffé sur une architecture et un logiciel chinois. L’histoire a montré que la marque savait se réinventer. Reste à voir si, cette fois, le pari chinois sera le catalyseur d’un nouveau souffle… ou le signe d’une dilution progressive de ce qui faisait son aura. Maserati a clairement connu des jours plus heureux à l’époque où la marque permettait d’accéder avec allure et à moindre coût à un moteur Ferrari.
Source : Milano Finanza
