L’excuse est toute trouvée. Alors que l’Alpine A110 tire sa révérence, on n’allait pas la laisser partir sans partir à son volant. La marque dieppoise nous a fait l’honneur de nous mettre à disposition un superbe exemplaire de son coupé. Je délaisse ma berline durant quelques jours, il y a pires sacrifices. Le quotidien en Alpine A110 GTS ? Je ne m’étais jamais fait autant d’amis au bureau…
Alpine A110 GTS : baroud d’honneur
GTS : 3 lettres mythiques qui symbolisent le fait que vous aviez le pendant essence de la version GTD sur une R19, une R21 ou une R25. Plus sérieusement et plus prosaïquement, il s’agit ici d’une version remplaçant les Alpine A110 GT et S (essayée ici) : l’équipement de la première, le moteur de la seconde et un nom qui synthétise au mieux la chose.
Je ne vous ferai pas l’affront de vous décrire dans le détail cette Alpine A110, vous la connaissez depuis sa présentation en 2017 et sa commercialisation l’année suivante. Et avec environ 25 000 exemplaires vendus, écoulés en majorité en France, il n’est pas si rare d’en croiser une. Et plutôt que de vous narrer sa tumultueuse genèse, je vous invite à lire les différents articles signés Patrick le Quément himself.
Le projet de cette Alpine A110 a été soutenu par un certain Carlos Tavares, avant d’être Back in the Race au sein de la boutique d’en face. Mais voilà , dans ce monde darwinien, le coupé dieppois va s’éteindre, sous les coups de boutoir de la réglementation. En attendant sa remplaçante prévue pour l’an prochain, paraît-il, il reste quelques exemplaires de l’A110 dans le réseau.
Revenons à notre Alpine A110 GTS : parée de sa livrée gris Acier mat (7 500 € seulement), de ses jantes de 18 pouces « GT Race Gris Tonnerre Mat » (1 500 €, c’est donné), de ses étriers de freins Brembo couleur argent (420 €, c’est dans l’épaisseur du trait), de son toit en carbone (3 450 € à peine) et de son kit aéro GTS (pour la modique somme de 12 000 €), elle en jette et vous incite à jeter votre argent par les fenêtres en sus des 79 900 € de la version GTS. Pricing power, quand tu nous tiens !
Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ensemble est très cohérent tandis que la teinte valorise les volumes de la voiture. J’aurais sans doute naturellement pensé à une teinte brillante bien plus flashy si j’avais moi-même choisi, mais ce gris mat est une très bonne surprise. Et puis, c’est toujours une belle occasion de revoir les glaces de rétroviseurs de Renault Modus phase 1. Oui, ce sont les mêmes.
Vous l’aurez sans doute compris, je suis fan de son look. Et mes collègues de bureau aussi, d’ailleurs. Je ne compte pas toutes les personnes que j’ai pu balader à son bord (11, puisqu’il faut compter).
A bord de l’Alpine A110 : le prix de la légèreté
On n’avait pas terminé avec les dépenses, au fait : bienvenue à bord, où vous pourrez compter sur la sellerie Sabelt Racing Alcantara gris (3 000 €), le ciel de toit en microfibre (750 €), le pack rangement (« rangement » est au singulier… à 550 €) et les tapis de sol avec logo Alpine (140 €) pour porter la note globale à 109 210 €. La bonne nouvelle, c’est que c’est déjà trop tard pour la commander neuve.
Alors redescendons sur Terre et montons à bord. L’Alpine A110 mesurant 1,25 m de haut, parler de montée est usurpé, bien entendu, mais la bonne surprise est qu’une fois installé, même les plus grands y trouvent leur compte, l’habitabilité étant très bonne. La position de conduite, en revanche, est perfectible à cause justement des sièges Sabelt qui ne se règlent que longitudinalement pour gagner du poids (le réglage en hauteur ne se fait qu’en atelier avec des outils).
Outre la nappe chauffante, vous perdez l’inclinaison de dossier, et bien que le volant soit réglable, j’aurais préféré disposer d’un dossier plus vertical, voire d’une assise un poil plus haute. Quelle idée de ne pas être plus grand ? Mais j’ai fini par me faire à cette position de conduite imparfaite (pour mon gabarit, je le répète) ; après tout, on s’habitue à tout. Même à une Alpine A110. Surtout à une Alpine A110.
La coiffe de planche de bord garnie de microfibre, tout comme le pavillon, rehausse largement la qualité perçue à bord, autrement un peu desservie par des plastiques et des commandes datant de la Clio IV. Rien de grave, naturellement, on n’achète pas une A110 pour caresser du plastique moussé et finalement, seul l’écran tactile fait tache, sa taille et ses gros contours noirs accusant le poids des ans. On aurait apprécié qu’Alpine eût daigné le moderniser depuis le lancement. Mais il faut croire que le plaisir est ailleurs dans ce type de véhicule.
Au chapitre des équipements, on bénéficie d’un combiné numérique plutôt réussi, d’une clim auto monozone, et d’un satellite de commande radio sous le volant à la mode Renault (et donc super), qui se trouve être le seul moyen de piloter la radio car aucun autre bouton physique ne se trouve placé à cet effet.
Le système audio Focal n’est pas forcément transcendant. La fautive ? Une spatialisation un peu simpliste : tous les HP sont à l’avant, sauf le caisson de basse, logé derrière le conducteur. On aurait aimé des HP additionnels à l’arrière mais on l’aurait payé par des grammes supplémentaires et, on le verra, l’échappement et ses vocalises auront de quoi compenser.
Pour le reste, quelques détails ergonomiques perfectibles sont à souligner : la commande de régulateur de vitesse « à l’ancienne » avec son interrupteur perdu sur la console comme sur les vieilles Renault, le sélecteur de vitesses avec 3 pushes à la mode Alpine reste moins ergonomique qu’une bonne vieille commande « joystick » et surtout : bon courage avec les rangements.
Bien entendu, vous pouvez compter sur deux coffres : un à l’arrière de 100 l mais aux formes tarabiscotées et un à l’avant de 90 l. A bord, pas de boîte à gants, pas de bacs de portes, pas de filets sur les flancs de la console, il n’y a qu’un bac sous la console suspendue, peu accessible pour loger quelques effets personnels. Le « Pack Rangement » y ajoute un petit coffre triangulaire logé entre les sièges avant absolument inaccessible en conduisant mais qui dépanne quand même. Quant au porte-gobelet, il est aux abonnés absents.
En tout cas, l’ambiance sportive, elle, est bien présente, le design des sièges est vraiment réussi, leur confort l’est tout autant, une fois que l’on a fait le deuil de certains réglages, l’atmosphère à bord est suffisamment évocatrice et le volant garni d’Alcantara tombe bien en main en plus d’être agréable et joli. Bref, il est grand temps d’appuyer sur Start et de faire vrombir la bête.
Sur la route : Docteur GT & Mister S
La bête en question est un bloc 1,8 l turbo, vu sur la Megane IV RS ou, dans une version plus sage, sous le capot de l’Espace V, notamment. Le bloc de 1 798 cm3, produit en Corée du Sud (voir notre visite de l’usine de Busan) développe 300 ch à 6 300 tr/min, pour un couple maxi de 340 Nm, aidé par une excellente boîte à double embrayage comptant 7 rapports.
Le 0 à 100 km/h est abattu en 4,2 s et le 100 m départ-arrêté en 22,4 s. Le tout en affichant des rejets de CO2 très contenus à 158 g/km. Merci à la masse de seulement 1 104 kg (et au boulot des gens d’Alpine qui y sont parvenus). Ainsi, sur sa dernière année de commercialisation, le malus se « limitait » à 5 000 €. Pas de quoi financer une nuit d’hôtel à Delphine Ernotte.
Si l’Alpine A110 GTS incarne le chant du cygne pour cette voiture, il faut dire que ça sonne bien. Equipée de l’optionnelle ligne d’échappement Akrapovic (4 500 €, promis, on s’arrête là avec les dépenses), notre Alpine A110 GTS nous gratifiait de belles vocalises (en sus du bruit du turbo à l’accélération), particulièrement en mode Sport lorsque les clapets s’ouvrent. Ce dernier mode agit également sur la direction et la réponse de la pédale d’accélération. Mais n’allez pas croire qu’il transfigure la voiture.
Le secret réside dans… les palettes au volant. Ainsi, lorsqu’on roule en laissant la gérer les rapports à notre place, l’Alpine A110 GTS se montre certes, fort dynamique, mais très douce et s’accommode parfaitement d’une conduite coulée et… économique. Autrement dit, elle excelle dans le rôle de voiture pour le quotidien si jamais vous n’aviez pas l’intention d’en faire votre véhicule secondaire.

Et là , l’Alpine A110 GTS révèle son caractère aux antipodes de la placidité. Il ne tient qu’à vous de la faire monter dans les tours, de profiter de temps de passage de vitesses courts, et de compenser le couple à bas régime somme toute un peu juste par quelques rétrogradages bien sentis.
D’autant que l’équilibre de la voiture est quasi parfait, la rigidité de caisse également. Le moteur en position centrale arrière et la qualité des liaisons au sol vous offrent une voiture joueuse mais absolument pas dangereuse, tandis que la suspension, ferme mais civilisée ne vous voudra aucun mal.
On peut déplorer une attaque de la pédale de frein un peu timide, je l’aurais préférée un peu plus directe. Et pour préserver au mieux la jolie plastique de l’Alpine A110 GTS et de son pack aéro, on aurait aussi aimé quelques caméras de plus ou des capteurs d’aide au stationnement à l’avant. Mais n’étant pas adaptée à la réglementation GSR2, l’Alpine A110 vous dispense de systèmes pas forcément utiles voire énervants (euphémisme). Elle fait donc moins que le service minimum, côté ADAS, et ça n’est pas un mal !
En résumé, on a affaire à une voiture comme on aimerait en voir plus souvent. Un comportement routier vraiment très sportif et sain, un confort de roulage fort correct, un tempérament qui sait à la fois se comporter en coupé Grand Tourisme comme en voiture de sport, une consommation tout à fait raisonnable, une sonorité des plus plaisantes : l’Alpine A110 GTS coche toutes les cases. Sa motricité n’est jamais prise en défaut et sa prise en main est des plus naturelles.
Mais voilà , rien ne dure éternellement, pas même la froide pluie de novembre, comme disait Axl Rose. Il en va de même pour le prêt de cette Alpine A110 GTS et il est temps de la rendre à Renault. Retour dans ma berline qui me donne soudainement l’impression d’être haute comme un monospace en comparaison ! C’est fou ce qu’on s’habitue à une Alpine A110…
Conclusion : l’argent fait le bonheur
N’écoutez pas tous ces apôtres du nihilisme et de la lutte des classes : oui, l’argent fait le bonheur et il vous permet de rouler en Alpine A110. Après quelques sympathiques jours au volant de la dieppoise, la conclusion est implacable : j’aurais dû en acheter une en 2017. Vendue à l’époque 55 000 €, l’Alpine A110 se trouve actuellement en occasion à peu près au même prix !
Cette Alpine A110 GTS a pour principal défaut de n’être plus produite. Car le reste est un quasi-sans-faute. Et ses défauts sont tout à fait pardonnables, surtout quand il s’agit d’une voiture qu’on n’a pas payée (il faut bien avouer que le tarif de notre modèle 2026 avec options a de quoi laisser rêveur). Je regrette simplement que l’idée d’une version à toit Targa, effleurée avec le concept A110 E-ternité en 2022, ne se soit pas concrétisée. Quoi qu’il en soit, ces quelques jours en Alpine ont fait bien des heureux. A commencer par votre serviteur. L’argent fait bien le bonheur, vous dis-je !
| Motorisation | 1 798 cm3 / 300 ch à 6 300 tr/min / 340 Nm |
|---|---|
| Batterie | 12 V… |
| Autonomie (WLTP) | Dépendra de votre humeur |
| Vitesse maximale | Â 285 km/h |
| Dimensions (L × l × H) | 4 180 × 1 800 × 1 250 mm |
| Poids | 1 104 kg |
| Volume de coffre | 90 l + 100 l |
| Tarif d’entrée | 79 900 € |
✓ Points positifs
- ✓Comportement routier et équilibre
- ✓GT raisonnable à l’usage et plaisante pour le quotidien
- ✓Sportive très efficace en dehors
✗ Points négatifs
- ✗Inflation tarifaire depuis le lancement
- ✗Manque de rangements
- ✗Il fallait la rendre
Notre verdict
L’Alpine A110 GTS est non seulement un superbe écrin pour les glaces de rétroviseurs de Renault Modus, c’est aussi une très belle manière de conclure la carrière de cette non moins belle sportive française. Malgré un intérieur qui accuse le poids des ans et un tarif qui n’a plus rien d’amical, elle offre une polyvalence et des sensations de conduite irrésistibles au quotidien comme en usage dynamique. Très attachante, elle coche beaucoup de cases et sa disparition laisse un vide comme en atteste sa cote en occasion !
Note










