Et si la prochaine victime de la guerre économique sino-américaine n’était pas un constructeur chinois… mais un constructeur européen ?

C’est l’effet collatéral inattendu d’un projet de loi actuellement débattu au Congrès américain, dont les implications pourraient être explosives pour Mercedes-Benz. Derrière ce texte, une ambition claire : fermer le marché automobile américain aux acteurs liés, de près ou de loin, à la Chine. Une logique industrielle aux conséquences peut-être bien plus larges que prévu.

Une loi anti-chinoise… qui pourrait frapper l’Allemagne

Le texte en question — le Motor Vehicle Modernization Act of 2026 — vise à interdire l’importation, la production ou la vente de véhicules par des constructeurs possédant des liens capitalistiques avec des « États adverses », dont la Chine.

Essai Mercedes GLE Coupé 53 Hybrid

Dans le détail, toute entreprise dont plus de 15 % du capital est détenu directement ou indirectement par des acteurs liés à ces pays pourrait être bannie du marché américain pour plusieurs années. Le problème pour Stuttgart ? Mercedes coche potentiellement cette case.

Le constructeur allemand compte en effet parmi ses principaux actionnaires BAIC, groupe automobile public chinois, ainsi que Li Shufu, patron de Geely. Ensemble, ces participations avoisinent les 20 % du capital. Autrement dit : sans modification du texte, Mercedes pourrait être considéré comme un constructeur « à influence chinoise ».

Une menace pour Mercedes

La menace est donc à prendre très au sérieux pour le constructeur à l’Etoile : les États-Unis constituent le deuxième marché mondial pour Mercedes, avec plus de 300 000 voitures vendues annuellement, et surtout une base industrielle majeure à Tuscaloosa (Alabama), où plus de 5 millions de véhicules ont déjà été produits.

Mercedes Alabama USA Usine

Le projet de loi aurait donc pour conséquence d’interdire la vente de modèles Mercedes sur le sol américain mais aussi de bloquer la production locale et de fragiliser des dizaines de milliers d’emplois. Et cela, alors même que Mercedes opère depuis les années 1990 aux États-Unis. C’est le paradoxe de ce projet de loi : les emplois américains risquent aussi d’être menacés !

Mercedes, premier de cordée ?

Ce risque illustre surtout un changement profond de paradigme. À Washington, démocrates et républicains convergent désormais sur un point : contenir l’influence chinoise dans des secteurs jugés stratégiques. L’automobile en fait désormais pleinement partie, au même titre que les semi-conducteurs ou les technologies numériques.

C’est l’objectif avoué de la politique américaine : empêcher les constructeurs chinois — ou assimilés — de s’implanter durablement sur le marché américain.

Mercedes Alabama USA Usine

Mais dans un secteur globalisé comme l’automobile, la frontière entre « chinois » et « non chinois » devient floue. Partenariats industriels, participations croisées, coentreprises : la Chine est aujourd’hui omniprésente dans les structures capitalistiques. Résultat : le filet législatif risque d’attraper bien plus large que prévu !

Plus inquiétant encore, Mercedes pourrait ne pas être un cas isolé. D’autres constructeurs, comme Volvo (contrôlé par Geely), pourraient également être concernés selon l’interprétation retenue du texte. Volvo dispose également d’un site de production aux USA.

L’Europe face à son angle mort

Au‑delà du seul cas Mercedes, c’est surtout la position de l’industrie automobile européenne qui apparaît de plus en plus inconfortable. Coincée entre une Chine devenue incontournable industriellement et des États‑Unis qui ferment progressivement leur marché, l’Europe avance sans véritable bouclier ni stratégie claire. Ni aussi protectionniste que Washington, ni aussi structurée que Pékin, elle pourrait bien subir une guerre industrielle qu’elle n’a pas vraiment décidée. Une position inconfortable que l’on avait détaillée dans notre article ici.

Pour les constructeurs européens, la ligne de crête devient étroite : rester en Chine sans se couper des États‑Unis, continuer à jouer global tout en limitant les dépendances. Une équation difficile à résoudre, pour ne pas parler de quadrature du cercle ! Cette nouvelle tournure des événements économiques pourrait bien redéfinir en profondeur les arbitrages stratégiques des années à venir pour les constructeurs européens.

Mercedes Alabama USA Usine

Sources : Handelsblatt, CNBC.

Photos : Mercedes-Benz USA, Le Nouvel Automobiliste

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