Le Nouvel Automobiliste
Toyota Supra GR LNA Thibaut Dumoulin (17)

Essai Toyota Supra GR 2.0 : Tokyo Drift, Munich flippe.

Toyota Supra GR LNA Thibaut Dumoulin (17)

Enthousiasmés par notre essai de la Jaguar F-Type 4-cylindres, nous avons décidé de poursuivre sur notre lancée et d’essayer coupés et cabriolets avec le même nombre de pistons et à peu près la même puissance. On retrouve donc des similitudes techniques avec la Toyota Supra GR 2.0, mais un esprit bien différent. Le constructeur japonais a fait renaître un nom légendaire pour l’apposer sur un coupé bien moderne au look ravageur. Mais si attrayante soit elle, cette Supra laisse les puristes circonspects, qui lui reprochent de n’avoir que 4 cylindres quand ses ancêtres (et la version 3.0) en proposaient 6 et de n’être « qu’une BMW Z4 rebadgée » . Il est vrai que cette dernière partage ses entrailles avec la Supra… Les 258 ch et le comportement de cette automobile sont-ils « malgré tout » à la hauteur de la légende ? Se distingue-t-elle de ses concurrentes, notamment de sa sœur allemande ? Réponse dans les Hauts-de-France !

Design : Plus que Super, Supra.

Une BMW Z4 ? Où ça ?! Si Toyota s’est associé au constructeur bavarois pour concevoir son coupé sportif, le dessin de notre Supra n’a rien de germanique. Austérité et régime double haricot ? Très peu pour elle ! La Toyota revendique ses racine japonaises par un design comme on n’en fait qu’au pays du soleil levant. Le coupé affiche ses muscles par des rondeurs prononcées sur les passages de roues, une surface vitrée minimaliste et nombre de détails aérodynamiques.

Dans le prolongement des grands phares (un peu trop grands d’ailleurs ?) se dessine une première prise d’air dirigée vers les roues avant. Sur le capot également, des nervures en virgule intègrent de chaque côté des petites ouïes factices, au même titre que celles que l’on retrouve devant les passages de roues arrière. Associés au long capot plongeant, à cette silhouette ramassée et énervée, ces détails ont beau être purement décoratifs, ça claque.

De profil, les montants de pare-brise noirs créent une fluidité dans la ligne et, avec le toit bosselé, une allure de casque de course. On en retrouve dans la ligne de vitre les traits de la Toyota 2000GT des années 60. Le style est chargé mais le résultat général est au final harmonieux et dégage une impression de puissance sans agressivité. Les disques de freins énormes et les étriers rouge, visible à travers les rayons des jantes noir mat de 19 pouces y sont pour quelque chose.

Brute ou pas, la Supra GR a le sens du détail, en témoignent les poignées qui s’illuminent la nuit, un régal pour les yeux. Ou encore les petits détails rouges dans les phares, qui rappellent la couleur des rétroviseurs extérieurs. On aime ou on n’aime pas l’ensemble, mais l’effort stylistique est certain !

À l’arrière, les hanches galbées qui partent du bas de caisse se prolongent jusque sur les feux arrière, où elles laissent place à un becquet intégré au hayon. Ici aussi, les prises d’air ont droit de cité, notamment dans le prolongement des feux, tandis que la partie inférieure joue les voitures de course avec son pseudo-extracteur d’air intégrant un feu de recul central à diodes. Même enclencher la marche arrière fait son petit effet !

À bord de la Toyota Supra GR : programme cocooning.

Première observation en s’installant à bord : Les surfaces vitrées sont d’une étroitesse rare. On a l’impression d’avoir des meurtrières, que ce soit devant et sur les côtés ! Et quand on tourne la tête pour manœuvrer, c’est pire : l’angle mort nous donne une suée pour quitter le parking étroit ! On remarque au passage la vue sur le coffre de 290 litres (honnête), celui ci n’étant séparé que par une marche sur laquelle on trouve deux haut-parleurs, et une barre métallique à mi-hauteur.

Mais le plus souvent, c’est devant que ça se passe. Dans un environnement plutôt sobre, loin de l’exubérance de la ligne extérieure. Et encore, nous avons la chance d’avoir une version un peu plus colorée que le modèle de base. On aime le volant bicolore, comme le reste de la sellerie et l’habillage de la planche de bord. Cet habitacle a un petit côté chic, avec des matériaux de bonne qualité sans trop abuser du noir laqué. Petit raffinement incroyable mais vrai, de couleur blanche à la lumière du jour, les illuminations des boutons du tableau de bord passent à l’orange quand on entre dans un tunnel ! Ce mélange de rigueur et de fantaisie rend cet habitacle profondément japonais dans l’esprit, même si l’on note la présence de touches allemandes, notamment la molette de contrôle de l’écran !

Celle-ci permet de piloter l’écran assez simplement. Facile d’utilisation, celui-ci est de bonne qualité et peut également se commander par le doigt. Les commandes du tableau de bord sont tout aussi intuitives, relativement communes. Nous avons eu un peu plus de difficultés avec le bouton de commande des aides à la conduite et de l’ESP. Ces deux fonctions sont regroupées sur un seul switch, ce qui est assez perturbant. Quand on a compris cela, on appuie d’un côté pour avoir accès aux aides à la conduite (maintien dans la voie etc) et au contrôle de trajectoire, pour les activer ou les désactiver. Juste devant ce bouton relativement important trône le levier de vitesse qui nous rappelle, non sans nostalgie, celui de la Jaguar F-TYPE.

Et l’on espère que notre Supra GR sera aussi confortable que l’anglaise ! C’est en tout cas bien parti. Les sièges sont accueillants, chauffants et réglables en tout sens même pour le passager. Malgré l’amplitude de réglages, on sera presque systématiquement allongé, et on ne s’en plaint pas ! Le passager risque toutefois de grogner, du fait de l’absence de poignée de maintien au-dessus de sa tête… Car il est temps de prendre le volant !

Au volant de la Toyota Supra : GR à l’esprit GT

Nous ne vous avons toujours pas expliqué d’où venait le symbole « GR » de la Toyota Supra. Si vous l’ignoriez, il s’agit de l’acronyme de Gazoo Racing, l’écurie de course de Toyota, qui signait avec la Supra son premier modèle conçu pour une commercialisation à l’international. Avec l’aide de BMW, donc. Le cabriolet Z4 étrenne en effet le même moteur 4-cylindres et aussi le 6-cylindres de 3 litres. Mais avec sa carrosserie et ses équipements, l’allemande accuse un surpoids de 115 kg par rapport à la Toyota, qui bénéficie aussi de réglages spécifiques allant dans le sens de la sportivité.

Dès le mode normal D, la vivacité de l’ensemble enthousiasme. Contact, grommèlement du 4-cylindres sympathique, et on met les gaz(oo). Les 258 ch sont là. Avec un 0 à 100 en 5,2 secondes, l’accélération donne un coup de pied aux fesses et le sourire aux lèvres. Mais c’est ensuite linéaire, jusqu’aux 7 000 tours/min qu’autorise la boîte automatique pour peu qu’on utilise les agréables palettes au volant. Si la BVA génère quelques à-coups en ville, elle contribue tout de même au comportement très civilisé et polyvalent de la Supra. Car direction et freinage sont eux aussi doux que précis et l’amortissement est étonnamment bienveillant avec les vertèbres. L’insonorisation est même très satisfaisante et à rythme paisible, la quiétude règne !

Mais ce n’est pas forcément ce qu’on recherche à bord de ce genre de véhicules. On enclenche donc le mode Sport ! Outre la réactivité plus grande de l’accélérateur, on rebondit un peu plus sur les sièges et le volant ne se laisse plus faire si facilement -même s’il garde sa douceur et son petit flou en point milieu, et d’ailleurs tant mieux sur les voies rapides. Mais en aucune circonstance la Supra ne se montre trop brutale et encore moins piégeuse. On n’a définitivement pas affaire à une voiture radicale. Son crédo, c’est une stabilité irréprochable grâce à (à cause de ) laquelle on prendra la Supra très difficilement en défaut. Même en balançant tout le poids de l’arrière en rond-point, on garde le cap grâce à l’électronique sans qu’elle ait l’air de lutter et autorise à peine de petites dérives.

Son truc à elle, et c’est dans l’ère du temps, c’est de flatter le conducteur qui peut se faire plaisir à vive allure sans danger, au son artificiellement amplifié de la mécanique. Les basses dans les enceintes derrière les sièges peuvent d’ailleurs finir par agacer, mais sans cela on ne profiterait pas des gargarismes du moteur autant que les passants, ce serait dommage… Nous tenons tout de même à préciser qu’une fois le contrôle de traction désactivé, avec 258 ch sur les seules roues arrière, la Toyota Supra part au quart de tour pour une séance de drift. Cherchez un peu sur YouTube « Crash Toyota Supra », vous allez comprendre ce qu’on veut dire !

Voiture plaisir sachant rester rationnelle et garder les roues sur terre, la Supra est également étonnamment sage côté consommation. Sur la première partie de notre trajet, avec quelques bons coups de gaz et des bouchons, nous avons consommé 9,2 litres aux 100, ce qui est déjà très correct ! Encore mieux, sur la seconde partie en roulant normalement, on était à 7,8 litres aux 100 km. Presque incroyable !

Équipement de la Toyota Supra : au sommet (du Mont Fuji)

Nous n’avons pu avoir une Toyota Supra « premier prix » mais avons eu un modèle en édition spéciale Fuji Speedway Edition. Cette version hommage complète l’équipement de base par la peinture blanc métallisée, des coques de rétro rouges, des jantes alliage noir mat de 19 », des sièges sport alcantara noir et rouge et un insert de planche de bord en carbone spécifique. Cette édition spéciale coûte tout de même 5 000 euros de plus que la Supra « de base », le prix de l’exclusivité.

D’ailleurs, de série, la dotation est plutôt complète. On dispose de tous les équipements de confort nécessaires, comme l’écran 8,8 pouces avec audio 10 haut-parleurs (pas mal dans un si petit habitacle), les sièges électriques à mémoire et chauffants, l’entrée et démarrage mains libres et la navigation. Pour les longs trajets et la sécurité active, la Supra offre le régulateur de vitesse adaptatif, le système Supra safety + (avec l’aide au maintien dans la voie, le système précollision, la lecture des panneaux et la gestion automatique des feux de route) ainsi que les phares adaptatifs. Pour l’expérience de conduite, la suspension variable adaptative et le différentiel actif répondent présents. Enfin, les jantes sont en 18 pouces (19 sur la 3.0). On regrettera simplement l’absence de radars de recul, heureusement presque compensée par la caméra de recul.

Pour 5 000 € supplémentaires, le Pack Pack Premium ajoute à tout cela le cuir noir, 2 haut-parleurs supplémentaires avec le système audio JBL, l’affichage tête haute et le chargeur à induction.

Prix Toyota Supra GR

Toyota Supra GR à partir de 53 900 €. Modèle essayé : Toyota Supra GR 2.0 Fuji Speedway Edition à 58 900 € (hors malus de 2 370 €)

Concurrence

La concurrente la plus directe à la Supra GR est sans doute sa cousine technique BMW Z4, même si celle-ci est un cabriolet. C’est sans doute l’aspect stylistique qui les distingue le plus, car au niveau tarifaire c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Pour la forme, nous comparons également la Supra GR à un coupé 2 places, l’Audi TT, qui s’affiche à un prix légèrement inférieur à équipement équivalent.

  • BMW Z4 sDrive30i Sport à 60 760 € (à partir de 55 050 €) + malus de 1 172 €
  • Audi TT coupé S Line 45 TFSI S-Tronic à 56 740 € + malus de 1 386 €

Aguicheuse, cette Toyota ! Ce modèle a un pouvoir magnétique incroyable et attire le regard et les questions des petits et des grands. Sur le style, qu’on aime ou pas, Toyota s’est lâché et nous a sorti un engin comparable à aucun autre, surtout pas à la BMW Z4 ! Mais au volant, on est surpris par son relatif confort et sa facilité de prise en main. Non pas à cause du moteur, dont la puissance contribue à nous donner le sourire à chaque virée, mais à cause de l’électronique laissant peu de place à la prise de risque. Il paraît que la cousine de la Toyota est carrément avare en sensations. Mais si cette dernière s’affiche à un prix plus important tant en entrée de gamme que dans une version équivalente à la nôtre, le malus supérieur de la Supra réduit l’écart entre les deux modèles à 660 euros, voire à néant ! Pour choisir, ce n’est donc par le prix qui fera la différence, mais le pédigrée et l’esprit auquel vous adhérez. En tout cas non, cette Supra n’est pas qu’une Z4 rebadgée : elle a un style et une attitude qui lui sont propres et porte l’écusson du constructeur victorieux au Mans pour la 3ème année consécutive ! Les connaisseurs ne s’y tromperont pas…

Galerie Photos Toyota Supra GR

Crédit texte et photos : Thibaut Dumoulin pour Le Nouvel Automobiliste