Après les Smart #1 et #3, la Smart #5 est ce que la marque, désormais sino-germanique, a fait de plus grand dans son histoire. Et de très très loin. C’est aussi ce qu’elle fera de plus grand dans sa gamme, comprendre par là qu’il n’y aura « jamais » de #6, 8 ou 25. Les aficionados et autres nostalgiques de l’époque des Smart Fortwo seront donc rassurés (ou pas), d’autant que le constructeur garde toujours dans ses cartons la possibilité de redévelopper une puce de ce gabarit.
En attendant cette hypothétique résurrection c’est un SUV au design soigné et démonstratif, en 100 % électrique, comme toute la gamme désormais, que Smart nous présente. Un fort en gueule qui dispose de solides arguments pour convaincre, mais aussi de quelques défauts marqués.

Essai Smart #5 Brabus : Smart et BCBG
BCBG, voila bien une expression de génération X, voire de boomer. Mais elle sied plutôt bien à ce Smart #5, tout particulièrement dans cette version Brabus. BCBG signifiait « bon chic, bon genre », ce que ce SUV peut dégager comme sensation puisque, on le verra, il est clairement typé premium. Mais BCBG avait aussi été détourné par la jeunesse des années 80-90 en « beau cul, belle gueule ». Et c’est peut-être finalement plus cette deuxième version qui collerait au #5.
Basé sur la plateforme SEA du chinois Geely, qui donne également ses dessous à la Zeekr X ou à la Volvo EX30, le Smart #5 est un SUV dit intermédiaire mais dont le gabarit est déjà conséquent (4,70 m), tout particulièrement en largeur. Avec son mètre 92 hors rétroviseurs il est effectivement conseillé de se méfier dans les petites ruelles. Fort heureusement, en bon véhicule moderne, le #5 a fait fleurir une foultitude de caméras un peu partout, avec une bonne résolution qui plus est, de manière à offrir une vision 360° bien efficace pour les différentes manœuvres.



Si le profil, bien étiré et dynamisé par le traitement des vitres latérales se terminant sur un large et solide pied arrière, flanqué du monogramme de la marque, se révèle finalement assez classique, les faces avant et arrière se montrent plus originales. La proue, un peu frondeuse grâce au dessin des optiques, résonne avec la poupe dont les feux adoptent un traitement similaire. Le tout est mâtiné d’un côté high-tech apporté par la signature lumineuse en pointillés. De quoi donner « de la gueule » à cette Smart. Surtout en version Brabus.
Cette finition bénéficie d’un accastillage spécifique, jouant sur des éléments de couleur rouge ou noir brillant, conférant au véhicule la petite touche de sportivité qu’il peut légitimement revendiquer par son patronyme. Lame à l’avant et à l’arrière, magnifiques jantes de 21 pouces, étriers de frein, jupes latérales, boucliers, petits monogrammes Brabus. Le tout s’associant efficacement avec la livrée blanche, noire, grise ou le gris mat de notre exemplaire d’essai. Une couleur qui, au passage, constitue la seule et unique option (980 €) de cette finition.




Essai Smart #5 Brabus : Accueillant et particulièrement soigné
L’intérieur n’est pas en reste et bénéficie d’un niveau de finition tout à fait remarquable, et même sur certains points, carrément exceptionnel. Du plastique moussé (oui, celui qui fait frémir de bonheur tout journaliste qui se respecte) jusqu’en bas des portières, devant comme derrière ça ne se retrouve plus aujourd’hui que sur quelques véhicules très très haut de gamme… et très très onéreux (donnez-nous vos exemples dans les commentaires).

Finition Brabus oblige, l’ambiance se veut sportive mais reste globalement sobre et moderne. La sellerie microfibre Dinamica, les petites touches de cuir noir ou les très beaux inserts façon carbone le dispute avec les touches de rouge, surpiqûres, broderies (hélas seulement sur les appuie-têtes avant) ou ceintures, et les petites pièces chromées ou en aluminium. Encore une fois, le tout est assemblé avec un très grand soin et s’avère aussi agréable à l’œil qu’au toucher.
L’ergonomie ne prête par ailleurs que peu le flanc à la critique, toutes les commandes tombant assez facilement sous la main, ou plutôt sous le doigt… la quasi-totalité étant gérée de façon tactile, via l’écran central dont l’interface est globalement assez simple à maitriser et qui fait preuve d’une fluidité remarquable. Les réfractaires au tout tactile et aux écrans (oui il y en a deux en plus) auront de quoi maugréer mais, c’est comme tout, on s’y habitue globalement sans problème.
On chipotera tout de même potentiellement sur les poignées d’ouverture de la portière. Outre le fait que c’est probablement un des seuls endroits où le plastique utilisé est d’une qualité moyenne, le système d’ouverture se fait par un bouton à actionner avec son pouce et ce n’est pas immédiatement intuitif.

L’habitacle du Smart #5 a également le très bon goût de se montrer généreux, agréable et pratique. Pratique en rangements divers et variés, tous assez larges et/ou profonds et même parfois réfrigérés ; pratique pour recharger ses portables grâce à ses deux emplacements à induction ventilés ; pratique pour lire paisiblement à l’arrière via les liseuses orientables.



Agréable par ailleurs, car il prend soin de tous les passagers, avec des sièges confortables, chauffants et ventilés à l’avant, chauffants et inclinables électriquement à l’arrière ; agréable aussi grâce à l’immense toit vitré, hélas non ouvrant, offrant une belle luminosité pour tout le monde malgré un univers essentiellement noir ; agréable pour les yeux, avec 256 couleurs disponibles pour l’éclairage d’ambiance, ou pour les oreilles via le fabuleux équipement audio Sennheiser.



Généreux enfin en ce qui concerne les places arrière, qui offrent un tel espace aux jambes qu’on ne serait pas loin de penser que Victor Wembanyama s’y sentirait à l’aise ; généreux en coffre également puisqu’avec un volume de 630 litres, modulable classiquement et aisément jusqu’à 1530 litres, et un appoint de 47 litres sous forme de frunk à l’avant, il ne devrait pas y avoir trop de souci pour caser toutes les affaires d’une famille.



Essai Smart #5 Brabus : Fort en gueule mais… mou du genou
Jusqu’ici donc on n’est pas loin de dire que le Smart #5 fait un sans-faute. Mais il y a un mais. Et cela réside avant tout dans une forme de paradoxe entre la volonté d’offrir un plumage qui ne correspond pas tout à fait au ramage… ou l’inverse.
A première vue, ce « fort en gueule » qui annonce la couleur avec ses détails extérieurs « sportifs » et son habitacle au diapason, n’est pas en reste quant à sa fiche technique pour le moins impressionnante. En effet, la version Brabus est équipée de deux moteurs électriques, un sur chaque essieu. Cela offre donc une transmission intégrale, susceptible de permettre au Smart #5 d’aller crapahuter sereinement dans les sentiers, d’offrir une tenue de route optimisée et de garantir que la puissance passe bien au sol.

Car de la puissance il y en a ! 475 kW pour se montrer rigoureux, soit un équivalent d’environ 646 ch, de quoi abattre le 0 à 100 km/h en 3,8 secondes ! C’est mieux qu’une Porsche 911 Carrera et à peine 0,4 secondes de plus qu’une version GT3… Rajoutez à cela un couple de 710 Nm, merci l’électrique, et vous avez, sur le papier du moins, une sacrée promesse.
Dans les faits, il faut bien le dire, la puissance et donc les accélérations de l’engin sont époustouflantes. Positionnez-vous en mode Brabus (le mode le plus sportif), enfoncez la pédale de droite à la sortie du péage et vous direz immédiatement ciao à 99,5 % des véhicules qui vous suivaient. Bien, mais maintenant qu’on a constaté un élément auquel on s’attendait forcément il faut savoir aller un peu plus loin. Et parler comportement routier.


On peut commencer par en dire du bien, sur l’autoroute par exemple on sent très vite que les suspensions du Smart #5, non pilotées contrairement à celles du Zeekr X, sont tarées plutôt souples. Cela lui va à ravir d’ailleurs, puisqu’il s’y comporte en véritable tapis roulant en procurant au conducteur comme aux passagers un confort de tout premier plan bien appuyé par l’excellente insonorisation, la tenue de cap imperturbable et des aides à la conduite bien calibrées et assez faciles à utiliser (moins à déconnecter).
En revanche, dès que le parcours se fait un peu moins rectiligne, et en Savoie, région de notre essai, c’est monnaie courante, la voiture révèle vite qu’entre ses prétentions sportives et ses capacités réelles il y a un monde. Il faut dire, et vous pouviez vous en douter, que le choix de placer une batterie de 100 kWh entre les essieux, a pour première incidence de donner des sueurs froides à votre balance Weight-Watcher. Car le Smart #5 Brabus frôle les 2,4 tonnes (2378 kg).

Résultat, au premier virage pris un tantinet dynamiquement, la voiture s’écrase, se dandine et les mouvements de caisse, permanents, bousculent sérieusement les occupants du véhicule, révélant au passage un maintien latéral des sièges très perfectible car les dossiers sont avant tout prévus pour des gabarits larges. On ne peut toutefois pas dire que la tenue de route du véhicule soit mauvaise, la direction se montre précise et relativement consistante, le train avant est assez rigoureux mais le train arrière peut décrocher plus aisément et l’ESP (non déconnectable) s’active très régulièrement.
Entendons-nous bien, on ne se fait pas peur en Smart #5 mais on se sent avant tout frustré, d’abord parce que l’impressionnante cavalerie devient bien inutile, le châssis n’étant pas à même de l’exploiter, ensuite parce que le plaisir de conduite n’est pas au rendez-vous. Mais la vraie question est finalement de savoir pourquoi proposer une telle débauche de puissance sur un véhicule à vocation familiale car le #5 n’a absolument pas besoin de tous ces kW pour se montrer agréable.


D’ailleurs, dès qu’on reprend une allure plus paisible, qu’on conduit en ville ou sur une petite route de campagne (de préférence pas trop sinueuse néanmoins) on apprécie à nouveau grandement la prestation de ce SUV. La conduite est très douce, électrique oblige, les différents niveaux de régénération permettent de choisir son profil de conducteur de VE, le silence est total, la sono épatante, la visibilité périphérique plutôt bonne, l’affichage tête haute très agréable… et la consommation un peu plus acceptable.
Essai Smart #5 Brabus : Tarification agressive, consommation excessive
Car le Smart #5 a un autre défaut de taille, ou plutôt de poids (oui, toujours lui), c’est qu’il s’est avéré très gourmand pendant notre essai. Certes, les routes de montagne empruntées ne favorisent pas spécialement une consommation basse, il faisait également très chaud (entre 30 et 35 degrés) mais quoi qu’il en soit, descendre en dessous de 25 kWh/100 n’est pas simple avec cette Smart.


Le poids joue là encore un rôle majeur bien entendu mais il semble toutefois évident qu’il serait possible de gagner en efficience via d’autres biais, peut-être via une gestion électronique spécifique. Smart promet d’ores et déjà des mises à jour logiciel pour optimiser certains éléments de son gros bébé.
En contrepartie, même si c’est aussi l’une des causes de cette consommation importante, le Smart #5 étant dotée d’une grosse batterie de 100 kWh de type NMC (Nickel-Manganèse-Cobalt), il offre une autonomie qui reste très acceptable puisqu’annoncée à 540 km WLTP. On l’a vu, la consommation est toutefois supérieure à ce qui est indiqué officiellement (19,9 kWh/100) et il faudra probablement plus tabler sur environ 450 km sur route et 350 km sur autoroute. Cela reste très acceptable, d’autant que Smart peut à ce moment-là dégainer son joker : la puissance de charge.

Car le véhicule bénéficie d’une architecture électrique en 800 Volts permettant, en théorie, une charge pouvant atteindre 400 kW. Encore peu de bornes rapides délivrent cette puissance à ce jour, cela devrait changer toutefois, mais on trouve déjà très facilement des bornes offrant 300 kW et plus. Dans les faits cela veut surtout dire que le Smart #5 peut réaliser une charge de 10 à 80 % en à peine 18 minutes, de quoi sérieusement réduire les temps d’attente sur un long trajet autoroutier.

Et puis, même si intrinsèquement c’est une somme et que le Smart #5 Brabus, fabriqué en Chine, ne peut bénéficier d’aucune aide étatique à l’achat, le tarif affiché de 61 600 € (62 580 € pour le modèle essayé en raison de la peinture Gris Atome mat) est factuellement agressif et compétitif. On le rappelle, à ce prix, on devient propriétaire d’un véhicule premium tout équipé, auquel il ne manque vraiment rien, offrant de la place et du confort pour tout le monde… et 646 ch pour au moins vous donner la banane après chaque barrière de péage. Pourvu que les tronçons sans barrières ne se multiplient pas trop !
Essai Smart #5 Brabus : #galeriephotos

















































Photos : Eddy P.