Voilà l’été déjà oublié. Ou presque. Car qui dit été, dans notre milieu, dit pause quasi totale des essais presse de nouveaux modèles. Mais le mois d’août est aussi une occasion pour nous d’emprunter aux constructeurs des véhicules qui ne font plus l’actualité et/ou de se faire plaisir et vous faire découvrir un modèle particulièrement insolite sur un ou plusieurs aspects. Le choix reste difficile parmi la pléthore de modèles proposés, même en se concentrant sur les sportives et autres voitures plaisir.
Un modèle se distinguait toutefois de la shortlist, une ancienne dépourvue de toute aide à la conduite et autres technologies. Une oldtimer même, catégorie à laquelle seuls quelques constructeurs nous donnent accès pour faire vivre et valoriser leur patrimoine. Un coupé sportif de plus de 50 ans, une voiture de caractère à tout niveau, la Datsun 240Z, également connue sous le nom de Nissan Fairlady Z, que nous vous faisons découvrir au fil d’un périple de 600 km.
Datsun 240Z : nippone aux inspirations anglaises et américaines

Sans surprise mais avec une certaine amertume pour les passionnés que nous sommes, nous avons été privés de la dernière génération de Nissan Z, présentée en 2022. A cette époque, incertain de son lancement en France, Nissan avait tout de même doté son parc presse des générations précédentes de coupés Z, dont nous en avions essayé deux, la 300ZX et la 350Z.
Aujourd’hui, place à l’essai de leur ancêtre, la 240Z, ici badgée Datsun mais vendue sous la marque Nissan et sous le patronyme Fairlady Z au Japon notamment. C’est elle qui a initié la série des coupés Z à partir de 1969. Puisqu’il n’y a pas d’avenir à la Z chez nous, tournons-nous vers le passé, celui-ci est tout aussi plaisant !




Visuellement, c’est le cas, et si la moderne s’est largement inspirée d’une de ses ancêtres, c’est clairement de la Datsun 240Z. Dans l’allure, les proportions et dans plusieurs éléments majeurs comme la grille de calandre, la signature lumineuse avant rappelant les phares ronds de l’ancienne, le bosselage du capot, la ligne de toit fuyante et le bandeau de feux arrière, clairement évocateur des feux de l’aïeule. Une belle réinterprétation néo-rétro !




En la voyant pour la première fois dans ce parking où nous la récupérons, vue de 3 quarts avant, la Datsun 240Z nous évoque quant à elle la Jaguar Type E. Son long capot semble en effet interminable comme sur l’anglaise, malgré sa longueur modeste de 4,136 mètres, soit celle d’une Renault 4 E-Tech actuelle… Et 5 cm de moins qu’une Alpine A110, pour rester dans une catégorie similaire. Le bosselage sur celui-ci ainsi que l’arrière tronqué rappellent également la Chevrolet Corvette.
Mais par ses dimensions et ses caractéristiques techniques, la Datsun 240Z visait plutôt la Porsche 911 Type 901, tout en étant beaucoup moins chère.




En continuant le tour du propriétaire avant d’en prendre le volant, on s’attarde sur le charme de cette auto tellement rare sur nos routes. Les phares ne sont pas carénés et cela lui ajoute une bonne touche rétro. Malgré l’abondance de chrome présent sur les pare-chocs, les poignées de portes, les contours de vitre et du pare-brise, l’antenne radio ou encore les monogrammes, la Lady ne fait pas son âge. Notre exemplaire est pourtant sorti des chaînes de production en 1972 !

Des détails nous ramènent toutefois dans une époque révolue, comme les clignotants, les répétiteurs et butées de pare-chocs superposés, ou encore les gros pneus qui entourent les jantes de seulement 14 pouces.
A bord de la Datsun 240Z : cocon nippon

Lorsque la portière s’ouvre et que les effluves d’essence et d’huile s’échappent de l’habitacle, le revêtement en skaï rouge, étiré sur les sièges aux contre-portes, fait son effet. La Nissan Z 2025 lui rend par ailleurs hommage dans une configuration rouge pas forcément du goût de tous, mais au goût du jour. On retrouve également au sommet de la planche de bord les trois compteurs ronds qui font le charme de l’ancienne, parmi d’autres éléments comme le fin volant en bois.

Outre les commandes d’aération, on trouve peu d’éléments sur cette planche de bord, tout de même dotée d’un allume-cigare – pour accompagner l’incontournable cendrier, situé entre les deux sièges avant. Autres temps, autres mœurs !




Ces sièges sont par ailleurs, et sans surprise, très bas mais pas inconfortables. Leur forme qui épouse le corps annonce un bon maintien et les trous d’aération rassurent sur le fait que, même avec les températures estivales au moment de l’essai, on ne restera pas collé aux assises.
Malgré les dimensions réduites de l’auto, avec une largeur de 1,63 m et une hauteur de 1,286 m, on est à notre aise que ce soit devant le volant ou sur la place du mort. Il faut dire qu’avec seulement deux places, il est plus simple d’offrir de la place aux passagers, ainsi qu’à leurs bagages. Nous chargeons les nôtres facilement en ouvrant le grand hayon.
Cette découverte « statico-pratique » étant faite, il est temps de tailler la route vers les Hauts-de-France !
Essai Datsun 240Z : du muscle !

Le démarrage n’est pas une tâche facile. Même à l’aide du starter, il faut aider le moteur à chauffer pour que celui-ci ne cale pas. Les joies des anciennes ! Le râle du moteur est en tout cas enthousiasmant et donne envie d’appuyer sur la pédale de droite pour profiter de ce joli son se propageant du compartiment moteur jusqu’au bout de l’échappement.


Deuxième difficulté sans toujours avoir démarré, la première vitesse n’est pas facile à enclencher, la manipulation étant plus facile en donnant un léger coup d’accélérateur au préalable. Les premiers mètres s’effectuent avec des trous d’accélération, sans doute le résultat d’un dérèglement des carburateurs. Il est nécessaire de bien accélérer pour lancer l’auto et vite passer les rapports supérieurs, avec la même précision et fermeté.
Rapidement, l’impression que donne cette voiture est de vouloir accélérer en permanence. L’expérience est fluide seulement pendant cette phase et la ville, avec son trafic en accordéon, n’est pas son terrain de jeu favori. A 50 km/h, ni la 3è ni la 4è ne semblent adaptées pour rouler à vitesse constante sans avoir l’impression d’être en sur- ou sous-régime.


Heureusement, en sortant d’agglomération, le caractère sportif déjà décelé se confirme. Le 6-cylindres en ligne grogne et offre des performances encore actuelles. Avec 1 tonne et 25 kilos sur la balance et 150 chevaux, la Datsun 240Z accélère vigoureusement et s’insère dans la circulation avec aisance. A tel point qu’on prendra la confiance et irons nous aventurer sur une portion d’autoroute.
Excès de confiance… Après quelques dizaines de kilomètres à 130 km/h (avec même l’envie de continuer à accélérer tant cette Datsun a l’air d’en avoir encore sous le pied), plus rien. Le moteur ne réagit plus aux sollicitations de l’accélérateur, la voiture ralentit, et emprunter la sortie qui, par chance, se situe à une centaine de mètres, est la seule option.



Votre serviteur a l’habitude des anciennes et des aléas que leur conduite implique. Mais sous le capot s’ouvrant dans le mauvais sens, il y a un carburateur et 4 cylindres de trop pour oser s’aventurer dans une recherche de panne. Heureusement, pas besoin d’aller jusque là. Après avoir laissé la mécanique refroidir au bord de la route, c’est reparti comme en 40. Mais cette fois, plus question de franchir les 110 km/h et les 3 000 tours/minute !
De toute façon, même avec un modèle puissant, les anciennes s’apprécient le plus sur le réseau secondaire. Pour l’ambiance, pour les paysages et pour la variété de profils de route. Le bonheur est à son apogée quand celle-ci, baignée de la douce lumière de la golden hour, est dégagée et qu’on roule sans obstacle coude à la portière.

A rythme de croisière toutefois, quand les voies se mettent à serpenter, la direction sans assistance requiert de l’attention et surtout de la fermeté pour suivre la bonne trajectoire. D’autant plus que notre modèle semblait avoir un peu de jeu dans la direction.
La Datsun 240Z n’en est pas moins agile et seul le freinage peut dissuader de la mener à un rythme soutenu. Il faut en effet appuyer bien fort pour ressentir l’effet désiré, assez timide au demeurant, et anticiper dans la mesure du possible en ralentissant à l’avance.
Mais qu’importe, chaque oldtimer a son lot de défauts, plus ou moins accentués par la qualité de l’entretien et des pièces de rechange, parfois des refabrications de moindre facture… L’inconfort du bruit et d’absence de climatisation est vite oubliée en profitant du plaisir sans filtre distillé par ces grands-mères !


Et pour rester dans des considérations très terre-à-terre, parlons également de la consommation. Nous l’attendions gargantuesque sur un véhicule d’un demi-siècle doté d’un 6-cylindres essence. Et pourtant, calcul fait après de nombreux remplissages du réservoir (il était préférable de nous arrêter à la pompe régulièrement plutôt que de suivre la jauge fantaisiste), la Datsun 240Z se montre raisonnable. 10 litres aux 100 km de moyenne sur notre trajet de 600 km entre ville, autoroute et campagne en suivant le flot des voitures modernes, c’est honorable !
Acheter une Datsun 240Z : un choix de connaisseur

Ce récit vous a donné envie de considérer ce modèle pour un éventuel achat plaisir ?
Sachez que vos recherches seront rapides… mais sans doute étalées dans le temps. Sur le marché de la collection, la Datsun 240Z est très peu répandue chez nous, même si 520 000 exemplaires ont trouvé preneur à travers la planète, en faisant alors la voiture sportive la plus vendue.


Lors de la rédaction de cet article, seuls 4 exemplaires étaient en vente sur Leboncoin, pour des prix allant de 25 000 à 54 000 euros, complétés par 4 autres plus modernes dotés de moteurs de plus grosse cylindrée, les fameuses 260Z et 280Z. Un bel exemplaire s’échange dans les 30 000 euros, ce qui est encore aujourd’hui compétitif face à une Porsche 911 !
A moins que vous préfériez un coupé japonais plus moderne de la concurrence japonaise, comme ceux que nous avons croisés !
Datsun 240Z : un demi-siècle d’héritage
Après 5 ans d’une carrière couronnée de succès, la 240Z fut remplacée en 1974 par la 260Z qui, comme son nom l’indique, accueillait un moteur de 2,6 litres de cylindrée. Vous aurez donc deviné la cylindrée de la 280Z, commercialisée aux USA à partir de 1975, et qui passait pour l’occasion, et seulement sur ce marché, à l’injection. C’est avec la 280ZX apparue en 1978 que l’on parle de deuxième génération, le modèle évoluant notamment au niveau esthétique, à l’intérieur comme à l’intérieur.

Mais c’est en 1983 que la « Z » effectue sa vraie mue avec l’introduction aux Etats-Unis de la 300ZX (Z31), bien ancrée par son style dans les années 80. Au moins autant que l’est sa remplaçante dans les années 90. Cette dernière, présentée en 1989 et reprenant le même patronyme, gagne des rondeurs et se fait plus GT que petit coupé sportif, comme nous avons pu le constater à son volant.

La lignée s’est poursuivie avec la 350Z (2002-2009) et son V6 « VQ35 » que l’on retrouvait sur les modèles Renault de la même époque, comme la Vel Satis, l’Espace IV ou encore la Laguna. Le flambeau a ensuite été passé à la 370Z, dans la continuité stylistique et déclinée comme la 350Z en version roadster, qui fut proposée au catalogue de Nissan pendant pas moins de 10 ans.
Album photo Datsun 240Z



















































Crédit photos : Thibaut Dumoulin