Le Nouvel Automobiliste
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Dernier essai Jaguar XJ : Sa Majesté tire sa révérence

Après avoir trôné 51 ans au sommet de la gamme de la prestigieuse marque britannique, la Jaguar XJ, grande routière de la marque au félin bondissant, n’est plus. Mine de rien et malgré un restylage et des modifications apportées au cours de sa carrière justifiant une nouvelle dénomination commerciale, la génération actuelle qui vient d’être retirée des chaînes de montage allait tranquillement sur ses 10 ans. Un âge canonique sur le marché automobile. Était-elle vraiment dépassée au point de ne pouvoir attendre la future génération de XJ ? Nous avons cherché la réponse au volant de la dernière représentante de cette grande lignée, sortie à l’occasion des 50 ans du modèle : la Jaguar XJ 50.

Shocking Avantgardisme

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En 1969, lorsqu’apparut la berline voulue par Sir William Lyons, Jaguar écrivait non-seulement une page importante de son histoire mais lançait une ligne emblématique quasiment immuable au fil des décennies suivantes. La recette de la Jaguar XJ ? Une silhouette 3 volumes particulièrement élégante, 4 phares ronds, un habitacle cossu, des équipements modernes et un toucher de route apte à dérider le majordome le plus acariâtre.

Jaguar XJ arret production 2019 LNA

Série I, II et III s’enchaînèrent en reprenant la même recette jusqu’à l’apparition de la XJ40. Ses phares rectangulaires rompirent la tradition en se mettant à la mode des années 80, jusqu’au retour à la normale avec la X300. De petites révolutions firent ensuite leur apparition : le 8-cylindres sur la X308, la coque aluminium sur la X350… puis patatra ! La X351 vint balayer avec audace et insolence tous les codes établis.  

Ligne de coupé au toit fuyant, phares étirés, feux verticaux sous forme de griffes, le design de la XJ de 2010 a surpris et marqué les esprits lors du dévoilement de l’auto. 9 ans plus tard, la XJ fait toujours autant d’effet. Ses dimensions (5,13 m de long pour 1,46 m de hauteur et 2,10 m de large) en imposent, mais pas autant que sa prestance et sa fluidité. Rien ne vient vraiment heurter la pupille, les lignes s’étirent avec grâce, les courbes sont douces avec ce soupçon d’agressivité féline. Si de face, on peut la confondre avec la XF, de trois quarts arrière et de profil, elle impose sa patte et se distingue à la fois de ses concurrentes et des autres modèles de la marque.

La face avant du vaisseau-amiral de Coventry se fait encore plus intimidante dans cette déclinaison XJ 50 : large calandre à finition noire brillante cerclée de chrome et phares à LED adaptatifs complètent un faciès qui force le respect. En regardant dans le détail, le logo pourrait gagner en finesse s’il n’était pas inséré derrière une plaque en plastique transparent, mais côté disgracieux, l’Audi S7 fait pire avec ses radars globuleux dans la calandre. 

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Pour rester dans les logos, l’inscription XJ 50 prend place dans un insert latéral sur les ailes avant et sur la malle de coffre, sur laquelle on remarque le petit bouton d’ouverture de coffre, tout rond, une solution pour ne pas briser la fluidité de la malle ! Exclusivité de cette XJ 50, les jantes de 20 pouces à finition noire dites doubles, sont représentatives du style général de la routière : chic et sportif.

Des passagers confinés dans un cocon raffiné

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M’installer au volant d’une Jaguar XJ est un privilège qui ne m’avait pas été accordé depuis 25 ans quand, tout bambin, mon grand-père m’installait sur ses genoux pour rentrer au garage sa XJ6 de 1973. Monter à bord de la « dernière » XJ pour cet essai hommage a donc une saveur particulière… mais je laisse derrière la porte qui se referme la nostalgie, l’émotion, l’excitation et l’emploi du pronom personnel « je ». 

Sans un bruit, grâce à l’assistance électrique, la porte finit de se fermer pour plonger ses passagers dans une bulle silencieuse. S’il n’a pas le charme désuet de l’archétype de la XJ, le tableau de bord de la XJ 50 séduit par des touches personnelles qui se mêlent à la disposition plutôt classique des commandes. À commencer par ces deux gros aérateurs, dont la taille est peut-être un poil exagérée, entre lesquels se glisse une horloge à aiguilles. Un bandeau de ronce de noyer (les autres boiseries étant proposées sur les autres finitions) forme un demi-cercle à la base du pare-brise et se poursuit sur les portes, créant une continuité et une volupté dans le dessin. 

On retrouve généreusement ce bois sur les portes, associé au chrome. Une formule qui fonctionne sur la XJ depuis 1969, sous une interprétation plus en phase avec les goûts contemporains. Pas de cuir ni de plastiques clairs, pas de boiserie clinquante et une ambiance plus moderne que baroque. 

Les sièges en cuir matelassé et perforé embaument l’habitacle, une dimension olfactive qui apporte un on-ne-sait-quoi de chaleur, un sentiment de bien-être nous enveloppant comme un bon fauteuil moelleux. Au-dessus des appuie-têtes au logo « XJ 50 » embossé s’étale le ciel de toit noir (« Ebony »), qui contribue à l’ambiance « cocon feutré ». 

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Fidèle à ses racines, la XJ 50 reprend les mêmes défauts que ses prédécesseurs : malgré une taille respectable, l’habitabilité arrière n’a rien d’exceptionnel et le coffre donnerait presque à sourire, même si la malle courte et tombante ne laissait pas présager un volume immense. A noter cependant, sur la finition Portfolio et comme sur la majorité des générations précédentes, Jaguar propose sa XJ avec un empattement long, faisant gagner 13 cm à l’auto, profitant à l’habitabilité arrière.

La routière des VIP pressés

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La XJ ne laissait pas beaucoup de choix de motorisations à la fin de sa carrière : un V6 3.0 diesel de 300 ch constituait la proposition exclusive. Sorti en 2008 sur la XF avec 275 ch initialement, ce moteur est issu de l’ère Ford, qui développait ses motorisations Diesel avec PSA. Ainsi, le moulin de notre XJ pourrait bien être le même que celui… d’une Citroën C6 ! Du moins sa base moteur, car celui de la française ne développait « que » 240 ch. Les ingénieurs britanniques sont donc passés par là, et avec talent !

Toujours est-il qu’il sied parfaitement à la berline britannique. Qu’importe sa sonorité, celle-ci étant étouffée à l’intérieur par une excellente acoustique. Sa docilité rend la conduite plaisante au quotidien, son couple et sa puissance lui procurent un dynamisme et des performances enthousiasmants (0 à 100 km/h en 6,2 secondes). Et son toucher de route, insoupçonné sur une berline de 1,8 t, finit de satisfaire les amateurs de conduite dynamique. La direction est ferme, juste ce qu’il faut, et pas trop directe, ce qui la rend agréable en conduite coulée comme dynamique. Le châssis est à l’avenant, faisant oublier le gabarit de la XJ. La suspension adaptative n’est pas étrangère à ce ressenti communicatif même si elle propose (impose ?) un compromis orienté vers le dynamisme.

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En effet, il ne faut pas s’attendre à un confort pullman comme le propose une Audi A8. Sans être inconfortable, la Reine des Jaguar informe bien les passagers de l’état de la route à basses vitesses. C’est encore plus vrai en passant en mode Sport, mais le confort devient alors secondaire. Plus réactive, plus communicative, la Jaguar offre un plaisir de conduite enthousiasmant, grevé uniquement par un freinage manquant de mordant.

Voiture de chauffeur ? Elle ne néglige pas le dynamisme pour autant. L’heureux conducteur le sera sans doute un peu moins en ville où, outre le gabarit à gérer, il devra composer avec une pédale de frein un peu délicate à doser en fin de freinage et un Stop & Start un peu trop volontaire. Et si par curiosité il détachait sa ceinture pour attraper le ticket à l’entrée du parking, il serait surpris par l’extinction pure et simple du moteur. Une sécurité, certes, mais un bip sonore aurait peut-être fait l’affaire.

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Deux voitures, une même base moteur : le V6 3.0 Diesel ex- PSA-Ford.

À la pompe, nous avons relevé une consommation de 10,5 litres aux 100 km, en effectuant beaucoup de trajets urbains et en manquant clairement de modération sur l’accélérateur. Une valeur qui ne nous choque pas outre mesure sur une grande berline de 300 ch.

Un félin et ses puces

Nous avons suffisamment joué avec le félin, inspectons désormais ses puces…électroniques et autres équipements de sécurité, de confort et de style. La XJ 50 est basée sur une finition Luxe Premium, le deuxième niveau de finition dans la gamme avant les opulentes Portfolio et Autobiography. Elle en reprend toutefois des équipements : réglages des sièges 18 positions, jantes 20’’, phares adaptatifs full-LED, climatisation auto 4 zones…

Facturée 5 100 euros de plus que la Luxe Premium, la XJ 50 représentait donc un compromis intéressant en termes de rapport prix/équipement. Mais est-elle encore à la page par rapport à ses concurrentes ?

C’est vers les technologies embarquées que l’on trouve la réponse. Déterminant la sécurité passive donc les résultats aux crash-tests EuroNCAP, elles rythment également, de plus en plus rapidement, l’obsolescence des véhicules. Mais sur les berlines de luxe, qui ont la primeur de recevoir les nouvelles technologies, l’effet est moins marqué. Malgré son âge avancé, la XJ ne déroge pas à la règle.

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Alerte de véhicule dans l’angle mort et détection du trafic en marche arrière, aide au stationnement avec caméras 360, assistance au stationnement, régulateur de vitesse adaptatif avec fonction embouteillage, capot déployable lors d’un choc avec un piéton (comme sur une… Citroën C6, encore elle !), freinage d’urgence autonome, maintien dans la voie et détection de somnolence… Mais que diable lui manque-t-il ? 

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Peut-être du côté du confort ? Sièges électriques, chauffants voire massants, inclinables à l’arrière avec repose-pieds, écran multimédia, TV, store et pare-soleil électriques, volant chauffant, entrée et démarrage sans clé… Aucun équipement, en série ou en option, ne manque pour faire de l’habitacle de la XJ un salon cosy où l’on pourrait rester des heures. Quant à l’habitabilité arrière moyenne, constatée sur notre XJ 50, on pouvait corriger cet écueil par le choix de la version à empattement long (+ 13 cm et + 3 700 €).

Si l’on chipote, il ne manque donc à la XJ qu’un limiteur de vitesse asservi aux informations de la signalisation routière et de la géolocalisation. Pour le reste, le restylage de 2016 l’avait déjà mise à la page pour plusieurs années. Nous avons donc hâte de voir ce que la prochaine génération apportera comme nouveautés pour faire de la Jaguar XJ de 2020 une berline encore plus raffinée et sophistiquée !

Prix Jaguar XJ : deal or no deal ?

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La gamme Jaguar XJ débutait à partir de 87 060 €.
Notre modèle d’essai était une Jaguar XJ 50 3.0 D 300 ch à 102 836 € incluant 6 096 € d’options :

  • Caméras panoramiques à 1 234 €
  • Ouverture de porte de garage à distance à 282 €
  • Pare-brise chauffant à 448 €
  • Régulateur de vitesse adaptatif ACC à 1 676 €
  • Système Audio Meridian à 1 052 €
  • Système de surveillance des angles morts + détection du trafic arrière avec assistance à 561 €
  • Vitres surteintées à 427 €
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La Jaguar XJ était une véritable anglaise : attachante, raffinée, différente, élégante, désirable… et imparfaite ! Fidèle à son blason et à ses aïeules, elle offre ce qu’on attend d’une XJ, à savoir opulence et sportivité. Certes, la noblesse mécanique n’est pas celle d’un V8 Supercharged, mais ce temps est révolu. Le V6 Diesel était le dernier moteur thermique à équiper la XJ et cèdera sa place à une batterie électrique sur la prochaine génération. Si la XJ continue sur sa lignée, elle devrait largement donner la réplique à une Tesla Model S, le charme et l’excentricité « so british » en plus ! Pour nous faire patienter, Jaguar nous a même offert en marge du salon de Francfort un petit aperçu de la future XJ électrique, que nous vous livrons ci-dessous !

Vous préférez les XJ du passé et du présent ? Rendez-vous les 12 et 13 octobre au Jaguar Land Rover Festival sur le circuit de Linas-Montlhéry !

Textes et photos Thibaut Dumoulin pour Le Nouvel Automobiliste

Texte et photos : Le Nouvel Automobiliste – Thibaut Dumoulin.