Dans le cadre de la création du musée Renault à Flins, dont l’ouverture est attendue en 2027, la marque au Losange a décidé de faire le ménage dans ses collections et de proposer lors d’une vente aux enchères une centaine de véhicules et d’objets, le 7 décembre 2025. Entre les annonces et la réalité, voyons ceci de plus près.
Une vente aux enchères… qui n’est pas une première pour Renault
Renault qui vend aux enchères des modèles de sa collection, la démarche peut surprendre. La marque s’en défend et indique qu’elle s’inscrit dans la préparation de son musée : il faut faire de la place et financer l’avenir de la collection. « Cette vente est faite parce qu’on a trop d’objets, et que même si tout ce que nous avons sera visible dans le nouveau bâtiment du musée, cela n’aurait pas de sens pour le groupe Renault de tout garder dans son musée », indique Gilles Mériadec, directeur de la collection Renault The Originals lors de la conférence de presse organisée par Artcurial pour annoncer la vente.

Il poursuit : « Le produit de la vente ne servira pas au musée, il servira à compléter les automobiles qui nous manquent, ou qu’on veut remplacer par des modèles plus pertinents, à l’image d’une Renault 11 TXE italienne qu’on a récemment récupérée parce qu’elle était tout simplement neuve. De plus, ce qui nous est demandé par la marque, c’est un modèle de chaque voiture de l’histoire, qui soit roulant, or redémarrer notamment des F1 coûte cher. L’argent servira aussi à cela : pas un euro n’ira au musée, et tout ira à une cagnotte pour des achats de nouveaux modèles, demain ou après-demain. »
Un autre véhicule illustre cette démarche, la Clio Wliiams, dont Renault a récemment racheté l’exemplaire n°1 offert à Frank Williams à l’époque.

Des précédents douloureux
Reste que ce discours, on a l’impression de l’avoir déjà entendu… dans un autre groupe. En 2018 par exemple lors de la vente aux enchères des réserves du Conservatoire Citroën, puis à plusieurs reprises entre 2019 et 2024 avec L’Aventure Peugeot Citroën DS. Là-bas aussi, des véhicules sans certificat d’immatriculation, des maquettes de design ou encore des prototypes avaient été proposés et vendus. Sans grand résultat hélas : le Conservatoire a dû fermer, et les passionnés restent dans l’attente d’un lieu de mémoire nouveau pour Citroën.
Chez Renault, au moins il y a un projet, et un lieu de stockage (où sous une très faible humidité et une température constante entre 10 et 15 degrés, sont préservés les 800 voitures de la collection, ainsi qu’un avion). Signalons que l’équipe The Originals compte 10 personnes dont 5 mécaniciens.
Mais Renault aussi, dans son histoire, a vendu aux enchères avec Artcurial des modèles de ses collections, lors de vacations organisées à Rétromobile ou au Mans Classic. Celles-ci avaient notamment concerné l’un des concept-car Reinastella ou encore des modèles de compétition. D’ailleurs, certains modèles qui n’avaient pas trouvé preneur lors de ces ventes se retrouvent au catalogue de la vente 2025.
Quelques passionnés se souviennent enfin de la calamiteuse dispersion de modèles à un casseur, parmi lesquels un Spider et une Samsung SM7, et dont la mise en ligne des modèles sur Le Bon Coin avait offert un effet Streisand à cette démarche voulue la plus discrète possible. Mais qu’importe, la marque le promet : « c’est la première fois que Renault vend autant, et sûrement qu’on ne le refera jamais. C’est une décision unique, et difficile à prendre ». Reste que le choix des modèles surprend.

Une vente de doublons… et de voitures uniques de Renault
En amont de cette vente aux enchères, et suite à l’annonce du Musée Renault à laquelle nous avions été conviés, nous avons pu nous entretenir avec Arnaud Belloni, le directeur du marketing monde du groupe Renault. Ce dernier nous avait alors assuré que « La Vente Artcurial ne porte que sur des doublons ou des triplons », précisant que « la sélection de voitures a aussi été visée par la direction juridique, la direction financière, la direction de l’éthique et par Fabrice Cambolive. »
De doublons et de triplons, il s’agit finalement aussi de modèles uniques : 13 concepts-cars et maquettes d’études sont proposés, ainsi qu’une dizaine de prototypes expérimentaux, dont on ne connait pas de « double » ou de « triple ». S’y ajoutent aussi quelques modèles rétrofités dont les équipements sont uniques et créés par le Design.
The Icons : une liste de concepts choisis par le Design Renault
Par la voix de Gilles Mériadec, Renault nous explique le processus qui a vu les concept-cars être proposés : « Les concepts-cars à la vente sont issus d’un choix de Laurens van den Acker qui, à partir d’une liste, nous a indiqué ceux qui étaient à garder et ceux qui ne l’étaient pas, et qui sont proposés à la vente. On aurait pu ne pas en mettre si le design n’avait pas accepté qu’on en vende, mais la liste du Design reflète ceux dont l’intérêt historique est moindre. » En plus de ces réponses, deux certitudes : Laurens van den Acker « n’avait pas une quantité de modèles à atteindre », et « il reste des maquettes jamais dévoilées que nous gardons ».
Reste que même d’un moindre intérêt historique, le choix surprend : la maquette d’Operandi, les utilitaires Break’Up et Deck’Up, qui sont roulants, « intriguants et intéressants » ajoute Pierre Novikoff d’Artcurial. Idem pour le prototype Perle de Chausson, le dernier prototype de ce bureau d’études, qui n’a jamais roulé et eu pour seule célébrité la présence dans un film de Wim Wenders. On se console en espérant que ces modèles trouveront des acheteurs qui sauront en faire profiter le public.

Une vente aux enchères presque intégralement sans prix de réserve
Mais un autre point a surpris à la lecture du catalogue : le fait que la quasi-totalité des lots, et surtout les concepts, soit proposée sans réserve. Artcurial explique ce choix : « Le message qu’on donne aux acheteurs avec le sans-réserve est qu’ils peuvent s’y intéresser, qu’ils peuvent tenter. On dit aux collectionneurs : venez, inscrivez-vous, c’est commercial, et c’est la meilleure des démarches à renvoyer. Cela motive les acheteurs à venir, c’est un argument supplémentaire. » Et Pierre Novikoff et Matthieu Lamoure de rappeler que la vente W de Monaco en 2024, et la vente Baillon, avaient aussi eu lieu sans réserve, « avec des voitures au double ou triple de l’estimation. »
100 voitures, 80 automobilia
Parmi les automobilia aussi, à savoir de nombreuses maquettes de style, il y aura à redire. Déjà pour la logique : si l’on comprend qu’un modèle complet prend de la place, combien de mètres carrés prennent quelques maquettes aérodynamiques au 1/5e ? et c’est d’autant plus surprenant que les modèles proposés sont issus de recherches clés de modèles historiques, et manqueront donc à la rétrospective historique de ces modèles (Alpine P2, Renault 15, Renault 6, Renault 16…).
S’arrêter sur la seule question des études et des concepts, aussi douloureuse soit-elle (et elle fait débat dans la rédac’ !), reviendrait à occulter les autres modèles de la vente. Des modèles de route à restaurer notamment d’avant 1945, des rétrofits sur base de R4, R5 et Twingo, deux répliques de Type A 1898 dont une électrifiée, des maquettes et showcars d’exposition, et enfin des véhicules de compétition.

Une tendance : la compétition en véhicule historique
20 monoplaces parmi lesquelles plusieurs Formule 1 sont proposés à l’encan, et certains avec réserve, contrairement aux autres modèles de la vente. « Ces véhicules de compétition sont en majorité complet, et beaucoup voudront les faire rouler car ils sont éligibles au Grand Prix Historique de Monaco par exemple », indique Pierre Novikoff, qui ajoute : « On attend beaucoup d’intérêt sur les F1 dont l’attrait a progressé avec la série Netflix, et nous avons beaucoup de contacts internationaux notamment au Moyen Orient On s’attend à beaucoup de surprises en salle aussi. »
4 voitures de rallye sot aussi au catalogue, dont le prototype PZero de la Maxi 5 Turbo du Tour de Corse, ou la Supercinq d’Alain Oreille, pourtant déjà proposée en enchères en 2023. Gilles Mériadec note : « On voulait la garder, elle est telle qu’elle est revenue du rallye du Bandama avec ses graviers, elle est neuve dans son état d’arrivée. » « Ces véhicules ont une histoire exceptionnelle mais ils n’ont eu qu’une vie », souligne Pierre Novikoff. Ainsi de la F1 Renault RE-40 proposée avec seulement 9 600 km au compteur.

Outre les maquettes de soufflerie, « des modèles uniques qu’on ne voit et qu’on ne vend jamais » rappelle Pierre Novikoff, Renault se séparer de curiosités comme un autobus TN6 -un précédent modèle de collectionneur privé avait été vendu par Artcurial à Rétromobile-, une maquette d’autorail ou encore de bateau. Ainsi que de nombreux moteurs de compétition, pour lesquels Artcurial insiste sur l’appui du constructeur, qui lui a octroyé « une documentation exceptionnelle : pour l’ensemble des moteurs, on a les fiches de bancs d’essais de Viry-Chatillon. »
Comment aura lieu la vente aux enchères ?
Elle aura lieu directement à Flins, dans l’usine devenue depuis peu « ReFactory », mais qui jusqu’à présent en tant qu’enceinte industrielle ne permettait que très rarement l’accès du public à ses emprises. Ces dernières sont en pleine refonte, entre revente de foncier et installation du Musée. La vente aura, elle, lieu dans une tente, sur le lieu même du futur Musée. Elle devrait durer 6 heures au total, et Maître Hervé Poulain reprendra le marteau pour quelques lots.
Les modèles sont exposés à Flins dès le 4 décembre et la vente débutera le 7 décembre à 13h, de façon chronologique. Des food trucks seront présents pour se restaurer. Ou pour susciter l’appétit des acheteurs.
Ainsi vivent les collections automobiles, et nous espérons a minima que ce patrimoine dispersé pourra ainsi être rendu plus souvent visible par la volonté des futurs acheteurs. Et puis, c’est bientôt Noël : tout le monde a droit à de s’offrir un cadeau.
En images : quelques des lots prévus à la vente aux enchères The Icons Renault

















































