A l’occasion des trente-cinq ans de la victoire de sa 787B au 24h du Mans, Mazda a consacré son stand de Rétromobile à quelques unes de ses productions dotées du moteur rotatif comme cœur mécanique. Retour sur près de soixante ans de modèles rotatifs.

Un moteur rotatif ?
Petit rappel sur cette mécanique si vous la découvrez, qui est aussi nommé « moteur Wankel » en référence à son premier créateur allemand Félix Wankel en 1924. Ce moteur remplace le piston par un rotor qui centralise les quatre temps de fonctionnement. Cette configuration permet une réduction drastique de pièces en mouvement, et est aussi profitable à un gain de poids et à une compacité accrue, propice à l’efficience.
A la recherche de cette efficience après la Seconde Guerre Mondiale, le constructeur NSU a rapidement opté pour cette motorisation aussi bien sur ses automobiles que ses motos. De notre côté du Rhin, Citroën a tenté l’expérience avec sa GS birotor et sa M35. Mais bien qu’efficient et assez puissant, ce moteur souffrait aussi d’un important défaut de fiabilité et de fortes consommations en carburant et en huile. Cela a causé en partie la disparition de NSU avec sa Ro80, et l’abandon de Citroën qui s’est vu obligé de donner une CX à toute sa clientèle qui a rapporté sa voiture birotor sous garantie.
Toutefois, un irréductible constructeur japonais, travaillant dès 1968 sur ce moteur, ne s’est pas laissé surprendre par les déboires d’un moteur qui s’est malgré tout retrouvé sur la première marche du podium en 1991.

1967 : Mazda à la conquête du monde…
C’est à la fin des années soixante que la marque japonaise propose son premier modèle rotatif : la Cosmo Sport 110s, signifiant en grec « ordre de l’univers ou du monde » (κόσμος). Son design aérodynamique, semblant mêler l’excellence d’un katana façonné à la main et la douceur d’une goutte d’eau, est associé à un birotor de 982 cm3 qui produit 110 chevaux permettant d’atteindre 185km/h, voir 200km/h pour les dernières itérations. Soit aussi rapide qu’une Alfa Roméo 1750 GT de plus grosse cylindrée.







Rapide, la Cosmo était aussi sécurisante pour ses occupants. En plus d’une quatrième place obtenue lors du “Marathon de la Route” en 1968, une course d’endurance de quatre-vingt quatre heures sur le Nürburgring, elle a surtout décroché le prix de la sécurité grâce à sa robustesse qui à protégé son pilote Yoshimi Katayama lors d’un gros accident.


Pour les réfractaires à son design original et futuriste, Mazda a sorti en 1969 la « lumineuse » Luce 130R, capable des mêmes performance que la Cosmo. Dessinée par Giorgetto Giugiaro, la Luce s’inscrit dans les tendances européennes de l’époque avec un design latin plus conventionnel mais tout aussi élégant.






… des « Touge »…
Mais ces élégants coupés sont restés confidentiels de part leur faible diffusion. En effet, Mazda est surtout connu à l’international avec sa gamme RX-7 toujours équipé du birotor. A l’inverse de ses prédécesseures faites mains, cette famille était davantage accessible à une clientèle plus large. Cette lignée a démarré avec la Savanna FB de première génération en 1978. Elle était capable d’atteindre 200km/h grâce à une aérodynamique perfectionnée permise grâce à ses phares escamotables.


Mais ses remplaçantes des années 1980-90 plus rapides et puissantes, les FC et FD, sont davantage populaires grâce à leur présence massive dans la culture populaire, notamment dans le manga Initial D dans lequel elles sont pilotées par les frères Takahashi qui remportent un grand nombre de courses « Touge » (des courses souvent illégales à la fin du XXème siècle sur des routes de montagne ouvertes) sous le blason du team des Redsuns d’Akagi puis de la Project D.
Dans le reste du monde, on retrouvait aussi ces modèles dans la saga Etats-Uniennes Fast and Furious, et dans des jeux-vidéos tels que Gran Turismo ou Need for Speed.
…et de l’épreuve la plus exigeante du globe
Tous ces effort émis pendant près de trois décennies pour perfectionner cette mécanique rotative n’ont ainsi pas été vain. En effet, Mazda a remporté en 1991 les 24h du Mans avec sa 787B. Là où les Européens ont rapidement abandonnés face à un développement aussi coûteux qu’exigeant, la marque d’Hiroshima a su démontrer l’intérêt de l’architecture Wankel, qui s’est paradoxalement révélée plus fiable que ses concurrentes dont près de la moitié a abandonné faute de fiabilité.
En plus d’un exploit mécanique, cette victoire a aussi fait la fierté du Japon en étant la première marque nipponne a remporter l’épreuve Sarthoise.



Cela a permis à Mazda de continuer son aventure rotative par le biais de la RX-8 de 2003 à 2012, puis récemment du modèle hybride rechargeable MX-30 R-EV avec son usage inédit de générateur pour recharger la batterie

Promis à une disparition prématurée en Europe, le moteur rotatif n’aura cessé de se perfectionner au Japon. Et Mazda ne semble pas oublier sa communauté de passionnés avec l’Iconic SP promettant le retour d’un coupé sportif animé animé lui aussi par un rotatif hybride.
Texte, photos et dessins: Nicolas Pernel
