Pourquoi une gamme réduite ? Quels développement à venir ? Comment la Renault Twingo E-Tech a-t-elle vu le jour, et pu voir le jour en seulement 2 ans ? Voici quelques des questions qu’on a pu poser au Revenue Leader du projet, Grégoire Ginet.
Le Nouvel Automobiliste : Quel est le rôle de Revenue Leader sur un projet de nouveau véhicule comme la Renault Twingo E-Tech ?
Grégoire Ginet : Dans une équipe produit, on forme un binôme entre Chef de produit et Revenue Leader, où ce dernier fait la synthèse du positionnement du véhicule, entre son contenu produit, son prix, ses ambitions, ses volumes. C’est un mix du positionnement de la voiture.
LNA : Cela signifie ramener de la rationalité dans un projet qui peut parfois dériver, et devenir non rentable par exemple ?
Grégoire Ginet : Oui, être surtout la voix du client dans l’entreprise, et travailler avec tous nos relais Renault dans les pays, que ce soit en France, Italie, Allemagne. La Twingo sera commercialisée dans tous les pays d’Europe, et même si la gamme sera unique, il y a quand même des spécificités de positionnement ou de culture, qui peuvent différer. C’est cette synthèse que je cherche à faire.
LNA : Hors Europe, la Twingo E-Tech sera-t-elle disponible ? La première du nom l’était en Amérique latine…
Grégoire Ginet : Non, pour l’instant c’est l’Europe.
« Il y aura une version de la Twingo E-Tech à conduite à droite »
LNA : Et y aura-t-il une direction à droite pour le Royaume-Uni… ou le Japon ?
Grégoire Ginet : Oui, et c’est une version qui n’existait pas sur Twingo I ! Elle sera un peu décalée en termes de sortie commerciale mais elle va exister. Donc, pour être précis, elle sera en Europe et en Angleterre.
LNA : Y aura-t-il une Twingo avec un toit en toile comme la première et la troisième génération ?
Grégoire Ginet : Alors non, là au lancement on s’est concentré sur une version, centrée sur 4 teintes, et 1 carrosserie unique. En point de départ, c’est un projet développé en 2 ans, dans les standards qualité de l’entreprise, qui nous oblige aussi à faire des choix dont celui d’une gamme réduite. C’est en partant de la plateforme qui existe, du software qui a été adapté, qu’on a pu la créer. On a donc choisi une gamme réduite pour qu’on puisse tenir l’engagement du prix et du planning qu’on a donnés.
Après, il y a plein d’animations qui peuvent être possibles sur cette voiture, elle ouvre la porte certainement comme la Twingo I à plein d’animations de couleurs, et pourquoi pas de toit. Ce n’est pas dans le périmètre du lancement, mais ça fait partie des choses qui peuvent être en réflexion pour plus tard.

LNA : Qu’est-ce que la conception chinoise a pu apporter au projet ? Comment s’est passée la collaboration avec Launch Design, votre partenaire chinois ?
Grégoire Ginet : Le schéma de développement a été super intéressant : comme à chaque fois qu’il y a une rupture dans une façon de faire, on apprend plein de choses. Twingo, c’est vraiment une rupture dans la façon d’approcher le sujet pour pouvoir développer en deux ans. Launch Design, c’est un fournisseur pour Renault finalement, comme on a d’autres fournisseurs dans le monde entier, en France, en Europe, en Chine.
C’est vraiment cette relation client-fournisseur qui s’est mise en place. Ce n’est pas un fournisseur tout à fait habituel d’une pièce finie, il a un scope un peu plus large, et toujours piloté par l‘équipe Renault via l’équipe ACDC de Shanghai, et une partie de l’équipe au Technocentre. Je rappelle que tout le développement du véhicule, le design, le software, est 100 % français, la plateforme aussi. Tout ce socle n’a pas bougé au Technocentre et reste en France. Et c’est une relation qui se passe bien, comme à chaque fois qu’on signe un contrat avec un fournisseur finalement.
LNA : La Twingo bénéficie de la sellerie du Renault Austral : y a-t-il d’autres éléments qu’elle emprunte à d’autres modèles du Groupe, outre la plateforme ?
Grégoire Ginet : La plateforme AmpR Small est connue sur R5 et R4, elle a été reprise en grande partie, tout le train avant notamment est commun. Le train arrière a été conçu à partir de celui du Captur, c’est un assemblage donc de différents véhicules connus du Groupe. Vous avez parlé de la sellerie, on en voulait une agréable à l’œil et au toucher, assez haut-de-gamme qui vienne du segment C. On peut aussi parler des armatures de sièges arrière pour le coulissement qui viennent aussi d’une structure déjà existante dans le Groupe. Plusieurs items ont donc été piochés pour permettre d’une part d’être ingénieux dans le développement, le coût, et d’autre part pour tenir le planning. C’est ce qui permet d’avancer sans rogner aux standards qualité.
Qu’est-ce qui a été le plus difficile à avoir tout en restant à abordable ?
Grégoire Ginet : Le point de départ a été le concept présenté en novembre 2023, avec sa bouille de Twingo. Ce qui a été un défi, ça a été de finaliser la voiture pour être la plus proche du concept, s’en rapprocher au maximum en design y compris dans les détails.
LNA : Donc le concept-car a bien été présenté avant le projet, comme maquette d’intention, ou non après que le projet a commencé, comme showcar ?
Grégoire Ginet : Oui, il a été présenté comme une idée qui semblait bonne pour revenir dans le segment A. Après ce challenge design pour se rapprocher au maximum du concept-car, il y a eu un deuxième défi, pour avoir un contenu produit qui soit fort. Proposer une Twingo à 20 000 euros, on ne l’imaginait pas sans avoir le maximum de modularité, comme l’esprit de la Twingo I. Trouver le bon format, ergonomique, pour pouvoir proposer cette personnalité en série, malgré le prix contenu. Et enfin, le challenge a été de proposer une voiture moderne, même si la Grand-mère Twingo nous a inspiré sur bien des points, les attentes de confort, de sécurité ne sont plus les mêmes, de connectivité. Donc là encore, dans un package de 20 000 euros, le défi était d’intégrer au maximum la modernité, avec des aides à la conduite, l’Open R-Link et le One Pedal en série sur la Twingo E-Tech Techno…
LNA : Vous en étiez obligés par la réglementation ?
Grégoire Ginet : On aurait pu faire le choix d’avoir une Twingo sans Google et sans One Pedal. Mais on n’aurait pas eu de Twingo au contenu fort et qui se présente sous l’angle de la modernité. Et cette modernité, on l’a voulue pour simplifier l’utilisation. On n’est pas allé chercher la modernité pour dire on est moderne. D’où les sièges arrière coulissants parce qu’on sait qu’ils sont utilisés au quotidien. Le système Open R-Link aussi, on sait que tout se fera à la commande vocale, pour trouver le point de recharge facilement.
LNA : Yves Dubreil expliquait que la première Twingo avait eu le moins d’options possible pour ne pas avoir l’air appauvrie et que grâce à sa dotation, elle rassurait les clients qui n’avaient pas l’impression d’acheter du bas de gamme. Vous reproduisez donc son idée ?
Grégoire Ginet : Oui, tout à fait.
« C’est un sac à dos du quotidien »
LNA : Et avez-vous envisagé une version la plus « appauvrie » possible sans option, sans écran, sans pare-chocs peints… ?
Grégoire Ginet : Ce n’est pas l’attente qu’il semble y avoir d’une Twingo. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de place sur le marché,peut-être, et on a vraiment défendu ce contenu fort pour que ça soit une voiture qui ne soit pas qu’un prix. On essaie de proposer dans le prix un design sympa, de la fonctionnalité, de la modernité, de la facilité. Je prends souvent l’exemple du sac à dos du quotidien, il en existe beaucoup de modèles, mais quand on trouve celui qui a les poches aux bons endroits, la bonne taille, c’est celui qu’on veut toujours. On a concentré dans une voiture ces différents éléments et dans le marché du segment A, quand on croise ce qu’on souhaitait, on ne le trouvait pas. On voulait donc bien se démarquer sur cet aspect-là.
LNA : La gamme est restreinte, 4 teintes, 2 enjoliveurs, 2 jantes, 2 finitions… Est-ce que ça laisse la porte ouverte à d’autres versions dans le futur ou est-ce que ça restera comme ça ? Dit autrement, aurons-nous une série Kenzo ou une Twingo Initiale, plus luxueuse ?
Grégoire Ginet : On ne se ferme surtout aucune porte. Je pense qu’on a la chance d’avoir une voiture, c’était aussi la chance de la Twingo I, qui pouvait être facilement animée et sous plein d’aspects. Pour l’instant ça fait partie des réflexions qui viendront après le lancement. Mais on ne veut rien s’interdire.
LNA : Vous ne craignez pas d’être trop restreint au lancement ? Les R5 et C3 avait très tôt annoncé plusieurs versions différentes…
Grégoire Ginet : Mais on a aussi voulu une gamme très centrée sur l’utilisation du quotidien, c’était le choix de faire le socle économe d’1 moteur / 1 batterie, puis 2 niveaux qui se différencient en confort essentiellement pour les aides à la conduite et de systèmes embarqués. Avec 82 ch et 263 km d’autonomie, c’est un combo qui nous semble vraiment centré sur l’utilisation du quotidien, où en moyenne 35 km sont parcourus chaque jour. On a préféré apporter de la valeur dans notre montée en gamme sur des équipements plutôt que sur la puissance ou à plus d’autonomie qui seraient superflus.
LNA : Imaginer une version 100 ch comme il existe un moteur 100 ch sur la Dacia Spring, c’est possible ?
Grégoire Ginet : Rien n’est impossible mais ce n’est pas l’objectif au lancement. Parmi les retours qu’on a, de clients, on entend qu’avoir 82 ch pour 1200 kg suffisent à faire une voiture vive, que c’est une offre très bien centrée. Démarrage au stop au feu rouge, sans chercher de sportivité, elle est très agile.
LNA : Quand le projet a-t-il démarré ?
Grégoire Ginet : Je suis arrivé un petit peu après le concept, lors du jalon de pré-contrat, soit le pré-engagement de l’entreprise. C’était il y a presque 2 ans.
LNA : Qu’aviez-vous fait auparavant ?
Grégoire Ginet : J’avais travaillé sur la Clio VI, le moteur hybride E-Tech et rechargeable, et encore avant Renault Sport avec la gamme Mégane GT et R.S. Quand on aime l’automobile, il y a toujours des défis. Mais avec Twingo, ce défi d’un projet qui va vite, d’une voiture si populaire, qui a plein d’engouement, est une chance. En France, on a la chance d’avoir un modèle familier mais qui surtout attire beaucoup de sympathie.
LNA : Qu’est-ce qui vous fait penser que cette offre sur le segment A est la bonne avec la Twingo E-Tech ?
Grégoire Ginet : En tout cas, c’est complexe pour un constructeur de faire un projet viable. C’est pour ça que les offres ont peu à peu disparu, même si attention, elles sont en train de revenir. Sauf que les clients n’ont pas toujours la même utilisation à satisfaire : certains clients ont été obligés de basculer sur des modèles plus gros, plus chers, mais on sent qu’il y a une vraie attente de retrouver une utilisation du Segment A.
« C’est une synthèse qui n’existe pas sur le segment A »
LNA : Vous misez donc beaucoup sur le style mais c’est aussi un modèle rationnel ?
Grégoire Ginet : Ce qu’on a essayé, ce qu’on espère avoir avec Twingo, c’est ce combo de la voiture fonctionnelle, sympathique, moderne et à 20 000 euros. Dans l’absolu, chacun des items peut être trouvé chez la concurrence. Mais ce combo, pas du tout, ce qui fait de Twingo une offre assez unique. Et on a ce côté jovial, ce sourire, ce design que les clients vont tout de suite reconnaître, qui on l’espère va attirer la sympathie.
LNA : Quel moment, dans ces 2 ans de projet, retenez-vous le plus ?
Grégoire Ginet : Il y en a plein, et c’est vraiment inspirant de voir un travail de toutes les équipes, du design, de conception, de l’usine pour la partie industrielle aussi, qui arrivent à converger ensemble dans un produit donné. Ce qui m’a tenu le plus à cœur, c’est de pouvoir mettre en série les sièges arrière coulissants.
LNA : Il a été envisagé de s’en passer ? C’était possible d’avoir une Twingo sans banquette coulissante ?
Grégoire Ginet : Cela fait partie des questions qui se sont posées. En série ? Seulement sur un seul niveau de gamme ? J’étais content qu’on puisse le mettre en série parce que ça fait partie de l’ADN de la voiture, et on sait qu’on aurait créé de la déception si ça n’a pas été en série, mais ce sont des équipements qui font partie des questions qu’on s’est posée. Mais ce n’est qu’un exemple, il y en a plein d’autres !
Merci beaucoup M. Ginet.
