Six mois après avoir dévoilé à Birmingham la nouvelle gamme de véhicules utilitaires 100 % électriques, Renault profite de l’édition 2025 du salon Solutrans à Lyon pour présenter dans sa version définitive : le nouveau Trafic Van E-Tech Electric. Il faudra cependant être patient pour le voir dans nos rues : sa fabrication, en France à Sandouville, ne sera lancée qu’à la fin de l’année 2026. Voyons donc cette découverte comme une introduction à ce nouveau produit phare de la gamme Renault Pro+.

Renault Trafic E-Tech Electric : plus court, plus loin

Commençons par une question : cette présentation anticipée n’est-elle pas un moyen pour Renault d’occuper l’espace médiatique face au très prometteur Kia PV5 ? Le constructeur coréen a en effet frappé fort avec sa gamme PBV (Purpose Built Vehicle), et l’avantage des 100 ans d’expérience de Renault dans le monde utilitaire semble fondre comme neige au soleil. Cela, sans encore évoquer le concurrence chinoise qui va inonder le marché européen, avec laquelle le nouveau Renault Trafic e-Tech Electric devra composer.

Présenter un véhicule plus d’un an avant sa mise sur le marché relève d’un pari audacieux, mais risqué : Renault devra maintenir l’attention jusqu’à l’ouverture effective des carnets de commandes au second semestre 2026. D’autant plus que Renault reste discret sur un élément crucial : les prix. Aucune indication tarifaire n’a été communiquée lors de cette présentation, laissant les professionnels dans un flou. Renaut sera sûrement attentif au démarrage de carrière du Kia PV5 pour se positionner au mieux. 

Un silence étonnant sur Estafette et Goélette mais…

Autre sujet d’étonnement : Renault ne dit aucun mot sur l’Estafette E-Tech Electric et la Goélette E-Tech Electric, ces deux autres membres de la famille d’utilitaires électriques que nous avions évoqués en février dernier. Pourtant, ces trois véhicules partagent la même plateforme skateboard développée par Flexis, la co-entreprise de Renault Group, Volvo Group et CMA-CGM Group. Si Renault ne l’exprime pas directement, le nom Goélette ne sera tout simplement pas repris en série, et les versions ‘’plancher-cabines’’ seront donc commercialisées sous le nom Renault Trafic. Une maquette d’une version frigorifique développée avec Le Petit Forestier est d’ailleurs présentée sur le stand Renault sous ce nom.

L’Estafette, avec ses 2,60 mètres de hauteur, et avec un volume permettant au conducteur de se tenir debout dans la cabine, est cependant bien présente, mais toujours en version Prototype avec un intérieur plein. Est-elle moins prioritaire dans la stratégie commerciale de Renault ? Cette mise de côté de communication sur ce modèle au nom emblématique fait sûrement partie de l’animation de la gamme d’ici le fin de l’année 2026.

Renault Trafic E-Tech Electric : une quatrième génération qui rompt avec le passé

Comme nous l’avions détaillé dans notre précédent article sur le Trafic E-Tech Electric, cette quatrième génération marque une rupture nette avec ses devancières. Lancé en 1980 et produit à plus de 2,5 millions d’exemplaires en trois générations, le Trafic fait sa mue et abandonne définitivement le thermique pour cette nouvelle itération 100 % électrique. La version thermique sera cependant conservée au catalogue avec une fin de vie sûrement calquée sur l’évolutions des normes – une annonce européenne est prévue pour le 10 décembre 2025.

Le nouveau fourgon adopte une silhouette monovolume modernisée, plus courte avec un design épuré qui privilégie l’aérodynamisme. Exit les formes anguleuses de la génération actuelle : place à des lignes fluides, une signature lumineuse high-tech avec un bandeau rétroéclairé et un logo lumineux, et des feux arrière sculptés en 3D. Une première pour un utilitaire Renault !

Les dimensions ont été optimisées grâce à la plateforme skateboard qui place le moteur à l’arrière. Le porte-à-faux avant est réduit au minimum, permettant d’obtenir un rayon de braquage équivalent à celui d’une Clio, soit 10,3 mètres pour la version courte (4,87 m x 1,93 m d’empreinte au sol, 5,27 m pour la version longue). Avec une hauteur de 1,90 m (antenne incluse), le Trafic pourra accéder à tous les parkings souterrains, contrairement à certains concurrents comme le populaire Volkswagen ID.Buzz.

Deux longueurs, des volumes revus à la baisse

Le nouveau Trafic sera donc proposé en deux longueurs : L1 de 4,87 mètres offrant 5,1 m³ de volume utile, et L2 de 5,27 mètres pour 5,8 m³. Des dimensions légèrement inférieures à la génération actuelle (-21 cm en longueur), avec une réduction du volume utile de 0,7 à 0,9 m³ selon les versions. Un compromis assumé pour gagner en compacité et en agilité urbaine.

La largeur est également contenue à 1,92 mètre (-3,6 cm par rapport à l’actuel), facilitant la circulation en ville et le stationnement. Le véhicule ne sera plus disponible en hauteur H2 (qui représente une part infime des ventes actuelles), puisque ce rôle sera désormais dévolu à l’Estafette E-Tech Electric. Cette segmentation claire devrait permettre à Renault de couvrir l’ensemble des besoins des professionnels.

L’architecture 800V : une première chez Renault

C’est sans doute l’une des annonces les plus importantes de cette présentation : le Trafic E-Tech Electric inaugure la technologie de recharge 800 volts chez Renault. Une première pour la marque au losange, qui rattrape ainsi son retard sur certains constructeurs premium ou chinois. Cette architecture électrique permettra des recharges ultra-rapides : de 15% à 80% en environ 20 minutes sur une borne rapide en courant continu, soit 260 kilomètres d’autonomie récupérés. Une simple pause café pourra même vous faire gagner 100 km d’autonomie.

Deux capacités de batteries seront proposées : une version NMC (nickel manganèse cobalt) de 80 kWh offrant jusqu’à 450 kilomètres d’autonomie WLTP, disponible dès le lancement, et une version LFP (lithium fer phosphate) de 60 kWh pour environ 350 kilomètres, proposée dans un second temps. Cette dernière, dépourvue de métaux rares comme le cobalt ou le nickel, devrait permettre une offre plus compétitive en prix pour les professionnels travaillant essentiellement en milieu urbain.

Le moteur électrique de nouvelle génération développe 150 kW (204 ch) et 345 Nm de couple, placé sur l’essieu arrière. Une puissance qui permet une capacité de remorquage de 2 tonnes et une charge utile de 1,25 tonne, selon les chiffres annoncés par Renault (en cours d’homologation).

La révolution SDV au cœur du véhicule

Au-delà de ses performances électriques, le nouveau Trafic marque une rupture technologique avec l’introduction de l’architecture SDV (Software Defined Vehicle) développée par Ampere. Concrètement, les dizaines de calculateurs traditionnellement répartis dans le véhicule sont remplacés par un calculateur central surpuissant. Une architecture logicielle centralisée qui peut être mise à jour tout au long de la vie du véhicule, comme un smartphone.

Le système d’exploitation CAR OS, signé Ampere et associé à Android Automotive OS, permettra des mises à jour à distance en temps réel. Les professionnels pourront ainsi enrichir leur véhicule de nouvelles fonctions après l’achat, comme le système multimédia openR evo avec Google intégré, la caméra vision 360° ou encore la climatisation régulée.

Cette connectivité permanente ouvrira également la voie à une intégration de l’écosystème des entreprises directement dans le système multimédia. Les sociétés disposant de leur propre logiciel de gestion de livraisons pourront l’intégrer dans le véhicule pour transmettre les informations en temps réel au chauffeur-livreur.

Renault Trafic E-Tech Electric : un habitacle pensé pour les professionnels

À bord, le Trafic E-Tech Electric propose un poste de conduite moderne avec une planche de bord au design disruptif, structurée autour d’une forme tubulaire traversante. Deux écrans numériques équipent le cockpit : un cluster de 10 pouces et un écran central carré de 12 pouces orienté vers le conducteur, le plus grand de la gamme des véhicules utilitaires Renault.

Les rangements ont été particulièrement soignés, avec pas moins de 3 porte-gobelets, 1 porte-document sous l’écran central, 3 zones de rangement derrière le cluster, 1 profonde tablette côté passager, et 1 vaste zone de dépose derrière la planche de bord. Cette dernière, composée de 50 % de matières végétales, témoigne de l’engagement environnemental de Renault.

Pour Jan Ptacek, le nouveau directeur des véhicules utilitaires Renault nommé au 1er juillet 2025, « le plus impressionnant est que nous répondons à tous les besoins de nos clients professionnels (…) avec la capacité d’aller dans le détail pour répondre aux demandes finales ».

La sellerie associe tissus gris et blue-jean Zeta, avec des surpiqûres jaunes sur le gris et blanches sur le blue-jean en option. Serait-ce un clin d’œil aux selleries des versions Techno de la Renault 4 et la Renault 5 e-Tech Electric ? Ces touches de jaune constituent la signature de la finition haute, qui ne sera pas disponible sur l’Estafette.

Des services connectés pour optimiser l’usage

Le nouveau Trafic introduit plusieurs innovations en matière de services connectés. Le Safety Coach, alimenté par l’intelligence artificielle, évalue en temps réel les risques auxquels le conducteur est confronté et fournit un score sur 100 à la fin de chaque trajet, accompagné de conseils personnalisés. Une idée reprise des véhicules particuliers de la marque. 

La maintenance prédictive, déjà présente sur les modèles actuels, gagnera en précision grâce à l’architecture SDV. L’usure des composants clés pourra être identifiée à distance, permettant d’anticiper les réparations et d’optimiser la disponibilité des véhicules. Une fonctionnalité particulièrement utile pour les gestionnaires de flottes.

Le véhicule offrira également des fonctionnalités V2L (Vehicle-to-Load) et V2G (Vehicle-to-Grid), permettant d’alimenter des appareils externes ou de restituer de l’énergie au réseau électrique grâce au chargeur bidirectionnel. Une option qui sera sûrement plus utilisée dans le monde professionnel que chez les particuliers.

Renault Trafic e-Tech Electric : Made in Normandie

Reste une excellente nouvelle qu’il convient de souligner avec force : le nouveau Trafic E-Tech Electric sera produit en France, dans l’usine Renault de Sandouville en Normandie. Rien à voir avec la chanson de Stone et Charden cependant ! Les cellules de batteries seront toutes produites en Europe et assemblées sur place. Une production locale qui garantit non seulement le maintien d’emplois industriels en France, mais aussi une meilleure maîtrise de la qualité et des délais.

L’usine normande continuera également à produire le Trafic thermique actuel, qui poursuivra sa carrière commerciale avec un probable restylage d’ici la fin de la décennie. C’est sur ce même site que seront réalisées les conversions les plus demandées par les clients,: châssis cabine, plancher cabine, benne, plateau ou cargo box. Pour les personnalisations sur-mesure, Renault pourra s’appuyer sur son réseau de 300 carrossiers partenaires agréés Renault Pro+.

« L’intégration des versions les plus demandées à l’usine permet d’être plus rapide à la commande, avec la continuité de garantie (plateau ridelle, grand volume, cabine approfondie avec rang 2)« , indique Jan Ptacek. Le service Qstomize est destinée quant à lui aux flottes, qui aurait un besoin d’un aménagement spécifique sur une petite série. 

Une architecture qui fera école

Si le Trafic inaugure l’architecture 800 volts chez Renault, il ne restera pas longtemps seul chez Renault. La marque a en effet annoncé que la Renault 5 Turbo 3E, attendue dans un tout autre registre, adoptera également cette technologie de recharge rapide. Une convergence technologique entre véhicules particuliers sportifs et utilitaires professionnels qui témoigne de la cohérence de la stratégie électrique de Renault.

Le constructeur vise par ailleurs un taux de matières circulaires au-delà de 23 % (batterie incluse) sur le Trafic, proche de la performance de la Renault 4 E-Tech Electric à 26 %. Sur les plastiques spécifiquement, le véhicule devrait atteindre un taux supérieur à 15 % de plastiques recyclés, confirmant la position de Renault comme leader dans ce domaine.

Un pari sur l’avenir pour le Renault Trafic e-Tech Electric

Avec cette présentation (très, voire trop ?) anticipée du Trafic E-Tech Electric à Solutrans, Renault mise sur sa capacité à maintenir l’intérêt jusqu’à la commercialisation fin 2026. Un pari qui n’est pas sans risque dans un marché en pleine mutation, où les annonces de nouveaux modèles électriques se multiplient.

Les premiers véhicules sortiront des chaînes de production à partir de fin 2026, laissant un délai conséquent à la concurrence pour riposter. Le Kia PV5, notamment, pourrait bien être le bâton dans les roues du Trafic et prendre des parts de marché importantes, tandis que l’armada d’utilitaires Stellantis (ë-Jumpy, e-Expert, e-Scudo, e-Vivaro…) a déjà été renouvelée en 2024.. Reste à savoir si l’architecture 800V, la technologie SDV et la production française suffiront à convaincre les professionnels d’attendre le nouveau-né de Sandouville plutôt que de se tourner vers des alternatives déjà disponibles. Une chose est certaine : la quatrième génération du Trafic marque un tournant technologique majeur pour Renault Pro. Et saluons qu’il soit toujours produit en France !

Photos : Guillaume A.

Les photos officielles :

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