Le Nouvel Automobiliste

Nouvelles Dacia Sandero, les interviews (3/3) : Discussion autour des motorisations

Il y a des têtes que nous rencontrons à différents moments de la vie d’une marque, et c’est le cas de Grégoire Ginet (à droite en photo, rencontré à l’Atelier Renault). Il a aussi un rôle clé puisqu’il est directeur marketing des motorisations de Renault. Ingénieur en mécanique de formation, il est passé par Renault Sport et s’est occupé du marketing des motorisations électriques. Nous sommes rejoints au cours de l’interview par Loïc Bouttier (à gauche sur la photo), ingénieur en cher de tous les blocs GPL et GNV du groupe Renault.

Le Nouvel Automobiliste : Bonjour Grégoire Ginet, quel est votre rôle en tant que Directeur Marketing des motorisations ? 

Grégoire Ginet : Dès qu’il y a une actualité motorisation ou boîte de vitesse, nous avons en charge d’expliquer le contenu d’une part, et préparer la commercialisation par ailleurs, aussi bien sous l’angle client, du site internet aux brochures, ou des opérations de communication. Nous avons également un rôle interne avec la formation du réseau. Sans avoir touché aux aspects purs et durs de la conception, ma formation d’ingénieur me permet aussi de bien faire le lien entre le travail des équipes d’ingénierie, toute leur passion et leur énergie, jusqu’à l’introduction commerciale.  

Le domaine de la motorisations est passionnant, car au-delà des aspects technologiques, il faut répondre aux attentes des clients et des politiques différentes à travers le monde. Le périmètre est très large. Il y a des équipes qui sont spécialisées sur des technologies et je suis notamment accompagné de Loïc Boutier, qui se consacre au GPL. 

Côté marketing, notre rôle est de synthétiser tout ce qui a été fait par le développement pour le rendre limpide au plus grand nombre. Mais aussi mettre en avant les bénéfices pour le client. Nous sommes en plus dans l’optique d’avoir une offre large, pour répondre aux différents usages.

Pour la nouvelle Dacia Sandero, nous avons une offre ciblée sur l’essence. Il n’y a plus d’offre diesel, par contre, il faut penser aux clients qui avait l’usage de cette motorisation : avoir une voiture moins chère à l’usage, ou du moins, à la pompe globalement. Notre réponse est donc le GPL.

Il y a plusieurs raisons : sur les ventes à particuliers de ce segment, la part du diesel chute. Et pour nos clients qui roulaient déjà en essence sur la précédente Dacia Sandero, nous proposons deux moteurs. Le 3 cylindres atmosphérique SCe de 65 ch, qui répond à la clientèle qui veut un prix bas à l’achat, une consommation raisonnable et un usage urbain. Il ne sera pas proposé en France sur la version Stepway.

LNA : Est-ce le moteur qui est proposé sur la Renault Twingo ?

GG : Oui, tout à fait, il est fabriqué à Pitesti. La seconde offre moteur est un 3 cylindre 1.0 l Turbo, qui propose 90 ch qui se nommé TCe (fabriqué à Pitesti et Valladoid). Il se décline avec 2 boîtes de vitesses, une boîte manuelle à 6 rapports. Son étagement permet une optimisation des consommations sur voies rapides grâce au 6e rapport. La proposition automatique se base sur une boîte de type CVT, qui est une nouvelle offre sur la gamme Dacia. La technologie est plus douce que l’ancienne boîte robotisée Easy-R. Et le surcoût permet de répondre à aux objectifs recherchés par le client Dacia : l’économie.

Grégoire Ginet, à droite sur la photo

LNA : Une boite CVT est moins chère à produite ?

GG : Pas nécessairement moins cher à produire, elle est plus efficace pour l’utilisateur. Le client va gagner en qualité de passage des rapports, puisque c’est une transmission continue, sans à-coups. Elle devrait séduire les clients urbains de Dacia.

Enfin, la dernière offre est basée sur le même moteur accompagné de la boîte manuelle 6 vitesses, et adopte la bicarburation essence et GPL. Avantage pour le client : une offre très pragmatique qui lui permet de rouler à l’essence ou au GPL, avec un réservoir porté à 40 l, associé au réservoir essence de 50 l, permet au client une autonomie de 1300 km. En GPL, elle est supérieure à 500 km. En sachant qu’en France, le GPL est proposé à 0,80 €/l, et que 20 % des stations-services propose le GPL. 20 %, c’est aussi la part des volumes de la gamme GPL chez Dacia en 2020 en France. Il y a des pays comme en Italie où la part dépasse les 60 %.

Nous pensons que la part du GPL continuera à augmenter. Elle permet de répondre à une part de la transition écologie. Sur la Dacia Sandero, les émissions de CO2 sont inférieures de 12 % par rapport à la version 100 % essence. Dans certaines régions de France, la carte grise est proposée avec 50 % de réduction, voire est totalement gratuite. Il n’y a pas de petites économies pour nos clients Dacia ! Il en est de même pour l’entretien. Nos moteurs sont équipés d’une chaîne de distribution [comme dans les vieux moteurs Cléon ! NDA].

LNA : Est-ce que l’offre moteur présentée va évoluer ? Nous pensons notamment à la boîte CVT qui n’est disponible que sur un seul moteur…

GG : Nous réfléchissons à l’associer à l’offre GPL en effet, mais rien n’est décidé pour l’instant. La Dacia Sandero se vend essentiellement en boîte manuelle, avec une part plus élevée que la moyenne du segment B. Il n’y a pas d’impossibilité technique.

LNA : L’offre moteur de la Dacia Sandero est désormais calquée sur la Renault Clio, que lui reste-t-il pour convaincre ?

GG : Ça a toujours été le cas, Dacia a toujours récupéré des moteurs Renault. Certes, éprouvés dans le passé, mais la phase de transition énergétique impose d’utiliser des moteurs plus actuels. A nos yeux, il reste une philosophie différente entre les deux marques. Les deux modèles ont conservé le même gap malgré leurs évolutions respectives. La Dacia Sandero sera d’office proposée avec les évolutions Euro 6d full. La gamme moteur sera globalement adapté en 2021, avec quelques rationalisations dans la gamme moteur.

LNA : Nous avons testé le Dacia Duster GPL (essai à venir prochainement), et il était surprenant de ne pas avoir de suivi de consommation. L’erreur sera-t-elle réparée sur la Dacia Sandero ?

Loïc Bouttier : L’ensemble des informations seront regroupées dans la planche de bord. Contrairement au Dacia Duster qui avait un bouton déporté avec les diodes de niveaux du réservoir. Le véhicule d’essai presse que vous avez eu était une pré-série et il sera bien présent sur les modèles à venir ! Il y a également eu une amélioration sur le régulateur de vitesse.

Loïc Bouttier, à gauche sur la photo

LNA : Entre le mode essence et GPL, y-a-t-il pour le client une différence d’agrément ?

LB : En faveur du GPL, oui. Il y a plus de couple et plus de puissance, grâce à la cartographie du moteur qui exploite le plein potentiel de l’indice d’octane du gaz, pour améliorer le rendement du moteur et de la combustion. Côté consommation, elle augmente de l’ordre de 20 % en mode GPL. C’est normal, ce sont les lois de la physique, tout simplement parce qu’un moteur fonctionne en masse. Le pouvoir calorifique est presque le même entre l’essence et le gaz. Mais l’essence pèse 740 g/l et le gaz pèse 540 g/l. Nous arrivons donc à gérer le même CO2 d’un diesel et un coût carburant inférieur à un diesel.

LNA : Avec ces données, n’êtes-vous pas tentés d’augmenter le volume du réservoir gaz en défaveur du réservoir essence ?

LB : La question se posera pour le futur. Aujourd’hui, la première étape est d’avoir augmenté la quantité de gaz dans le réservoir, pour donner de l’autonomie, vérifier que les clients arrivent à rouler en tout autonomie en GPL. Nous avons déjà des retours, nous savons qu’il y a des clients qui roulent quasiment sans essence. Nous avons ces retours d’information via le calculateur lors des entretiens et certains atteignent 96% d’usage gaz !

Il y a 10 ans, cette façon de rouler avait des incidences sur la qualité. Aujourd’hui, il n’y a plus d’incidence sur la fiabilité moteur, c’est sûr. L’avantage du gaz, c’est qu’il n’y a pas de liquide, donc pas de dilution. Pas de dilution d’huile, pas de particule, donc pas de carbone dans l’huile : ça se voit lors des vidanges. Et il n’y a globalement pas d’usure du moteur. Un article de presse roumain a rapporté qu’un taxi Dacia Logan avait fait 1 008 000 km avec la première génération sans changement de moteur !

LNA : Le GPL, c’est bien, mais en plus des 80 % des stations-services non équipées, une partie des 20 % restantes ont des horaires restreints pour faire le plein de GPL. Est-ce qu’en tant que constructeur, vous pouvez avoir du poids sur ce constat ?

LB : C’est en train de changer. Nous avons travaillé il y a 3 ans avec le CFBP [Comité Français Butane Propane, NDA] pour leur présenter notre plan, et ils ont pris la question avec une certaine inertie. Mais les effets commencent à se faire sentir pour que les stations-services passent en 24h/24h la distribution GPL. Vous avez peut-être remarqué depuis un an, beaucoup de stations-services ont fermé pour une remise à niveau. Un des faits marquants est que la pompe GPL n’est plus mise à l’écart mais intégrée aux autres.

GG : Nous parlions de 20 % de stations-services GPL, mais elles sont très ramifiées. Notamment, l’offre sur autoroute est généralisée.

LNA : Merci Messieurs.

Interview : Guillaume AGEZ pour Le Nouvel Automobiliste
Clichés : François Mortier pour Le Nouvel Automobiliste 

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