Direction Kering pour le directeur général du groupe Renault, devenu en 5 ans à son poste la figure emblématique du redressement du Losange, qu’il a baptisé du nom de « Renaulution ». Un départ qui surprend, à quelques semaines de l’annonce du nouveau plan stratégique de l’entreprise, intitulé « Futurama ».
Luca de Meo : cinq années de Renaulution
Arrivé à la tête du groupe Renault le 1er juillet 2020, Luca de Meo est un « car guy », un homme du sérail, connu pour avoir accompagné le lancement de la Fiat 500 en 2007 puis pour avoir dirigé Seat et créé la marque Cupra au sein du groupe Volkswagen. Sa présence chez Renault sonnait comme un retour aux sources, puisque le dirigeant d’origine italienne avait commencé sa carrière chez Renault dans les années 1990, à l’occasion du lancement de la première génération de Mégane.
Sous la direction de « Luca », Renault est passé des ténèbres aux lumières, connaissant à la fois une annus horribilis en 2020 marquée de lourdes pertes financières et le contexte complexe de la succession de Carlos Ghosn, jusqu’aux lancements réussis accumulés en 5 ans.

Production en France promue avec les Mégane, R5, R4 et Scénic électriques, Alpine positionnée sur une rampe de lancement avec une véritable gamme indépendante de plusieurs modèles, transformation des activités sportives avec la mise en sommeil de Renault Sport et l’investissement en Hypercar, jusqu’à l’arrivée de Dacia en compétition, Luca de Meo a permis aux marques du Groupe Renault, devenu sous sa direction Renault Group, de connaître un nouvel essor.
Myriade de lancements, coups de com’ permanents avec de nombreuses publicités et autant de concepts cars et de projets originaux, Luca de Meo embarque l’ensemble du Losange et traverse les coups durs, de l’abandon du marché russe en 2022 aux difficultés sportives et à la fermeture du département moteur de Formule 1, sans compter le lancement reporté en bourse d’Ampere pour soutenir le développement de l’électrique dans le groupe.
Direction Kering pour Luca de Meo
Un tel départ interroge, au moins autant que celui de son alter ego chez Stellantis, Carlos Tavares, ancien… directeur général de Renault lui aussi. Parce qu’il semble impromptu, plus encore que celui du « psychopathe de la performance » (Carlos Tavares se surnommait ainsi) qui traversait des résultats financiers en chute. Tout l’inverse de Luca de Meo, porté aux nues pour avoir redressé Renault.
Encore ce weekend du 14 juin, on le voyait au sein du stand Alpine pour accompagner les 24 Heures du Mans de l’Alpine A424 ; dernièrement, c’est le 27 mai pour la présentation de l’A390 à Dieppe qu’il s’était déplacé.

Le 15 juin 2025 sonne donc l’heure du départ de Luca de Meo de chez Renault, d’abord annoncé par le Figaro puis confirmé par l’entreprise, qui déclare :
« Après 5 années à la tête de Renault Group, Luca de Meo a fait part de sa décision de quitter ses fonctions afin de relever de nouveaux défis en dehors du secteur automobile. Le Conseil d’administration, réuni par son président Jean-Dominique Senard, a tenu à remercier Luca de Meo pour le redressement et la transformation de Renault Group, et a accepté que son départ soit effectif le 15 juillet 2025. Luca de Meo continuera d’exercer ses fonctions jusqu’à cette date.
C’est le groupe de luxe et de mode Kering que Luca de Meo va rejoindre, en pleine transformation après un exercice 2024 dans le rouge notamment en raison du ralentissement du marché asiatique. Kering, l’ancien groupe « Pinault-Printemps-La Redoute », avait jusqu’à présent conservé une direction familiale, François-Henri Pinault ayant succédé à son père, François Pinault. Mais, âgé de 63 ans, François-Henri Pinault devrait ne conserver que la Présidence de Kering, laissant la direction générale à Luca de Meo (58 ans).
Ce dernier a déclaré :
« Il arrive un moment dans sa vie où l’on sait que le travail est accompli. Chez Renault Group, nous avons relevé des défis immenses, et ce en moins de 5 ans ! Nous avons fait ce que beaucoup pensaient impossible. Aujourd’hui, les résultats parlent d’eux-mêmes : les meilleurs de notre histoire. Une équipe solide. Une organisation agile. Et un plan stratégique prêt à porter la prochaine génération de produits. C’est pourquoi j’ai décidé qu’il était temps pour moi de passer le relais. Je quitte une entreprise transformée, tournée vers l’avenir, afin de mettre mon expérience au service d’autres secteurs et de vivre d’autres aventures. Diriger Renault Group a été un privilège. Une aventure humaine et industrielle qui n’arrive qu’une fois dans une vie. Pour cela, je serai toujours reconnaissant aux femmes et aux hommes de cette maison — les “Renaulutionnaires” — pour leur passion, leur engagement, leur conviction… Ce sont eux les vrais moteurs. Par ailleurs, je tiens à remercier Jean-Dominique Senard pour m’avoir choisi il y a quelques années, pour son soutien et sa confiance, ainsi que le Conseil d’administration, qui a cru en nos projets. Et le meilleur reste à venir… ».
Quel avenir pour Renault après Luca de Meo ?
Renault a annoncé le 15 juin qu’un plan de succession avait été défini :
« Le Conseil d’administration a lancé le processus de désignation d’un nouveau Directeur Général sur la base du plan de succession déjà défini. Le Conseil d’administration a exprimé sa confiance dans la qualité et l’expérience de l’équipe de direction pour poursuivre et accélérer la stratégie de transformation de Renault Group dans cette nouvelle phase.
Trouver le bon successeur pourrait s’avérer long : on a vu Stellantis attendre plus de 6 mois avant de nommer Antonio Filosa, candidat interne au groupe italo-franco-américain, comme successeur de Carlos Tavares, après des recherches en dehors. Et le contexte n’est pas idéal, puisque l’ensemble de l’industrie automobile se transforme : sur fond de ralentissement de l’électrification en Europe, Renault cherche à se rapprocher du chinois Geely et à réduire sa dépendance d’avec Nissan, en difficulté.

Même si les bases sont solides, et que Renault possède de nombreux produits prêts à être lancés, un tel départ ne laisse pas indifférent. Et quand on sait qu’il a fallu près de 2 ans à Renault pour trouver un successeur à Carlos Ghosn, on ne peut qu’espérer que cette fois, le processus soit plus rapide.
Candidature interne, à l’image de Denis Le Vot (directeur de Dacia), Philippe Krief (Alpine) ? Ou candidature externe, où de récents dirigeants français ont quitté leurs fonctions (Thierry Koskas, ex-directeur de Citroën, passé chez Renault par le passé) ou n’ont pas été choisis (Maxime Picat, haut dirigeant chez Stellantis, précédemment directeur général de Peugeot) ? Voire Wayne Griffiths, dirigeant partant de Seat comme… Luca de Meo en 2020 ? Les pistes sont nombreuses, mais le candidat idéal, certainement difficile à trouver.