Il y a quelques mois encore, les constructeurs chinois semblaient invincibles. Croissance insolente, prix cassés, offensive tous azimuts en Europe. L’analyse publiée le 15 mai par le Handelsblatt dresse un tableau très différent : le bénéfice net cumulé de dix grands groupes automobiles chinois s’est effondré de 44 % au premier trimestre 2026, à seulement 1,9 milliard d’euros. La guerre des prix qu’ils ont eux-mêmes lancée est en train de les dévorer.
BYD −58 %, Geely −30 %, Changan −75 %
Même les géants ne sont pas épargnés. BYD, le champion mondial du véhicule électrique, voit son résultat net plonger de 58 % à environ une demi-milliard d’euros — la plus forte baisse depuis six ans. Geely, propriétaire de Volvo et actionnaire de Mercedes-Benz, recule de 30 % à 515 millions d’euros malgré une hausse de son chiffre d’affaires. Changan, constructeur d’État, s’effondre de 75 % à seulement 43 millions d’euros.
Le PDG de BYD, Wang Chuanfu, ne mâche pas ses mots. Il décrit la situation actuelle comme une « phase knockout brutale ». Plus de 100 marques se disputent les faveurs des acheteurs sur le seul marché intérieur chinois. Dans cet environnement, les marges ne résistent pas.
Les causes : un cocktail explosif
La guerre des prix n’est que l’une des causes. S’y ajoutent une demande intérieure plus faible qu’anticipée, des usines sous-utilisées, une hausse des coûts de matières premières liée au conflit en Iran, et un contexte macroéconomique difficile — crise immobilière, chômage élevé chez les jeunes adultes. Résultat : de nombreux Chinois reportent leur achat de voiture. Ce sont les petites marques qui souffrent le plus, mais même les leaders trinquent.

Pour mémoire, sur le même trimestre, les constructeurs européens n’ont guère mieux fait : Volkswagen, Mercedes et BMW réunis n’ont dégagé qu’un EBIT de 6,4 milliards d’euros, en recul de 23 % sur un an. La crise de rentabilité automobile est bien mondiale.
Leapmotor toujours dans le rouge — une épine pour Stellantis
Un chiffre mérite une attention particulière : Leapmotor, le constructeur chinois dans lequel Stellantis détient 21 % des parts, reste déficitaire avec des pertes qui progressent encore à 49 millions d’euros au premier trimestre. Ce n’est pas anodin, car Stellantis vient précisément d’annoncer son projet E-Car, une petite électrique à moins de 15 000 € attendue pour 2028, dont la technologie s’appuierait en partie sur ce partenariat. Si le fournisseur technologique choisi n’arrive pas à atteindre la rentabilité sur son propre marché domestique, la question de la solidité industrielle de toute la chaîne se pose légitimement.

C’est l’une des contradictions du pari de Carlos Tavares — puis d’Antonio Filosa après lui : miser sur un partenaire chinois pour conquérir l’entrée de gamme européenne au moment précis où le modèle économique de ce partenaire est sous tension maximale.
L’arroseur arrosé
Il y a quelque chose d’ironique dans ce retournement. Les constructeurs chinois ont cassé les prix pour gagner des parts de marché — en Chine d’abord, en Europe ensuite. Ils ont réussi à mettre sous pression l’ensemble de l’industrie mondiale. Mais ils ont aussi semé les graines de leur propre crise de rentabilité. Dans un marché à 100 marques où personne ne veut lâcher du terrain, la guerre de tranchées détruit de la valeur pour tout le monde.
Pour suivre les résultats financiers de BYD en temps réel, direction le site officiel BYD France.