Il y a 30 ans, Mercedes réussissait le tour de force de suivre le mouvement tout en innovant : avec le lancement de la Mazda MX-5, puis des Fiat Barchetta, MG F, Porsche Boxster et BMW Z3 (qui avait carrément séduit James Bond dans Goldeneye), les roadsters étaient redevenus cools et Mercedes n’allait pas laisser passer cette occasion. Et plutôt que d’arriver en suiveur, la marque à l’Etoile a décidé de nous faire prendre le soleil avec une belle innovation qui allait marquer le segment des cabriolets pour les deux décennies à venir : la Mercedes SLK a installé le toit rigide escamotable dans le paysage automobile. Il est grand temps de lui rendre hommage !

Mercedes SLK

Porsche et Mercedes sous le même toit… ouvrant

Lorsque Mercedes dévoile le concept SLK au Salon de Turin en 1994, le petit roadster, encore à l’état de show car, va déterrer une idée des années 30 : celle du coupé-cabriolet à toit rigide escamotable. C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures découvrables, paraît-il, et l’inspiration remonte quelques décennies plus tôt. Dès les années 1930, l’ingénieur français Georges Paulin l’avait concrétisée sur les Peugeot 301, 401, 402 et 601 Eclipse produites par Pourtout et Darl’mat, permettant déjà de passer d’un élégant coupé à un cabriolet en quelques manipulations.

Il aura donc fallu attendre plus de soixante ans pour qu’un constructeur s’empare à nouveau du concept et le fasse entrer dans l’ère moderne. Au Salon de Turin puis à Paris quelques mois plus tard, Mercedes présente deux études SLK dont la seconde inaugure un spectaculaire toit métallique électrohydraulique repliable en 25 secondes. Le public est conquis. Et Mercedes est conforté dans sa démarche. Deux ans plus tard, la première génération du Mercedes SLK (code R170) arrive sur le marché tout en le bousculant.

 

Il est amusant de noter que le toit de la Mercedes SLK est un peu l’œuvre de… Porsche ! En effet, les deux voisins de Stuttgart ont créé une JV au milieu des années 90 pour développer et produire des systèmes de toit automobiles : Car Top Systems (CTS). Spécialisée dans… vous l’avez deviné, vu le nom, CTS a signé les toits de toutes les générations de SLK, mais aussi ceux de nombreuses Porsche, des Peugeot 308 CC, Cadillac XLR, Ferrari California ou plus près de nous, Fiat 500C, BMW Z4 et MG Cyberster. Passée sous le giron de Magna en 2005, CTS appartient désormais à l’allemand Mutares depuis quelques mois.

Quant au nom SLK, il signifie Sportlich Leicht Kurz. Que vous pouvez traduire par Sportif Léger Court… si jamais vous n’appartenez pas à cette race supérieure qui parle allemand (désolé si vous avez fait espagnol LV2, mais sachez que je vous méprise secrètement).

Mercedes SLK R170 : hier kommt die Sonne

Présentée en 1996, la première génération reprend l’esprit des roadsters Mercedes d’antan, notamment la 190 SL des années 1950. Dessinée sous la direction de Bruno Sacco, elle adopte des proportions compactes, un long capot au double bossage, un habitacle rejeté vers l’arrière et surtout ce fameux toit baptisé Vario-Roof (ou Vario-Dach, en germain) qui transforme la voiture de coupé en cabriolet en seulement 25 secondes.

La gamme s’articule d’abord autour de moteurs quatre cylindres essence. Le SLK 200 développe 136 ch, tandis que les versions Kompressor font appel à un compresseur mécanique (vous vous en doutiez, vu le nom…), spécialité de Mercedes à la fin des années 1990. Le SLK 200 Kompressor affiche 163 ch et le SLK 230 Kompressor atteint 193 ch. Ces mécaniques offrent des performances déjà très honorables tandis que le plaisir réside non seulement dans le concept du coupé-cabriolet mais aussi dans son look réussi voire dans ses couleurs vives. On va finir par être nostalgique des années 90 !

Le succès dépasse rapidement toutes les prévisions de Stuttgart. Avant même le lancement commercial, les délais de livraison s’allongent considérablement et la production peine à suivre la demande. Au total, la R170 sera produite à plus de 311 000 exemplaires (dont un a fini entre les mains de mon pote Laurent), un résultat remarquable dans l’univers des roadsters premium.

En 2000, la SLK reçoit un restylage qui modernise sa présentation et enrichit sa gamme. Les versions à compresseur se voient améliorées tandis que Mercedes introduit des versions plus ambitieuses en partant du principe que 6, c’est mieux que 4. La SLK 320 reçoit ainsi un V6 de 218 ch, alors que la spectaculaire SLK 32 AMG inaugure un V6 3,2 litres suralimenté développant 354 ch. Avec un 0 à 100 km/h réalisé en un peu plus de cinq secondes, cette version AMG fait entrer le roadster dans la cour des sportives et accompagne la montée en puissance d’AMG au début des années 2000, en pleine course à l’armement face aux rivales de Bavière.

Mais l’importance historique de la Mercedes SLK R170 dépasse largement ses performances. Avec son toit rigide escamotable, elle ouvre une voie que toute l’industrie va bientôt emprunter. La Peugeot 206 CC, lancée en 2000, démocratise définitivement la formule et transforme le coupé-cabriolet en phénomène de société. Suivront les Peugeot 307 CC, 207 CC et 308 CC, Renault Mégane Coupé-Cabriolet, Volkswagen Eos, Volvo C70, Opel Tigra TwinTop et Astra TwinTop, Ford Focus Coupé-Cabriolet, Nissan Micra CC ou encore Daihatsu Copen pour ne citer quelques exemples ! Pendant une quinzaine d’années, le toit rigide rétractable devient presque incontournable.

Le roadster SLK n’est bien entendu pas le plus vendu de tous, en raison de son positionnement, mais c’est lui qui a lancé la mode. Mieux encore, l’éternel rival BMW finira par adopter le concept du toit rigide escamotable sur son Z4 (E89) en 2009. Non seulement la Mercedes SLK a rencontré son époque, celle du renouveau des cabriolets et des roadsters, mais elle a créé la sienne : celle des toits rigides escamotables. Et dire que vous achetez des SUV à toits non ouvrants de nos jours… Vous me faites honte !

Mercedes SLK R171 : la SLK aux airs de SLR

En 2004 arrive la deuxième génération, connue sous le code R171. Plus longue, plus large, plus rigide et plus sophistiquée, elle abandonne les rondeurs de sa devancière pour adopter un style beaucoup plus agressif inspiré de la spectaculaire SLR McLaren. Son museau pointu lui vaut rapidement le surnom de « nez de Formule 1 ».

Cette génération introduit une innovation dont les propriétaires de 308 CC ont eu le plaisir de profiter quelques années plus tard. Les propriétaires de DS Numéro 8 aussi, si jamais ils existent, vous me direz… Bref, voici le système Airscarf qui diffuse de l’air chaud au niveau de la nuque et permet de rouler décapoté même lorsque les températures baissent. Autrement dit, vous n’avez plus aucune excuse pour rouler toit fermé. Le toit Vario-Roof est perfectionné, la rigidité progresse sensiblement et les boîtes automatiques 7G-Tronic font leur apparition.

Sous le capot, Mercedes élargit l’offre. Au lancement, la gamme comprend une SLK 200 Kompressor de 163 ch, une SLK 350 animée par un V6 3,5 litres de 272 ch tandis que la gamme est coiffée par la SLK 55 AMG, équipée d’un V8 atmosphérique de 5,4 litres développant 360 ch qui décoiffe.

La carrière du R171 verra ensuite apparaître les SLK 280 et SLK 300 de 231 ch ainsi qu’une évolution du SLK 350 culminant à 305 ch. Et franchement, lorsqu’on y repense, la SLK 55 AMG incarne la définition même du jouet pour adulte hédoniste : un gros V8 atmosphérique installé dans un roadster compact à propulsion. Une formule qui manque cruellement au marché automobile de nos jours. Non, vraiment, quelle idée de vous acheter des SUV à toit fixe…

Mercedes SLK R172 : magique contrôle céleste

La troisième génération, lancée en 2011, marque une nouvelle évolution du concept. Inspirée stylistiquement par la SLS AMG, elle adopte une silhouette plus élégante et plus statutaire.  La technologie continue de progresser avec l’apparition du toit panoramique Magic Sky Control dont la transparence peut être modifiée électriquement. De quoi pouvoir admirer les 99 Luftballons même avec le toit fermé. Enfin, en option, ça reste une Mercedes !

La gamme devient également plus diversifiée que jamais. Aux traditionnels quatre cylindres essence de 184 à 204 ch s’ajoutent, au risque de faire hurler les puristes qui hurlent aujourd’hui sur l’électrique, des versions diesel SLK 200 CDI et SLK 250 CDI. Le V6 3,5 litres développe désormais 306 ch tandis que la gamme est de nouveau coiffée par la SLK 55 AMG qui défrise toujours avec son V8 atmosphérique de 5,5 litres développant 421 ch.

Lorsque Mercedes rebaptise le modèle SLC en 2016 afin de souligner sa proximité avec la Classe C, plus de 670 000 SLK ont déjà trouvé preneur depuis 1996. Mais le monde a changé. Les SUV triomphent, les cabriolets reculent et les toits rigides escamotables passent de mode. La SLC disparaît en 2020 sans successeur direct. Fini la possibilité de regarder les étoiles depuis un roadster compact à l’Etoile…

Mercedes SLK : disparition d’une étoile

Mercedes SLK

Le soleil se couche sur les coupé-cabriolets, la SLK devenue SLC s’éteint sans avoir de remplaçante. Aujourd’hui, la gamme Mercedes ne compte plus qu’une seule découvrable au catalogue, le cabriolet CLE (à capote en toile), tandis que le reste de la gamme abandonne progressivement les toits ouvrants pour de bêtes verrières fixes. Pour le premium et le plaisir de conduire, on repassera. L’époque est-elle devenue aseptisée à ce point ?

Pourtant, trente ans après ses débuts, la première génération de SLK continue de se rappeler à notre bon souvenir quand on a le plaisir d’en croiser une sur la route. Vivement qu’on sorte de la crise du secteur automobile pour que les constructeurs nous offrent des voitures passion relativement abordables… et vivement que le public ose à nouveau la différence ! En attendant, vous pouvez choisir entre une centaine de SUV sur le marché. Alors, heureux ?

Sources : Grokipedia, N-TV, Mercedes

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