Le Nouvel Automobiliste
essai suzuki jimny boite automatique

Essai Suzuki Jimny BVA : l’atout 4 saisons

Les traits de son design iconique ont traversé les années sans jamais oublier ses origines. Les générations se sont succédées depuis 50 ans, toujours en gardant l’essence de ce qui a fait son succès. Ses phares ronds caractéristiques accompagnent une silhouette aussi intemporelle que reconnaissable. Ses performances hors-normes la hissent assurément parmi les meilleures de sa catégorie. Non, on ne parle pas de la dernière génération de la Porsche 911, mais bien du 4e millésime du Suzuki Jimny. La confusion est pourtant possible sur de nombreux points, y compris les chiffres de ventes. En effet le baroudeur japonais s’est écoulé à 1 824 exemplaires sur le territoire français en 2019, dont 1 151 modèles en véhicules particuliers : précisément le nombre de Porsche 911 immatriculées en France l’an passé.

essai Suzuki Jimny 2019 boite auto

Le Suzuki Jimny a réalisé un bien meilleur lancement qu’espéré en 2019 malgré de forts malus écologiques dus à une motorisation écologiquement trop peu efficiente qui émet jusqu’à 198 g de CO2 par km selon le cycle WLTP. Plus concrètement, si vous décidiez de craquer pour ce nouveau Jimny en boîte automatique, il fallait rajouter 10 980 € de malus écologique (!), soit plus de la moitié du prix du véhicule. Cela n’est maintenant plus que de l’histoire ancienne puisque le modèle a été retiré de la commercialisation début 2020. Suzuki prévoit néanmoins un retour en 2021, malheureusement pas avec une motorisation plus adaptée aux exigences écologiques, mais en version utilitaire qui permet en France d’échapper aux taxations des véhicules légers.

L’amour au premier coup d’œil

En attendant, armez-vous de patience pour dénicher cette génération du Suzuki Jimny d’occasion. Il fait partie des rares modèles à très peu décoter pour le moment et les opportunités ne sont pas courantes. Il faut dire que sa bouille cubique et son format singulièrement réduit attisent autant la curiosité que la sympathie. Avec ses 3,65 mètres de long et 1,645 mètre de large, il n’est que 4 centimètres plus long qu’une Renault Twingo mais 1 mm moins large. Ce gabarit est très atypique pour un véhicule tout-terrain, très loin des monstres que sont ses concurrents de franchissement comme le Defender ou le Wrangler.

Notre version d’essai en rajoute une couche avec ce coloris bi-ton associant un Kinetic Yellow à un toit Bluish Black Pearl. D’autres nouvelles teintes plus discrètes comme le Jungle Green ou une variante proche d’une couleur ivoire lui vont aussi à ravir. Le design global est homogène, sans fioriture inutile, et fait appel avec brio à plusieurs détails iconiques à travers un dessin très moderne. On repère par exemple les indémodables phares ronds à l’avant, les blocs feux arrière dans le pare-chocs, la roue de secours sur la porte arrière ou encore la gouttière sur le toit pour éviter l’intrusion d’eau dans la voiture à l’ouverture des portes.

Les surfaces vitrées sont larges et offrent une belle visibilité. Il y a par ailleurs un très joli et efficace effet de style avec un décroché au niveau des vitres latérales avant. Cette petite « vague » permet d’obtenir des vitres plus hautes et ouvre la vision des passagers dans l’habitacle sans que le style choque particulièrement à l’extérieur. À l’intérieur le résultat est un compromis idéal entre un sentiment de sécurité avec un petit pare-brise vertical et de la luminosité grâce à de hautes vitres latérales ouvrant sur l’environnement extérieur.

Suzuki Jimny : simplicité et fonctionnalité

L’habitacle nous accueille dans un cadre rustique et fonctionnel, ponctué de quelques touches de modernité. On n’est pas étouffé par une surabondance de boutons, les matériaux inspirent la solidité et on se sent très à vite à l’aise. Les contreportes sont en plastique dur, la carrosserie est à nu sur certaines parties arrière et des rivets comme d’autres imposantes vis apparentes (ou capuchons de vis) nous ramènent à l’essentiel sans chercher à se dissimuler. Cela en devient cependant parfois un inconvénient pour le confort des passagers arrière puisque l’isolation au niveau des passages de roue est très faible et on ressent vite la fraîcheur des températures extérieures. Ne comptez néanmoins pas vous balader trop loin avec des voyageurs, ou choisissez alors de partir sans bagage. Avec un coffre de 85 litres, on ne se permet de charger qu’un parapluie et une barre de remorquage pour se dégager en cas d’enlisement en tout-terrain. À défaut de passagers, on obtient un plancher plat et un volume de 830 litres en rabattant les sièges arrière.

À l’avant le tableau de bord affiche deux lisibles compteurs ronds intégrés dans de larges cadres rectangulaires qui encerclent l’ordinateur de bord déjà connu sur d’autres modèles de la gamme. De la même façon, pas de surprise avec le volant agréable et facile à prendre en main pour manipuler les diverses fonctions du véhicule. Au centre de la planche de bord se trouve un écran tactile de 7 pouces au-dessus des classiques et très pratiques commandes de ventilation. L’interface de l’infotainment n’est pas exceptionnelle, mais on se rabat très vite sur la possibilité de naviguer avec CarPlay ou Android Auto qui nous facilite la vie.

Quatre derniers charmants boutons pression situés devant le levier de vitesses permettent d’actionner les vitres électriques, de désactiver l’ESP et de faire appel à l’assistance au freinage en descente. Notre Suzuki Jimny est ici équipé d’une boîte de vitesses automatique à 4 rapports. Enfin, plus exactement d’une boîte 3 vitesses surmultipliée. Son fonctionnement et comportement rappellent d’ailleurs fortement la boîte U441E qui équipait la Toyota Yaris de… première génération ! Même contenance d’huile, même architecture, même filtre à huile, même ressenti au volant… Surprenant qu’une boîte de vitesses des années 1990 se retrouve agrégée à un véhicule de 2019 mais cela n’en fait pas pour autant une mauvaise association sur la route. La gestion des rapports est bien adaptée jusqu’à 80 km/h mais cette transmission n’est peut-être pas le choix le plus confortable pour de longs trajets sur autoroute. Dans ce cas, un cinquième rapport serait le bienvenu pour le confort des oreilles et éviterait de se retrouver à plus de 3000 tours/min à partir de 100 km/h… Ceci étant dit, en dehors des voies rapides le moteur reste discret.

Suzuki Jimny : en toute tranquillité

Le Suzuki Jimny est motorisé par un 4 cylindres de 1 462 cm3. Avec ses 102 ch et son couple maximum de 120 Nm c’est une des rares voitures actuelles avec laquelle on peut être pied au plancher sans dépasser les limitations de vitesses. Cela tombe très bien, il ne cherche pas à être emmené à haute vitesse et ne demande qu’à faire preuve de son agilité. De plus, on profite en ville d’un très bon rayon de braquage de 4,9 mètres pour se faufiler partout sans difficulté. La direction, très démultipliée, demande de nombreux tours de volant pour manœuvrer mais ne pose aucun problème pour arpenter les voies urbaines avec une position de conduite assez haute et rassurante.

essai Suzuki Jimny 2019 boite auto

En virages l’auto se balance et affiche un roulis marqué. C’est à nouveau très curieux, et prête même parfois à sourire de se voir penché d’un côté ou d’un autre en fonction des courbes empruntées. Les suspensions sont souples, mais on perçoit tout de même une certaine raideur à l’arrière sur quelques ralentisseurs. On se sent parfaitement à l’aise à 80 km/h, et c’est d’ailleurs probablement sa meilleure vitesse de croisière. Le freinage est loin d’être sec et brutal, mais il est heureusement suffisant grâce au poids contenu de la voiture de 1 110 kg. Sur la route la direction se montre assez floue et cela étonne à nouveau, notamment en comparaison des standards du marché automobile actuel. Mais tous ces défauts, constatés lors de notre essai du Suzuki Jimny à boîte manuelle, sont en réalité d’énormes atouts insoupçonnés.

Suzuki Jimny : explorateur hors-piste

Si de prime abord la stupéfaction est de mise avec des comportements routiers peu communs, tout s’explique très nettement dès que l’on emprunte la première voie hors des sentiers battus. Finalement, sur le papier, le Suzuki est fait pour ça : parcourir le hors-piste et se sortir de situations hostiles à tout véhicule terrestre. On se surprend donc à guetter les chemins de traverses en bord de route et la moindre piste de terre nous fait de l’œil.

Il est l’heure de se lancer : la main sur le levier de la boîte de transfert, on passe en mode 4 roues motrices. Ce deuxième levier de vitesses est visuellement tellement inhabituel dans une voiture qu’on le remarque dès le départ. On passe d’abord en mode 4H pour profiter pleinement de la puissance moteur aux essieux avant et arrière et bénéficier d’une meilleure traction. La manipulation est très dure et demande de forcer sur le levier. Un bruit mécanique et des vibrations s’en suivent. Ça y est, nous sommes prêts. Dès le redémarrage la sensation de roulage est radicalement différente. On se sent immédiatement rivé au sol, comme sur des rails, et il n’est pas difficile de sentir au volant l’action des roues arrière.

Finalement ce petit chemin caillouteux n’est visuellement pas insurmontable et on se doute que le Suzuki Jimny a bien plus de potentiel. À l’abord d’une prairie un autre chemin étroit, cette fois-ci complètement boueux, attire notre franchisseur japonais. Au vu de l’état de la voie pas question de prendre le risque de s’embourber : on enclenche le mode 4L afin de toujours fournir la puissance moteur aux deux essieux, mais à présent de façon réduite, et ainsi moins glisser. On s’élance. Et là, stupeur, mon visage devient livide. Le chemin est bien plus détrempé qu’il n’y paraît et la voiture s’enfonce… tout en continuant à avancer ! La sensation au volant est complètement nouvelle mais on se doute qu’il ne faut surtout pas s’arrêter au risque de rester bloqué sur place. Après quelques mètres, on se surprend à manier une toute nouvelle voiture. La direction que l’on trouvait autrefois floue devient presque un outil chirurgical de précision pour ajuster le cap en toute tranquillité. Alors que les pneus glissent en permanence, le véhicule se fraie doucement un chemin en enfonçant la boue de cette allée marécageuse. Les roues ne devraient normalement pas trouver de motricité mais finalement le Jimny poursuit son chemin sans vraie difficulté. En définitive la seule chose effrayante est de se retrouver au milieu d’une étendue de boue normalement parfaitement impraticable. Non, en fait il y a eu plus inquiétant : arriver au bout du chemin boueux et faire face à une impasse où faire demi-tour est impossible. Cela impliquait donc de s’arrêter. De stopper le véhicule et le redémarrer dans un endroit si sauvage que l’on peinerait à le traverser à pied sans être déséquilibré. On enclenche doucement la marche arrière, appréhendant de ne plus pouvoir redémarrer, patiner et s’enfoncer. Que nenni ! On en est abasourdi, mais l’auto reprend sa route presque comme si de rien n’était. Bluffant.

Les sensations se poursuivent en franchissement grâce aux généreux angles de garde au sol. Cela permet d’appréhender aisément des pentes abruptes. Il faut aussi reconnaître que les suspensions avec ressorts hélicoïdaux à large débattement associées au châssis échelle rigide autorisent la grimpe d’obstacles sans risque. Le châssis s’adapte avec aisance à la torsion et l’expression « grimper aux arbres » prend tout son sens avec le Suzuki Jimny. Certes nous avons du roulis sur route goudronnée, mais en franchissement le comportement du véhicule est exemplaire.

Danseur étoile de haut-niveau

À propos de grimpette, partons à la montagne crapahuter avec le Suzuki Jimny. Si la boue et le franchissement ne lui font pas peur, il en est de même avec la neige et la glace.

essai Suzuki Jimny 2019 boite auto

Très rassurant, il s’inscrit là où on le souhaite sans broncher. Même l’assistance au freinage en descente est efficace en redescendant une piste enneigée. Son bruit de fonctionnement n’est pourtant pas apaisant puisque, sans que l’on touche les pédales, ce système fait appel à l’ABS qui freine en poussant le liquide de frein et produit un bruit de claquement à chaque freinage.

En traversant des cols de montagne escarpés et verglacés, les tours de volant s’enchaînent à nouveau dans les descentes pour garder le cap. Cela n’empêche pas d’avoir parfois quelques sueurs froides avec le volant complètement braqué vers la droite, en butée de direction, et la voiture qui progresse… tout droit. La montagne nous réserve toujours des surprises !

Néanmoins, ce sont dans ces conditions complètement glacées que l’on saisit encore plus l’intérêt d’une direction tellement démultipliée. Cela peut être dérangeant en ville, mais ici avec si peu d’adhérence au sol le moindre mouvement de volant permet d’ajuster sa direction avec une précision inouïe. Et ce n’est pas de trop dans de telles circonstances… Notons par ailleurs que toutes ces sorties tout-terrain ont été effectuées avec les pneus d’origine. Les performances avec des montes adaptées doivent être hors-normes.

essai Suzuki Jimny 2019 boite auto

Sea, 4×4 and fun

Nous avons bien cherché un terrain où le Suzuki Jimny serait moins à l’aise, mais il n’est pas non plus à la peine à la plage. Que ce soit sur du sable sec ou mouillé, il sait s’adapter pour trouver de la motricité grâce au système ALLGRIP PRO et un système de contrôle de traction très efficace.

Pas d’adhérence sur une ou plusieurs roues en s’enlisant dans un sable fin et sec ? Pas de problème, le système anti-patinage actionne automatiquement les freins de ces roues et redistribue le couple aux autres pour relancer le véhicule. Là encore le faible poids du véhicule permet de se glisser partout. On a beau s’habituer aux performances du Jimny, c’est à chaque fois impressionnant lorsque l’auto arrive à se sortir d’une situation où l’immense majorité des 4×4 et SUV resteraient bloqués.

Suzuki Jimny : un franchisseur 4 saisons

Boue, neige, sable, forêt, montagne… rien n’arrête le Suzuki Jimny. Il se débrouille à merveille dans un environnement tout-terrain et surtout avec une grande facilité. La boîte de vitesses automatique pas absolument idéale sur voie rapide aide en revanche grandement cette aisance de prise en main dans des conditions de roulage dantesques. Avec cette transmission on se concentre uniquement sur les manœuvres de franchissement, et on oublie totalement la gestion des rapports qui s’avère dans ce cas excellente.

Le Suzuki Jimny est un tout-terrain avant tout conçu pour être un tout-terrain. Il prend le « risque » d’aller à l’essentiel et d’assumer des défauts immanquables sur route, mais uniquement pour exprimer des capacités de franchissement rarissimes. Il est aujourd’hui l’un des meilleurs véhicules de loisir possible grâce à une sympathie innée, mais répond aussi précisément aux besoins de clients exigeants. Son réel défaut ? De piètres performances écologiques qui ont forcé le Jimny à se retirer de la commercialisation en début d’année. Catastrophique en émissions de CO2, il n’est pourtant pas si gourmand en carburant avec une consommation moyenne réelle relevée à 7 l/100 km (contre une consommation de 8 l/100 km notée au tableau de bord…). En attendant, vivement 2021 que Suzuki remette sur route un Jimny en version utilitaire, et espérons un jour avec une motorisation plus efficiente.

Crédit texte et photos : Romuald Terranova