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Essai Ford Explorer Hybride Rechargeable ST-Line : Vous avez dit contradiction ?

Après une première incursion sur notre continent dans les années 1990, l’Explorer, SUV le plus vendu aux États-Unis, retente sa chance. Paradoxal au moment où chaque gramme de CO2 peut coûter une véritable fortune à son constructeur ? Eh bien, pas du tout. Et voici pourquoi.

Avec ses 5,06 m de long, ses 2 466 kg à vide et ses 457 ch, l’Explorer parait, a priori, bien peu adapté aux routes européennes. Que Ford Europe veuille, depuis quelques années, profiter des produits les plus emblématiques de sa maison mère pour construire son identité se comprend aisément. Le succès de la Mustang atteste d’ailleurs du bien-fondé de cette démarche. Mais pourquoi choisir le moteur le plus puissant de la gamme pour ce retour en Europe alors qu’il existe un plus raisonnable 2.3 EcoBoost, de 300 ch tout de même, au catalogue ? La réponse tient en 4 lettres : PHEV pour Plug-in Hybrid Electric Vehicle, ou hybride rechargeable en français. Ou comment ce mastodonte a pour mission de faire baisser la moyenne des rejets de CO2 de la gamme européenne de Ford.

L’Amérique en grand

Au premier regard, l’Explorer impressionne. Pas nécessairement par sa longueur, conforme à ce que proposent des modèles 100% européens comme l’Audi Q7 ou le Mercedes GLS, mais surtout par sa largeur. Avec 2,28 m d’un rétroviseur à l’autre, croiser un autre véhicule sur l’un des étroits rubans de bitume qui parcourent nos campagnes tient de l’opération de précision. L’impression de largeur est accentuée par l’immense calandre, noire sur la finition ST-Line de notre essai mais chromée sur le haut de gamme Platinum. Avec une telle gueule, ce Ford ne peut renier ses origines américaines. D’ailleurs, les exemplaires destinés à notre marché sont assemblés, comme ceux vendus en Amérique du Nord, dans l’usine de Chicago.

Sixième génération de ce best-seller, l’actuel Explorer n’est pas, selon les amateurs du genre, la plus réussie esthétiquement. Son profil, massif, n’est guère original si ce n’est par la prolongation des optiques arrière, une astuce de style déjà vue sur la précédente génération de Focus. Quant à la partie arrière, elle marie assez maladroitement les lignes verticales des feux, celles horizontales de la barre sur laquelle prend place le nom du modèle (comme la calandre, elle est noire sur le ST-Line et chromée sur le Platinum) et le dessin biseauté de l’encadrement de plaque d’immatriculation. Difficile de parler de beauté, donc, mais il est impossible de nier à l’Explorer un certain charme, celui de l’exotisme.

Famille et bagages

Avec de telles mensurations, l’Explorer ne pouvait que se montrer généreux à bord. Pour les têtes, les coudes ou les jambes, 5 adultes, même d’un gabarit imposant, auront leurs aises, tandis que deux (petits) adolescents se glisseront au troisième rang. Comme toujours, la place centrale de la deuxième rangée est moins agréable, à cause d’une assise plus étroite et d’un dossier intégrant l’accoudoir central. Mais ce n’est rien à côté de la position imposée, genoux surélevés et dossier s’arrêtant sous les omoplates, par les 6e et 7e places. Le confort est toutefois, à toutes les places, digne d’une Business Class grâce au moelleux des sièges. Seul hic, sans doute pour s’adapter à une clientèle parfois très costaude, les sièges avant offrent peu de maintien. Combiné avec un cuir, livré de série, plutôt glissant, cela conduit à un manque de soutien parfois gênant sur les routes sinueuses.

Pour les bagages, tout dépend de la configuration retenue. A sept, impossible de caser les valises de tout le monde, le coffre ne cubant alors que 240 l, voire 330 si l’on charge jusqu’au pavillon. En revanche, à cinq, aucune restriction à prévoir grâce aux 635 l (1 137 l jusqu’au pavillon) qui sont, de plus, facilement exploitables grâce aux formes régulières et à l’importante largeur du volume de chargement. Et pour les fans de brocante, sachez, qu’à deux, il est possible d’engouffrer 2 274 l de marchandises diverses. A condition, toutefois, d’avoir le dos solide car le seuil de chargement est particulièrement élevé.

Comme toute voiture made in USA digne de ce nom, l’Explorer ne fait guère d’effort en matière de présentation intérieure. Le design est quelconque, mais pas autant, toutefois, que les plastiques utilisés. Un véritable handicap aux yeux de la clientèle européenne pour une voiture facturée plus de 70 000 €. Les assemblages sont tout juste dignes d’une citadine du Vieux Continent. Et encore, des références telles que la Volkswagen Polo font mieux. Et ce ne sont pas les quelques inserts en plastique imitation chrome qui relèvent le niveau. A noter, toutefois, que tous les Explorer vendus dans notre pays sont équipés de la tablette tactile XXL, de 10,1’’ de diagonale, et du combiné d’instrumentation digital de 12,3’’. De quoi donner un air moderne à cet habitacle qui manque par ailleurs de charme.

Le meilleur des deux mondes ?

Contrairement à ce que font les autres marques généralistes, Ford a décidé de développer la mécanique hybride rechargeable de l’Explorer autour d’un six cylindres. Disposés en V, ces derniers cubent 2 956 cm3. Assisté par un turbo, ce 3.0 développe, à lui seul, 357 ch. Il est couplé à une unité électrique de 73 kWh, soit 100 ch. Au cumul, l’Explorer est donc bien capable d’envoyer jusqu’à 457 ch aux roues, faisant de lui l’un des rares hybrides à cumuler 100% de la puissance de son bloc thermique avec 100% de son moteur électrique. La valeur de couple est tout aussi impressionnante puisqu’elle se monte à 825 Nm, un chiffre rarement atteint par des modèles s’abreuvant de sans-plomb. Naturellement, pour passer une telle cavalerie, la transmission intégrale s’impose. A noter également que toute cette puissance transite par une boite automatique à convertisseur de couple comptant 10 rapports. Une transmission très utilisée outre-Atlantique mais qui ne nous est pas pour autant inconnue puisque c’est celle de la Mustang.

Face à cette imposante mécanique, la batterie semble lilliputienne puisque sa capacité n’est que de 13,6 kWh. C’est à peine plus que celle du bien plus modeste Peugeot 3008 HYbrid 225 ch (13,2 kWh). Les temps de charge restent en contrepartie raisonnables avec à peine plus de 4h annoncées en ayant recours à une borne de type WallBox délivrant 11 kW et 6h sur une prise domestique standard. Selon le cycle d’homologation WLTP, l’Explorer est capable, en ville, de parcourir 44 km en mode tout-électrique. Reste à savoir ce qu’il en est dans la réalité.

Le vrai goût de l’Amérique

Disons-le sans détour : atteindre les 30 km sans brûler une seule goutte de sans-plomb requiert déjà quelque habileté en matière d’écoconduite. Mais au vu de la taille de la batterie et du poids de ce mastodonte, cela tient déjà du petit exploit. Une fois le mode hybride enclenché, l’Explorer se distingue par sa relative sobriété. Sur un parcours mixte route/autoroute, la consommation s’établit aux environs de 9 l/100 km. Là encore, pour un SUV de plus de 2 tonnes et de 457 ch, cela reste raisonnable. Naturellement, cette soif s’envole si l’on sollicite au maximum la cavalerie où si l’on enclenche le mode permettant la recharge de la batterie via le moteur thermique. Dans ce dernier cas, il faudra alors tabler sur 15 l/100 km tandis que, dans le premier, dépasser les 20 l/100 km n’aura rien d’impossible.

Enchaîner les chronos n’est toutefois pas la vocation de ce Ford. Certes, comme toutes les hybrides rechargeables, l’Explorer masque habilement la vitesse à laquelle on roule grâce à son excellent silence de fonctionnement. Les amateurs de mélodies mécaniques regretteront même que le V6 se fasse aussi discret. Mais il se montre bien plus à l’aise dans l’exercice du ‘’cruising’’, c’est-à-dire des longues balades à allure tranquille et comptant des accélérations modérées. Le moelleux des sièges et la souplesse des suspensions ne donnent d’ailleurs qu’une envie : parcourir des centaines de kilomètres sur autoroute. Le même exercice réalisé sur le réseau secondaire est nettement moins paisible à cause des importants mouvements de caisse à chaque courbe. On vous l’a dit : l’Explorer ne renie pas ses racines états-uniennes. A contrario, il se montre plutôt à l’aise en ville grâce à l’exceptionnelle souplesse de sa mécanique et de sa boîte à faible allure. A condition toutefois de s’en tenir aux boulevards, ses dimensions lui interdisant certaines rues et nombre de places de parking. Pour en revenir à la boîte, soulignons qu’elle aussi n’apprécie pas la conduite dynamique. Dans ce cas de figure, les changements de rapports se font laborieux et hésitants.

L’inclassable

Si son gabarit le place en concurrent des Audi Q7, BMW X7 et Mercedes GLS, l’Explorer se voit plutôt batailler, par ses tarifs, avec les Audi Q5 TFSIe, BMW X3 xDrive30e et Mercedes GLC 300e. Dans les faits, sa qualité de fabrication le rapproche plutôt d’un Citroën C3 Aircross ou d’un Renault Captur, tandis que, sur ses terres natales, il est considéré comme un midsize SUV, un SUV de milieu de gamme, place occupée en Europe par le Kuga.

L’équation posée par Ford est donc d’une complexité rarement atteinte. A ce niveau de gamme et de tarif, notre version d’essai étant facturée 77 000 €, on ne trouve aucune autre marque généraliste. Mais l’Explorer mérite t-il que l’on débourse autant ?

Si l’on se base sur son niveau de puissance, sa sophistication mécanique et la liste de ses équipements de série, les optiques 100% led, le toit ouvrant panoramique, les jantes de 20’’ et la sellerie cuir étant livrés sans supplément, la réponse est oui. Mais si l’on prend en compte la qualité générale de fabrication et la possible valeur de revente sur le marché de l’occasion, la réponse est non. Vous l’aurez compris, nous bottons en touche en ce qui concerne le chapitre financier. A chaque client d’opter pour le oui ou pour le non en fonction de l’importance qu’il accorde à chacun des items précités. Sans oublier la grande dose d’exotisme qu’il apporte, ce dont aucun de ses rivaux n’est capable.

Bilan : Atypique mais attachant

Commercialiser un tel modèle afin de faire baisser la moyenne de ses rejets de CO2, c’est sacrément osé de la part de Ford. Surtout en cette période où les SUV sont pointés du doigt par certains intégristes écologistes. Si le coût de l’opération est limité, l’Explorer n’ayant subi que quelques adaptations mineures pour arriver sur notre continent, cela sous-entend qu’il reste un véritable américain. D’un point de vue objectif, cela correspond surtout à pas mal de défauts, tels qu’un gabarit inadapté à certaines de nos routes et une qualité de fabrication sans commune mesure avec d’autres modèles se situant dans la même tranche tarifaire. Mais cela signifie aussi que le confort est au meilleur niveau du marché et que l’exotisme est au rendez-vous.

Comme toutes les voitures décalées, l’Explorer déchainera donc les passions, positivement ou négativement. Mais nul doute qu’il trouvera sa clientèle. Pour notre part, cette expérience de conduite ‘’décalée’’ nous a séduit.

Article : Cédric Morançais – Photos : Fabien Legrand