Le Nouvel Automobiliste
Alfa Romeo 4C

Dernier essai Alfa Romeo 4C Edizione Speciale : Le diable s’habille en Alfa

Essayer l’Alfa Romeo 4C est un moment difficile à oublier. Osons être partiaux et posons la question : qui peut être totalement insensible au charme d’une Alfa Romeo ? Même le Stelvio, pourtant un SUV ce qui semble sacrilège devant l’histoire et l’image de la marque,  arrive à nous séduire. Alors, au volant de l’Alfa Romeo 4C, nous sommes carrément envoûtés. Et avec elle on pleure deux fois : une première fois pour nos lombaires et une seconde fois au moment de la rendre. Chez ‘Le Nouvel Automobiliste’, nous avons eu l’opportunité d’essayer ce diable de voiture, dont la production s’est arrêtée voilà peu : partez donc avec nos essayeurs pour une dernière découverte de la 4C !

Il était une fois l’Alfa Romeo 4C, la beauté du Diable

L’Alfa Romeo 4C a tout d’une mini supercar : les dimensions, avec seulement 1,18 m de hauteur dans un format de barquette (3,99 m de long), l’architecture avec un moteur en position centrale arrière de 240 chevaux, et un poids à vide de 895 kg pour un rapport poids-puissance inférieur à 4 et 137 ch/litre. Dans sa philosophie, elle s’apparente à une Lotus Exige : une voiture extrêmement légère à la puissance conséquente. Dans son design, elle s’inspire de l’Alfa Romeo 8C des années 2000, qui elle-même disposait d’un style néo-rétro puisant dans les productions des années 60 de la firme italienne. Elle en reprend ainsi les gimmicks : avant plongeant, hanches marquées, le tout magnifié par des proportions maîtrisées et aucune concession rendue aux aspects pratiques. Avec elle, comme depuis le concept-car qui l’annonçait en 2011, c’est aux occupants de s’adapter et non l’inverse.

« Notre » Alfa Romeo 4C était toutefois un peu particulière : il s’agissait d’une « Edizione Speciale ». Limitée d’abord à 67 exemplaires puis produite à 33 unités supplémentaires soit 100 exemplaires, sa vocation était double : rendre hommage à l’Alfa Romeo 33 Stradale de 1967 et marquer la fin de carrière de la 4C, stopée il y a quelques mois, au bout de sept ans. Elle se distingue d’une version « classique » notamment par des pièces en fibre de carbone et un bel échappement central à double sortie Akrapovic. Notez les jantes à trou-trou de taille différente, 18 pouces à l’avant, 19 pouces à l’arrière. Si à son lancement ses optiques avaient longtemps fait parler pour leur design arachnéen, la 4C a fini par adopter celles de sa déclinaison Spider, plus classiques mais pas moins réussies.

A bord : l’antre du Diable

Le côté diabolique de la 4C commence à se faire sentir une fois qu’il faut monter à bord : nous sommes assis au ras du sol dans un habitacle presque dépouillé à l’extrême. Ne vous attendez pas à retrouver un système d’infotainment dernier cri : l’Alfa Romeo 4C fait l’impasse dessus, au même titre que sur bien d’autres équipements de confort. Est-ce vraiment étonnant de la part d’une voiture qui n’a même pas de direction assistée ? On remarque la présence d’un simple autoradio Alpine (clin d’œil à notre berlinette nationale bien plus civilisée à bord ?), autoradio dont on se sera dispensé pendant notre essai.

L’habitacle de la 4C est enserré dans une cellule centrale autoporteuse en fibre de carbone apparente, gage d’une rigidité totale de la caisse, tandis qu’autour les parties métalliques de la structure sont en aluminium et en Sheet Molding Compound (plus léger encore que l’alu). Les baquets maintiennent fort sans être inconfortables, et de beaux matériaux (cuir, Alcantara) côtoient des pièces de Fiat 500. Cela fait partie de son charme et on lui pardonne alors que sonne l’heure de réveiller le fameux bloc alu TBI qui donne son nom à la voiture : le 4-Cylindres 1742 cm3 de 240 chevaux et 350 Nm de couple.

Conduire l’Alfa Romeo 4C : ascenseur émotionnel

Moteur grondant derrière les oreilles, échappement ultra sonore : le réveil de la Bête est tout sauf discret. Un son rauque s’élève avant d’enclencher le mode D du sélecteur : à la moindre sollicitation du pied droit, vous voilà littéralement scotché, surtout au-delà de 2500 tr/min. Pas de risque de s’endormir à son volant car comme nous explique Adrien : « ce serait oublier la poussée d’adrénaline qu’elle procure à chacune de ses accélérations ». La montée en régime vous enfonce totalement dans les baquets, le moteur passe du grave à l’aigu et hurle même à partir de 3200 tr/min. C’est si jouissif !

Côté transmission, la boîte de vitesses à double embrayage TCT se manie avec les larges palettes au volant, et les rapports s’enchaînent sans temps mort. Seul le changement de mode se trouve « chaotique notamment au moment d’enclencher la marche arrière » dit Jacques. Retour dans le sens de la marche, nous voici en automatique : les vitesses s’enchaînent sans qu’on s’en rende compte, et tout en laissant le moteur monter haut dans les tours. Et très vite, on s’aperçoit que l’on est déjà au-delà des limites autorisées…

Le Diable vous a fait goûter à son arme la plus dangereuse : ses fameuses palettes au volant, réactives et qui dégagent un léger son comme un talon-pointe au moment de rétrograder. On s’amuse très rapidement avec elles, principalement en entrée de virage. Et quand on écrase la pédale d’accélérateur, le « moteur s’emballe, le son devient enivrant et on attend le dernier moment pour enclencher la vitesse et profiter du souffle impressionnant du moteur » précise François. Un souffle et une sonorité permis par la ligne Akrapovic, pour abattre le 0 à 100 km/h en 4,5 secondes, comme une Alpine A110, mais qui n’en fait pas une auto de vitesse pure. Si elle atteint les 258 km/h en pointe, le truc de la 4C, c’est l’agilité et la capacité à virevolter de virage en virage.

Détail à souligner, sa consommation. Bien que certaines de ses concurrentes peuvent facilement se rapprocher des 10 litres aux 100 km, cette Alfa Romeo 4C se montre paradoxalement peu gourmande. En ayant sollicité la mécanique à de nombreuses reprises, la consommation moyenne s’est établie à 8,5 l/100 km, ce qui reste tout à fait convenable au vue des performances de l’engin. En ne comptant que la conduite sportive, on monte très rapidement à 14 l/100 km, mais c’est si bon…

Le Diable au corps

On le disait plus haut, cette Alfa Romeo 4C ne dispose pas de direction assistée. C’est presque un comble pour une voiture moderne, direz-vous ? Pourtant, on s’affranchit très vite de ce problème qui n’en est pas un. En effet, la direction se montre très précise en entrée de virage. On arrive à placer très facilement à placer la 4C au millimètre près, et plus la vitesse grandit, plus la direction s’allège. Seul inconvénient, lors des manœuvres ainsi qu’à faible vitesse, où vous ferez sans aucun souci votre musculation pour les 15 prochains jours.

Rivée au sol, l’Alfa a véritablement le diable au corps. Les suspensions, ou plutôt leur quasi-absence, ne pardonnent pas les irrégularités du bitume : il faut se le dire, c’est un vrai bout de bois. Le moindre nid de poule vous remonte dans la colonne vertébrale. Mais encore une fois, est-ce un problème ? Non, car elle vous procure un bien fou à chaque virage et que si les larmes nous montent, elles traduisent bien davantage notre émotion à son volant que nos douleurs lombaires.

Comme l’estime Adrien, elle « fait partie de ces voitures qui demandent un minimum d’habitude et de dextérité pour la conduire ». Sinon on se retrouve très vite au tapis sans s’en rendre compte. Un objet de désir qui vous donne radicalement la banane et cela, à chaque virage. Mais à expérimenter avec un léger doigté de pilotage, tout de même. Voire, à réserver loin des grandes villes, tant l’inconfort provoqué par les dos d’âne et la conduite lente ne conviennent pas à la dureté des suspensions ni aux réglages du moteur.

Une concurrence sans concurrence

Difficile de confronter la 4C aux dernières sportives du marché, c’est-à-dire face à l’Alpine A110 S ou encore la Porsche 718 Spyder. Pour être très franc, on navigue dans deux univers totalement différents. D’un côté, l’Alfa Romeo se place dans la cour des sportives extrêmes qui jouent notamment sur le poids réduit au maximum plus que sur la performance. Alors que de l’autre, l’Alpine et la Porsche adoptent une philosophie davantage tournée vers la puissance, la polyvalence et le « confort ».

Mais face à qui pourrait-on bien la confronter ? A-t-elle une vraie concurrente directe ? Oui, en tout cas, au vu de sa radicalité, on peut la comparer à une Lotus et en particulier, à l’Elise Cup 250. Avec une puissance quasiment équivalente et une traque acharnée du surpoids, cette Elise présente la même philosophie mais n’offre ni le concert diabolique ni l’âme si particulière de la 4C. Supplément d’âme non négligeable, l’italienne conserve sa valeur dans le temps : difficile d’en trouver à moins de 45 000 euros, tandis que les Edizione Speciale voient déjà leur prix s’envoler. Assemblée dans l’usine Maserati de Modène, la 4C ne pouvait pas être produite à plus de 3500 unités par an, et Alfa Romeo en a vendu, coupé et spider compris, 9117 unités de 2013 à 2019 selon l’organisme officiel italien ANFIA, dont 541 exemplaires écoulés en France.

Pourquoi l’Alfa Romeo 4C est la voiture du diable

Si l’on devait résumer notre aventure à bord de cette Alfa Romeo 4C, il nous serait difficile de se limiter à un seul mot tant elle nous a étonnés, subjugués ou même donnés des sueurs froides. Son moteur est tellement explosif, sa transmission fait vivre de concert sa mécanique. Sa sonorité est tout simplement exceptionnelle, et la précision de sa direction si chirurgicale. On en sort transformé, abasourdi, exalté face à une somme de décharges émotionnelles qui confinent à l’ivresse.

Sans réelle concurrence, cette Alfa a le don de vous estomaquer. Sa ligne si atypique donne le ton avant que les performances n’enfoncent le clou. Quand vous vous installez à son bord, vous savez que cette barquette italienne est là pour un seul but : la joie de vivre. Et quand vous la quittez, c’est avec une note de nostalgie que l’on contemple une machine comme on n’en fait plus, comme on n’en fera peut-être jamais plus.

Conclure un tel essai n’est pas chose aisée mais Adrien nous donne le mot de la fin : pour lui cette Alfa Romeo 4C « a le défaut de sa qualité : sa radicalité, qui la rend aussi singulière qu’inutilisable au quotidien ». Et vous, cher lecteur, qu’est-ce que cette Alfa Romeo 4C vous inspire ? Nous, inutile de nous le demander : pour la garder, on vendrait notre âme au Diable.

Texte : Christian CONDÉ / L’Équipe LNA
Crédits photos : Romuald Terranova