Communément appelées les 200 / 300, les célèbres berlines Mercedes ont été, pendant les années 80 et 90, les modèles phares de la gamme. Voici une petite histoire de la Mercedes W124 et de ses déclinaisons break, coupé et cabriolet. Nous n’oublions pas la sulfureuse 500 E qui a fait tourner bien des têtes…
L’histoire de la Mercedes W124 démarre en 1977
C’est en 1977 que les équipes du design commencent à travailler sur le style de la Mercedes W124, celle qui doit remplacer au début des années 80, la célébrissime W123.


A la fin de l’année 1984, la Mercedes W124 est prête. Toute la presse automobile est alors invitée à Séville, en Espagne, pour assister à sa présentation officielle.


Le célèbre pilote Juan-Manuel Fangio est, en tant que représentant officiel de la marque en Argentine, présent sur place. Il dit des nouvelles Mercedes W124 qu’elles sont « des voitures tout à fait différentes des Mercedes classiques. Allégées, sûres, sportives, amusantes à conduire » (L’Action Automobile n°285 – janvier 1985).


Cette nouvelle berline s’intercale entre la récente 190 et les berlines de la Classe S. Son gabarit, écrit Alain Bertaut dans L’Action Automobile n°285 publié en janvier 1985, « se situe exactement entre la série 190 et la série S (474 cm de long) avec un empattement de 280 cm (+ 5 mm). […] Quant au coefficient de forme (Cx), il atteint 0,29 dans le meilleur des cas, ce qui met la W124 en tête devant la Renault 25 et l’Audi 100, toutes deux jusqu’ici critères de référence. Et l’on doit admettre la réussite en ce qui concerne le style, l’innovation fonctionnelle étant mieux dosée qu’avec la 190 dont l’arrière manque d’élégance. »


La gamme des débuts comprend trois moteurs diesel (200 D, 250 D et 300 D) et quatre moteurs essence (200, 230 E, 260 E et 300 E). Les puissances vont de 72 chevaux pour la 200 D à 190 chevaux pour la 300 E à moteur 6 cylindres.


Avec cette nouvelle berline écrit Jean-Jacques Renaux dans le numéro 20 du Moniteur Automobile publié le 13 décembre 1984, « Mercedes remet les pendules à l’heure. […] En présentant ces modèles entièrement nouveaux, Mercedes crée un nouveau mètre-étalon pour les prochaines années. »

Le journaliste salue les nouvelles motorisations à 5 cylindres des 250 D et 300 D ainsi que les 6 cylindres des 260 E et 300 E. Il s’attarde longuement sur les nouvelles liaisons au sols moderne de la W124 puis évoque largement son aérodynamisme.

« Les traits extérieurs de la W124 ne trahissent pas tout à fait la réussite aérodynamique du projet, au premier coup d’œil. Mercedes conserve la calandre classique et l’étoile en bouchon de radiateur, mais ces deux éléments sont beaucoup plus inclinés qu’avant. Les vitres latérales sont presque affleurantes, mais pas de la façon radicale adoptée par Audi. Les ingénieurs ont consacré beaucoup de soins à la finesse aérodynamique de dessous de la voiture qui comporte notamment – une première dans les voitures de série – des petits carénages en plastique sous les bras inférieurs de la suspension arrière ! Le grand essuie-glace à balai unique est partiellement masqué par le rebord du capot, et il cache son exclusivité essentielle : il s’agit d’un système original développé par Bosch et Mercedes que l’on pourrait appeler « à double mouvement ». Pendant que l’instrument effectue un balayage de droite à gauche du pare-brise, il effectue en même temps un mouvement vertical. Il « saute », si vous voulez, de manière à exécuter sur la vitre un dessin complexe qui couvre une plus grande partie du pare-brise, très près des montants latéraux. »

L’habitacle bénéficie quant à lui de nombreux raffinements à l’image des appuie-têtes arrière escamotables, d’un troisième pare-soleil situé derrière le rétroviseur, d’une console intégrale garnie de zébrano verni (essence africaine rare, au grain plus contrasté que le noyer) ou bien encore, de sièges aux multiples réglages plus grands et plus confortables. Comme à l’accoutumée, de nombreuses options permettent de compléter l’équipement des Mercedes W124 avec, entre autres, un habillage cuir, la climatisation, le toit ouvrant ou bien un airbag conducteur !


La Mercedes W124 fait la Une de la presse automobile en 1985
C’est au début de l’année 1985 que les premiers essais complets de la Mercedes W124 sont publiés dans la presse spécialisée.

La Mercedes 230 E est mise à l’honneur dans de nombreux titres. C’est André Costa qui tient la plume pour le numéro 5 de L’Auto-Journal publié le 15 mars 1985.

Si le célèbre journaliste dénonce une « politique tarifaire ô combien discutable », il salue les nombreuses qualités de la nouvelle berline du constructeur de Stuttgart. « La Mercedes 230E demeure une voiture séduisante en raison de l’heureux équilibre obtenu par ses créateurs, entre la calme séduction d’un véhicule de tourisme tout entier au service de ses maîtres, et le sens de la cabriole propre le plus souvent aux voitures sportives. Bien sûr, 136 chevaux, ce n’est pas le Pérou, mais, malgré tout, ils suffisent, en de bonnes mains, à se faire respecter sur la route ! ».
Dans le même numéro de l’AJ, les célèbres chroniqueuses Florence Rémy et Marianne Antoine écrivent : « Sa ligne générale est celle d’une grosse 190. […] Carrosserie luisante, roues lisses, boucliers compacts, beau profil remontant vers l’arrière, ça sent la belle ouvrage. […] Côté tenue de route, la 230 est une « grande » ; non seulement elle la tient, mais au besoin, elle rectifie les à-peu-près de conduite. Freinage très progressif. En ville, manœuvres de soie grâce à une direction aussi finement dosée que les cocktails du bar du Ritz… […] Du beau boulot, quoi… »
C’est vraiment un plaisir – mais il faut pouvoir se le permettre – de rouler en Mercedes !
François Cardon – L’Action Automobile n°288 publié en avril 1985
Dans L’Action Automobile n°288 publié en avril 1985, François Cardon écrit au sujet de la 230 E : « Comme toujours chez Mercedes, l’aménagement de l’habitacle est particulièrement soigné. Le tableau de bord, d’inspiration 190, présente l’avantage d’être clair et pratique à utiliser. ». Par rapport à l’ancienne 230 E, le journaliste note « un gain d’au moins 80 kg. Ajoutée à la meilleure aérodynamique, cette réduction de poids a entrainé une moindre consommation et un gain spectaculaire au niveau des performances. La vitesse maxi progresse de près de 30 km/h et les accélérations de plus de 2 sec au 1000 m D.A.. »

Au volant, « la Mercedes 230 E affiche un comportement routier exceptionnel. On a vraiment l’impression que l’on peut tout se permettre, même rentrer trop vite dans un virage. […] La 230 E offre une adhérence peu commune sur le mouillé et pousse très loin le seuil de décrochement. Et, lorsque celui-ci se produit – il faut vraiment le provoquer – le dérapage se récupère facilement en contre-braquant, la remise en ligne se faisant sans mouvement de balancier. […] La marge de sécurité est vraiment exceptionnelle. »

Le journaliste conclut ainsi son essai : « Ces nouvelles Mercedes sont bien plus qu’une simple évolution des modèles précédents : il s’agit de voitures totalement inédites dont le très haut niveau des prestations en fait une nouvelle génération de Mercedes. [….] La Mercedes 230 E a le modernisme, la compacité et les raffinements techniques de la 190, l’habitabilité et le coffre de l’ancienne 230 E et le luxe raffiné des Mercedes classe S de haut de gamme. Le prix n’en a pas, pour autant, fait le grand saut. Avec cette nouvelle gamme, l’étoile va briller encore quelques années ! »
4 et 6 cylindres et même, 4 roues motrices !
L’année d’après, la gamme s’élargit avec l’arrivée du break (dénommé T) et des versions à quatre roues motrices (4-Matic).




Sérieuse comme un notaire de province et fonctionnelle comme un ordinateur, la Mercedes est un outil remarquable que vous goûterez à sa pleine mesure au fil du temps et des kilomètres. Il n’empêche que son moteur est aussi excitant à vivre qu’un sermon de curé de campagne, un dimanche de novembre, et que son prix (et surtout celui de ses options), est de nature à décourager les plus blindés.
Stany Meurer, Le Moniteur Automobile n°1036 du 19 août 1993
La 300 TE 4-Matic fait l’objet d’un essai dans L’Auto-Journal n°3 du 15 février 1987. Equipée d’un 6 cylindres en ligne de 188 chevaux, elle est alors comparée aux autres intégrales du moment sur les routes enneigées du Jura.



André Costa nous détaille en premier lieu la transmission intégrale de la Mercedes W124 : « à partir d’une propulsion arrière, le système 4-Matic embraye automatiquement un pont avant moteur dès que les roues arrière perdent de l’adhérence. Entièrement géré électroniquement, ce système qui comporte également un différentiel arrière autobloquant prétend donc ne se réclamer du 4×4 que lorsque le besoin s’en fait réellement sentir. La logique du raisonnement ne fait aucun doute mais, malheureusement, toute la mécanique du train avant – arbres de roue, différentiel et arbre de transmission – continue à être inutilement entrainée lorsque seule la propulsion arrière est utilisée. »

Quelques lignes plus tard, le journaliste dit de la Mercedes qu’elle se comporte sur la neige « comme un véritable TGV de la route. En ligne droite, seule la visibilité impose une limitation réelle de la vitesse car, même avec l’ABS, les distances d’arrêt n’ont pas de commune mesure avec le sec. A part cela, 140… 160… 180… Rien ne se passe, rien ne bouge, autant sur neige tassée que verglacée, avec ou sans ornières… »

Au final, cette 300 TE 4-Matic est : « un éléphant jouant les ballerines… Cette définition s’accorde bien aux 1600 kg et à la puissance de ce break qui, en dépit de son poids, fait preuve d’une étonnante maniabilité. Mais cette grosse bête n’est pas bon marché ! ».

1987, un superbe coupé intègre la gamme
Le 1er février 1986, L’Auto-Journal présente, dans son numéro 2, une photo du prototype du futur coupé de la gamme Mercedes W124 : « Nous retrouvons entre autres une partie avant inchangée tandis que l’arrière adopte une allure nous rappelant à la fois la berline et les superbes coupés de la classe S avec, en particulier, une lunette arrière inclinée et une découpe de custode sensiblement identique ».

Ce dernier fait son apparition en 1987 sous le nom de 230 CE et 300 CE respectivement équipés d’un 4 cylindres de 136 chevaux et d’un 6 cylindres de 188 chevaux.



D’la ben belle ouvrage, mon bon monsieur !
André Costa, L’Auto-Journal n°19 publié le 1er novembre 1987
« Par rapport aux berlines 124, écrit André Costa dans le n°19 de L’Auto-Journal publié le 1er novembre 1987, les coupés ne possèdent comme points communs esthétiques que la proue et les blocs optiques arrière. En revanche, l’empattement ainsi que la longueur hors-tout ont diminué de 85 mm, la hauteur passant de 1,44 à 1,41 mètres. […] Intérieurement, la présentation a été très soignée et s’apparente fortement à celle de la classe S ».

Dans le n°886 du Moniteur Automobile publié le 12 novembre 1987, Jean-Jacques Cornaert conclut son essai du 300 CE avec les mots suivants : « La 300 CE est superbe et les stylistes de Stuttgart ont une fois encore fait preuve d’une parfaite maîtrise de leur art. Cela n’’empêche bien entendu pas le coupé d’offrir toutes les qualités essentielles d’une Mercedes. Le confort, le silence de fonctionnement, le comportement routier et la qualité de fabrication en sont les plus notables. On se surprend pourtant à rêver d’un moteur plus puissant et à pester contre cette boîte mécanique décourageante. »

Un diesel champion du monde !
En 1988, L’Auto-Journal publie les essai de la gamme 124 équipée du 6 cylindres diesel développant 143 chevaux. C’est d’abord le break qui est commercialisé suivi de peu par la berline.
Cette dernière est présentée en détail dans le n°11 du 15 juin 1988. André Costa écrit : « Propulsée sur l’anneau de Montlhéry, notre longue berline a parfaitement répondu aux ambitions de son constructeur en atteignant 205 km/h, ce qui en fait effectivement, mais sans doute provisoirement, le mazout de série le plus rapide du monde. […] Tout comme l’ensemble de la famille à laquelle elle appartient, la berline 300 TD fait preuve d’une double personnalité qui ne constitue pas le moindre de ses charmes. Son équilibre de comportement à vitesse moyenne permet une conduite quasi machinale mais, si le conducteur se fait pressant, cette machine tranquille sait se découvrir des réflexes de sportive. »




Mercedes ne va pas s’arrêter en si bon chemin et en 1989, la Mercedes W124 accueillera sous son capot de nouvelles motorisations.

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