18 mois après le départ de Citroën du marché australien (voir notre article), c’est au tour de Peugeot de traverser une nouvelle zone de turbulences. L’importateur Inchcape, qui distribuait les deux marques françaises depuis 2017, a annoncé mettre fin à son partenariat avec Peugeot. Une décision qui pourrait laisser croire à une nouvelle disparition d’une marque française au pays des kangourous. Pourtant, Stellantis assure que Peugeot restera présente.

AU SOMMAIRE
Peugeot en Australie : victime de la croissance des chinois ?
Lorsque nous évoquions en août 2024 la sortie de Citroën d’Australie, nous soulignions déjà les difficultés rencontrées par les marques françaises sur un marché dominé par les pick-up, les grands SUV et les motorisations puissantes. Peugeot apparaissait alors comme le dernier représentant d’envergure du groupe Stellantis sur place, avec des volumes certes modestes mais encore supérieur à ceux de Citroën devenue quasiment invisible.
Deux ans plus tard, le constat n’est guère plus réjouissant. Inchcape, également distributeur de Subaru, Deepal ou encore Foton, a décidé d’abandonner Peugeot afin de recentrer son portefeuille. L’entreprise explique avoir mené une revue stratégique de ses activités et être parvenue, d’un commun accord avec Stellantis, à la conclusion que leur partenariat devait prendre fin.
Never tear us apart : Peugeot ne quitte pas pour autant l’Australie
La comparaison avec Citroën s’arrête cependant là : INXS ne chantera pas « Disappear » pour parler de Peugeot ! Contrairement aux Chevrons, dont la disparition du marché avait été officiellement actée, Peugeot bénéficie toujours du soutien de Stellantis. Le constructeur assure vouloir maintenir la continuité de la distribution et promet de communiquer prochainement sur l’organisation retenue.


Autrement dit, Peugeot ne quitte pas l’Australie. La question est désormais de savoir qui distribuera la marque : Stellantis directement, comme c’est déjà le cas localement pour Jeep, Fiat, Abarth ou Alfa Romeo, ou un nouvel importateur indépendant.
Dans l’immédiat, Inchcape continuera à assurer la vente des stocks disponibles ainsi que le service après-vente et la gestion des garanties afin d’assurer une transition en douceur.
Peugeot en Australie : marginalisation progressive
Cette situation n’est pas vraiment une surprise. Comme nous l’expliquions déjà à propos de Citroën, l’Australie est un marché particulièrement difficile pour les constructeurs européens généralistes qui ne disposent ni d’une forte image locale ni d’une gamme adaptée aux goûts des consommateurs. Retrouvez ici notre article détaillé sur le marché australien.
Peugeot avait pourtant connu des jours meilleurs. La marque avait culminé à plus de 8 800 immatriculations en 2007 (8 807 pour être précis, l’année du pic de ventes de Citroën également : 3 803), avant d’entamer un lent déclin. En 2025, elle n’a livré que 1 350 véhicules sur l’ensemble du territoire australien (0,1 % de part de marché). À fin mai 2026, ses ventes ne représentaient plus que 373 unités.




A titre de comparaison, Renault a écoulé 4 569 véhicules en 2025 en Australie, soit une part de marché de 0,37% (pic de ventes à 11 525 voitures en 2015). Très loin des 239 863 voitures vendues par Toyota l’an passé, qui domine toujours le marché avec près de 20% de parts, loin des numéro 2 et numéro 3 que sont Ford et Mazda (94 399 et 91 923 unités respectivement).
Comme Citroën avant elle, Peugeot souffre d’un positionnement en décalage avec les préférences locales. Certes, les SUV 2008, 3008 et 5008 sont présents, mais la marque reste absente des segments les plus rentables et les plus populaires du pays. De plus, les nombreux retards pris dans le déploiement de sa gamme électrique n’ont pas aidé à redynamiser les ventes. Plusieurs modèles électriques annoncés n’ont finalement jamais été lancés localement. Quant aux grosses motorisations thermiques réclamées par les australiens, elles font clairement défaut à la gamme Peugeot, une sorte d’Original Sin pour les marques françaises.
Un avenir qui passera peut-être par la Chine
Paradoxalement, l’avenir australien de Peugeot pourrait venir d’Asie. La marque au Lion avait annoncé se servir de sa coopération avec Dongfeng pour exporter des véhicules depuis la Chine. Les récents Concept 6 et Concept 8 présentés à Pékin pourraient donc déboucher sur des modèles destinés -entre autres- à l’Australie.

Une stratégie qui illustre bien l’évolution du paysage automobile australien. Dans notre reportage consacré à la découverte du marché local, nous évoquions déjà la montée en puissance spectaculaire des constructeurs chinois, devenus incontournables dans de nombreuses catégories. L’abandon progressif des marques françaises par certains distributeurs intervient justement au moment où ces nouveaux acteurs gagnent du terrain.
It’s a long way to the top…
Après Citroën en 2024, voir Peugeot perdre son importateur australien a forcément une portée symbolique. Cela confirme les difficultés persistantes des marques françaises sur un marché qui n’a jamais réellement partagé leurs priorités en matière de gabarits, de motorisations ou de positionnement produit.
Mais contrairement aux Chevrons, le Lion semble encore disposer d’une voie de sortie. Reste à savoir si Stellantis parviendra à relancer une marque qui, bien que toujours présente dans 29 concessions australiennes, est devenue au fil des années un acteur de niche. Une situation qui aurait semblé impensable lorsque Peugeot et Citroën atteignaient ensemble leur apogée australienne au milieu des années 2000. Comme disait AC/DC : it’s a long way to the top (if you wanna sell cars in Australia) !
Source : Car Expert