Renault continue d’afficher sa confiance dans la France. Invité de Rance Inter le 3 octobre, François Provost, directeur général du groupe, a indiqué que le constructeur pourrait investir plus de 10 milliards d’euros dans l’Hexagone au cours des cinq prochaines années afin de poursuivre le développement des véhicules électriques et de réduire leur coût d’accès pour les clients. Cette enveloppe viendrait s’ajouter aux 13 milliards d’euros déjà investis au cours des cinq dernières années pour transformer l’outil industriel français du groupe. On fait le point.

Renault François Provost

Une annonce sous condition pour Renault

L’annonce est toutefois assortie d’une réserve importante. Renault précise que ce nouvel investissement dépendra du « contexte social et politique » français. Interrogé sur la situation budgétaire du pays et sur les risques d’instabilité, François Provost a reconnu ses inquiétudes, rappelant le poids considérable de la France dans l’organisation du groupe.

Selon les déclarations du directeur général du Losange, la France représente environ 20 % de l’activité mondiale de Renault et près de 40 % de ses effectifs. Le groupe emploie environ 100 000 personnes dans le monde. Cela signifie que près de 40 000 salariés travaillent en France, contre environ 60 000 dans le reste du monde. Pour mise en perspective, Renault employait environ 45 000 personnes en France il y a 10 ans.

Le constructeur revendique également une dynamique industrielle favorable. François Provost a indiqué que Renault avait produit 500 000 véhicules en France en 2025 et envisage une hausse d’au moins 25 % en 2026 grâce à la montée en puissance des modèles électriques. Si cet objectif est atteint, la production française du groupe dépasserait 625 000 véhicules sur l’année.

Un retour en grâce de la production automobile française ?

Ces chiffres permettent de mesurer le chemin parcouru. Il y a une dizaine d’années, la production automobile française traversait (déjà…) une période difficile. En 2015, Renault avait assemblé environ 533 000 véhicules dans ses usines françaises tandis que PSA produisait alors près d’un million de véhicules dans l’Hexagone (995 000 environ). La production nationale dépassait encore légèrement les 1,5 million d’unités, auxquelles s’ajoutaient près de 230 000 véhicules produits par Toyota et 80 000 par Smart. À cette époque, les débats portaient surtout sur les délocalisations et la perte de compétitivité de l’industrie automobile française.

Dix ans plus tard, le paysage a profondément changé, la crise s’étant intensifiée. Stellantis reste le premier producteur automobile du pays (661 000 voitures l’an passé) avec un volume supérieur à celui de Renault, mais les deux groupes évoluent désormais dans un contexte marqué par l’électrification accélérée du marché, la concurrence chinoise et la nécessité de relocaliser certaines activités stratégiques. Renault affirme ainsi avoir produit 508 852 véhicules en France en 2025, soit un niveau proche de celui observé une décennie plus tôt malgré la disparition de nombreux segments et la baisse générale des volumes du marché européen. Seul Toyota a augmenté ses volumes, atteignant 280 000 voitures produites, tandis que Smart ne fabrique plus qu’en Chine désormais. La production hexagonale a ainsi chuté de 400 000 voitures en 10 ans.

Le groupe Renault met également en avant sa position sur le marché du véhicule électrique. Selon François Provost, Renault représente aujourd’hui environ une voiture électrique sur quatre vendue en France. D’autres sources spécialisées évoquent une part de marché de l’ordre de 22 % depuis le début de l’année 2026.

Fin de l’hémorragie en France ?

En conclusion, au-delà du montant annoncé, Renault estime que les investissements réalisés depuis cinq ans commencent à porter leurs fruits et se dit prêt à poursuivre cet effort. En revanche, le groupe ne cache pas que ses futures décisions dépendront de la stabilité économique et politique du pays. Pour un constructeur dont près de 40 000 salariés se trouvent en France, l’enjeu dépasse largement la seule question industrielle.

C’est tout l’emploi automobile qui a chuté en France, comme nous l’évoquions plus haut dans l’article. Vers 2015, Renault employait encore autour de 45 000 salariés en France tandis que PSA en comptait près de 58 000. Dix ans plus tard, Renault conserve environ 40 000 collaborateurs dans l’Hexagone, alors que les activités françaises de Stellantis ne représentent plus qu’un peu plus de 34 000 salariés.

A l’échelle de la filière automobile française, la chute est impressionnante. En 2015, elle représentait encore environ 440 000 emplois selon la Direction générale des entreprises. Dix ans plus tard, elle en représente environ 350 000 selon la Plateforme Automobile (PFA), soit une perte proche de 90 000 emplois. Les travaux de l’INSEE montrent également qu’entre 2010 et 2023, les effectifs de la filière automobile manufacturière ont reculé d’un tiers, passant de plus de 425 000 à moins de 290 000 emplois équivalent temps plein.

On ne peut que souhaiter à Renault de pouvoir concrétiser ses investissements afin d’arrêter l’hémorragie de l’emploi automobile dans l’Hexagone.

Source : Handelsblatt

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