C’est le scoop que révèle Car and Driver : les Fiat Grizzly et Grizzly Fastback, tout juste sorties des chaînes de Kénitra, seront adaptées et rebadgées Chrysler pour le marché américain. Elles y prendront les noms d’Arrow (Fastback) et Arrow Cross (SUV classique). Un duo affiché sous les 30 000 dollars qui viendrait épauler le futur Airflow et, surtout, sortir Chrysler de sa dépendance au seul Pacifica.


Et ce n’est pas une simple rumeur de couloir. Lors de la présentation du plan FaSTLAne 2030 en mai dernier, Stellantis avait déjà acté que Chrysler, reléguée au rang de marque régionale, ajouterait trois crossovers autour du Pacifica, dont un modèle d’entrée sous les 30 000 dollars. Les Arrow et Arrow Cross sont clairement ces modèles d’accès. Ils reposent sur la plateforme Smart Car (la même que la Grande Panda et la C3), mesurent moins de 4,50 m et se situent donc un cran en dessous des Chevrolet Trax et Nissan Kicks, par exemple.

Le Maroc s’ouvre les portes du marché américain

Les Grizzly et Grizzly Fastback sont produits à Kénitra, usine Stellantis dont la capacité a été portée à 535 000 véhicules par an. C’est une première pour un modèle destiné au marché américain : un véhicule « US-spec » sortant d’une usine marocaine. Le contexte réglementaire et commercial le permet.

Grizzly

Le Maroc et les États-Unis ont signé un accord de libre-échange le 15 juin 2004 ; il est entré en vigueur le 1er janvier 2006. Cet ALE élimine immédiatement les droits de douane sur la quasi-totalité des produits industriels marocains (près de 99 % des positions tarifaires hors textiles) et prévoit un démantèlement progressif pour le reste. Les règles d’origine permettent à un bien de bénéficier du traitement préférentiel s’il est entièrement produit au Maroc ou s’il a subi une transformation substantielle avec une valeur ajoutée locale suffisante. Un avantage décisif pour Stellantis, d’autant que l’usine marocaine augmente progressivement la part de composants produits localement.

Pour Stellantis, l’enjeu dépasse largement le seul lancement de ces deux Chrysler. Le groupe utilise désormais Kénitra comme une véritable base industrielle mondiale, capable d’alimenter non seulement l’Europe, l’Afrique ou le Moyen-Orient, mais aussi le marché nord-américain.

Un segment de marché juteux… et ultra-compétitif

Le segment des « subcompacts » d’entrée de gamme aux États-Unis pèse plusieurs centaines de milliers d’unités par an. Le Chevrolet Trax a été écoulé à environ 200 000 exemplaires en 2024 et encore près de 170 000 en 2025. Le Nissan Kicks tourne quant à lui entre 80 000 et un peu plus de 100 000 unités selon les années (record en 2025). On trouve aussi dans ce créneau le Honda HR-V, le Toyota Corolla Cross, le Kia Seltos ou le Hyundai Venue. Pour Chrysler, dont la gamme se résume aujourd’hui au Pacifica, il y a donc un vrai potentiel à élargir la gamme, au risque d’enfoncer une porte ouverte.

Avec un positionnement tarifaire cohérent et un niveau d’équipement adapté aux attentes américaines, un volume annuel compris entre 40 000 et 70 000 exemplaires pour l’ensemble du duo apparaît envisageable une fois la production stabilisée. Ce n’est pas le volume d’un RAV4, une des starts du marché, mais c’est largement suffisant pour redonner une présence en showroom et retrouver du trafic dans les concessions.

On a connu l’époque où Chrysler était la marque la plus huppée, au-dessus de Dodge et Plymouth, mais avec cette Arrow, visant le bas du marché, Chrysler devient… le nouveau Plymouth !

Chrysler Arrow : bien plus qu’un simple changement de logo

Les versions « euro-spec » ne passeront pas telles quelles aux États-Unis, bien entendu. Plusieurs adaptations sont évidentes, alors détaillons-les sans trop prendre de risques :

  • Éclairage et signalisation : feux avant et arrière, clignotants, feux de jour et marquages réglementaires devront être mis en conformité avec les normes FMVSS (présence de « side-markers », absence d’anti-brouillards arrière…). Les signatures lumineuses seront d’ailleurs l’un des principaux vecteurs de différenciation visuelle.
  • Chocs : la réglementation américaine, notamment le small-overlap frontal (IIHS et NHTSA), est plus exigeante. Il faudra très probablement une refonte substantielle du berceau avant, du bouclier, des absorbeurs d’énergie et des renforts latéraux. Ce n’est pas un simple « kit US », c’est une vraie grosse adaptation structurelle. A noter qu’aucun modèle de la famille Smart Car commercialisé en Europe n’a pour l’instant fait l’objet d’une publication Euro NCAP. Citroën, Opel et Fiat commercialisent donc leurs C3, C3 Aircross, Frontera et Grande Panda sans note indépendante de l’organisme européen, un point qui ne manque pas d’interroger alors que les versions indienne et sud-américaine de la C3 ont obtenu des résultats très décevants chez Global NCAP et Latin NCAP. La version Chrysler ne passera pas à côté de la validation IIHS/NHTSA, en revanche !
  • Style et identité de marque : face avant entièrement repensée pour adopter la nouvelle grammaire Chrysler (bandeau LED traversant, logo illuminé, calandre trapézoïdale, graphisme lumineux vertical à l’arrière). Les designers Chrysler et Fiat ont déjà travaillé ensemble ; Ralph Gilles a d’ailleurs insisté sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un simple rebadging.
  • Motorisations et équipements : l’offre européenne (thermique, mild-hybrid, 100 % électrique) sera vraisemblablement recalibrée. On peut s’attendre à des moteurs plus « US-friendly » (le 1.6 turbo déjà vu chez Jeep semble toutefois bien gros pour la baie du Grizzly… Stellantis va-t-il se contenter du 1,2 l turbo ex-PureTech ?) et à un niveau d’équipements de série différent pour coller aux attentes du marché.
  • Couleurs : Fiat s’interdit le gris… Pas Chrysler !

Chrysler ArrowChrysler Arrow

Chrysler Arrow

Chrysler mise désormais sur les synergies

Dans le plan FaSTLAne 2030, Chrysler n’est plus une marque mondiale autonome. Elle devient un label régional qui doit maximiser les synergies industrielles tout en conservant une identité de style et d’expérience. Les Arrow et Arrow Cross en sont probablement l’exemple le plus concret : une base Fiat (plateforme SmartCar, inaugurée par la Citroën C3) fabriquée au Maroc, retravaillée pour Chrysler et vendue à prix serré sur le premier marché automobile mondial.

Sur le papier, l’opération a du sens. Chrysler récupère enfin des modèles dans le cœur du marché américain, Stellantis remplit davantage son usine de Kénitra et le Maroc décroche un programme destiné aux États-Unis. Reste le plus difficile : convaincre une clientèle qui a largement oublié la marque. Les Grizzly deviennent Arrow. Il faudra maintenant vérifier si les clients américains y voient autre chose qu’une Fiat avec un nouveau logo… et lancée 2 ans après l’Europe.

Stellantis faSTLAne 2030 Chrysler

Source : Car&Driver.

Inscrivez-vous pour recevoir chaque mois notre contenu dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.