Le Nouvel Automobiliste

Essai Toyota RAV4 Hybrid 4WD-i Lounge : le SUV hybride sans demi-mesure?

Le premier RAV4 fut particulièrement remarqué lors de sa sortie en 1994 et devint le premier de ce que l’on appelait alors les 4×4 plébiscité par les citadins « BCBG ». Son look sympathique et « branché », son format compact en version 3 portes et ses capacités routières s’approchant de celle d’une berline lui ont valu un succès commercial inattendu en France et à l’international. Le segment des SUV (Sport Utility Vehicle) était né ! Le RAV4 a maintenant 25 ans, 4 générations derrière lui , 8,5 millions d’exemplaires vendus et a évolué pour devenir un véhicule de plus en plus familial. Et, point remarquable, il peut toujours se vanter d’être le SUV le plus vendu au monde avec 810 953 exemplaires en 2017 malgré une offre pléthorique sur l’ensemble des segments . En France, le Peugeot 3008 le domine avec 31 100 exemplaires vendus en 2018, contre 9 100 RAV 4 qui se hisse de ce fait à la 5ème place de ce segment. Afin de reprendre une longueur d’avance sur la concurrence mondiale, il revient en 2019 avec cette nouvelle génération qui compte se démarquer en revenant à certains fondamentaux du premier opus.

Nous avons fait connaissance avec la version Hybride 4 roues motrices développant 222ch en finition Lounge. Le nippon proposera par ailleurs un modèle essence et diesel qui ne sont pas prévus pour le marché Français.

Du Recreational Activity Vehicle au Robust Accurate Vehicle

Pour conquérir le monde, le nouveau RAV4 se distingue en s’affirmant comme un véhicule tout terrain tant d’un point de vue stylistique que technique, c’est à dire « ROBUSTE » selon le terme employé par le marketing Toyota. Un « petit » retour aux sources si l’on fait abstraction de la taille imposante de cette génération par rapport à la toute première. La longueur est passée de 4,16m à 4,60m. La motorisation hybride va constituer un argument de vente majeur puisque ce SUV ne subit pas de malus grâce à des émissions de CO2 de 102 g/km selon le cycle d’homologation NEDC. Un avantage dont ne peuvent se prévaloir ses principaux rivaux, les Peugeot 3008 PURETECH 180 EAT8 et Volkswagen Tiguan 1.5 TSI DSG 7 EVO qui sont pourtant respectivement 20 et 30% moins puissants. Et comme tout nouveau modèle, il se doit de faire mieux que l’ancien afin de s’imposer. « New is always better ! » comme nous le rappelle Barney Stinson dans la série « How I met your mother ».

Ce nouvel opus a été présenté sous la forme du concept FT-AC lors du salon de Los Angeles 2017. Et, sans aucun doute, le design est en rupture totale par rapport à la précédente génération. Toyota explore et décline une nouvelle thématique, les polygones de manière « fractale » car ceux-ci sont omniprésents à différente échelle du dessin du véhicule : par exemple la silhouette est partie de l’esquisse d’un polygone vertical pour l’arrière et horizontal pour l’avant. 

Les passages de roue sont polygonaux tout comme leurs enjoliveurs. Le contour de la calandre est, lui aussi, polygonal comme les motifs de sa grille. L’œil doit prendre du temps pour décrypter et comprendre les lignes. Cette démarche est comparable au travail précédemment réalisé sur la gamme Lexus et leurs triangulations. Le style est clivant et trouvera sûrement des fans. Le RAV 4 est un pseudo-baroudeur  aux proportions généreuses, aux lignes sophistiquées et globalement équilibrées. De même l’habitacle dégage cette impression de robustesse mais en présentant un dessin beaucoup plus consensuel comme nous le verrons par la suite.

Afin que le ramage soit à la hauteur du plumage, Toyota a amélioré les capacités de franchissement du nouveau venu en retravaillant l’architecture du véhicule et de la chaîne de transmission de la version quatre roues motrices. La garde au sol a été rehaussée de 15 mm par rapport au RAV 4 IV. Les roues arrières sont mues par un moteur électrique dont le couple maximal est 30% plus important qu’auparavant. Désormais 80% du couple peut être réparti sur les roues arrières contre 60% précédemment. Le RAV 4 dispose du mode TRAILMODE qui enclenche le différentiel AV/AR à glissement limité électrique. Pour rappel, un différentiel est un système mécanique qui adapte le couple et la vitesse de chacune des roues d’un même train dans les virages pour une bonne maniabilité du véhicule. Par contre, lorsque la force transmise par une des roues motrices est quasi nulle (sur sol très glissant ou lorsqu’une roue est en l’air), l’autre roue du même train n’est plus en mesure de transmettre le couple ce qui est très incommodant pour les pratiquants de la conduite tout terrain.  Le différentiel à glissement limité électrique bloque la roue en situation de glissement et permet la transmission de couple de l’autre roue du même train.

Le Rav4 repose sur une nouvelle plateforme « GA-K » commun à la Lexus ES et à la Toyota Camry, avec une caisse plus rigide, un centre de gravité abaissé de 15mm et une répartition des masses av/ar équilibrée à 51%/49%. Ce sont sur le papier les ingrédients pour de meilleures prestations dynamiques.

Une familiale qui s’embourgeoise

Toyota avait pour habitude de commercialiser des véhicules à l’habitacle assez quelconque, aux matériaux peu raffinés, mais pratiques et résistants aux aléas du temps. Les dernières sorties du constructeur (Prius rechargeable, C-HR) ont fait l’objet d’un soin dont bénéficie également le petit dernier. Le dessin intérieur dégage cet effet désiré de robustesse alors que le précédent modèle paraissait plus fantaisiste. L’épaisse planche de bord et la large console centrale enveloppent les occupants avant. La planche de bord est parée d’une imposante coiffe sur laquelle est greffée l’écran central tactile de 7 pouces qui affiche les fonctions GPS et audio.

Le bloc instrumentation, constituée d’un afficheur multifonction de 4,2 pouces qui se fond avec les indicateurs à aiguilles, est engoncée dans la casquette de planche de bord. Son graphisme est moins travaillé que sur le 3008 mais le résultat est tout de même plaisant. La console centrale, qui intègre les commandes de transmission automatique et le réglages de température de la climatisation, expose en son centre les 2 gros boutons de commande de température évoquant des turbines. Les inserts métallisés au dessin taillés à la serpe dynamisent l’ensemble. Les coloris de notre version d’essai étaient un peu tristes, mais il est possible d’égayer l’habitacle en optant pour une planche de bord crème ou grise et blanche sur la finition Lounge. Par contre, en Europe, le noir est imposé sur les niveaux inférieurs.

Le RAV 4 monte en gamme comme le prouve le gros travail effectué sur la qualité perçue pour se mettre au niveau des autres constructeurs généralistes. Le choix des matériaux est rationnel. Les parties supérieures arborent des plastiques moussés et surpiqués, tandis que les parties inférieures moins visibles utilisent progressivement des plastiques plus durs mais qui restent proprement assemblés. Ça ne sonne pas creux, ça ne grésille pas. La conception des assemblages est faite intelligemment, en privilégiant des superpositions au lieu d’assemblages flush qui révèlent les moindres défauts d’ajustement. Les contreportes arrière n’ont pas recours à des matériaux plus économique que celles de l’avant, contrairement à ce que font certains concurrents tels que le Tiguan. On pourra néanmoins reprocher au RAV 4 l’aspect de certains boutons comme par exemple les commandes de vitre électriques, de GPS ou de réglage de température des sièges. Enfin, le similicuir des sièges n’est pas très valorisant car les « peaux » manquent de tendu.

Le RAV4 est une vraie familiale comme l’atteste la bonne habitabilité. On apprécie en particulier la hauteur importante sous plafond et l’espace dédiée aux jambes à l’arrière qui profite de l’empattement allongé de 30mm. Dommage que la banquette manque de relief car on se fait pas mal balader sur les routes sinueuses. On regrette également le manque de visibilité vers l’avant à cause des imposants sièges avant qui, eux, maintiennent bien leurs hôtes, réchauffent et aèrent leurs postérieurs grâce au système intégré de chauffage et de ventilation. Quelle scandaleuse différence de traitement! Le conducteur quand à lui trouvera sans problème les réglages appropriés pour être bien positionné.

Le volume du coffre est important, 580 l, et n’est pas pénalisé par les batteries car avec la nouvelle plateforme, celles-ci sont logées sous la banquette arrière. Le plancher est plat, le seuil de chargement bas et les parois assez rectilignes. Avec la banquette fractionnable entièrement rabattue, le RAV4 peut jouer au déménageur en engloutissant l’équivalent de 1 690L !

La principale innovation du RAV4, ce pourrait être le rétroviseur central numérique (en option sur notre version) dont les images proviennent d’une caméra intégrée au hayon arrière. Cet écran assure une visibilité arrière même lorsque le champs de vision est obstrué par des bagages et il évite aussi les éblouissements la nuit. Par contre il nécessite un temps d’adaptation pour trouver ses repères, la qualité de l’image est dégradée en cas de faible luminosité et après une utilisation sur des terrains boueux, l’image n’est plus visible à cause des projections. A chacune juger du réel intérêt de cet équipement mais, de notre point de vue, cela tient plus du gadget que du progrès utile.

Quant à l’écran du système multimédia, il parait franchement daté. Les graphismes, notamment ceux du GPS, manquent de fraîcheur et son fonctionnement n’est pas très intuitif. Heureusement la dalle tactile est assez réactive.

Un « baroudeur » à apprécier en douceur

Le groupe motopropulseur développe 222 ch dans la version à quatre roues motrices (contre 218 ch pour la traction). De quoi mouvoir convenablement les 1700 kg à vide (soit 350 kg de plus qu’un 3008 en version Puretech 180 EAT8 qui n’est, il est vrai ni un quatre roues motrices) ni un hybride. Le constructeur annonce de très bonnes performances avec un 0 à 100km/h réalisé en moins de 8,1s. A l’usage accélérations sont satisfaisantes mais très (trop) linéaires. Il n’y a pas de quoi s’émoustiller. Mais le plus marquant est la sonorité et les sensations générées par la boite à variation continue qui continue d’agacer comme sur la plupart des autres modèles du constructeur qui en sont équipés. L’impression d’avoir un moteur qui mouline dans le vide est omniprésente bien que les ingénieurs assurent avoir travaillé ce point. Même lors des accélérations progressives à très basse vitesse ce phénomène se manifeste. Clôturons sur une note positive : il n’y a effectivement aucun à coup généré pas des changements de vitesse grâce à cette technologie.

Mis à part ce problème de sonorité, le RAV4 est bien isolé des autres bruits, en particulier des bruits de roulage et du moteur à vitesse constante. De plus, les suspensions filtrent bien les irrégularités de la route même sur des revêtements dégradés. Le confort thermique est également soigné, chaque passager avant dispose de son propre module de réglage tandis qu’à l’arrière les occupants bénéficient de 2 sorties d’aération en partie centrale.

Le comportement routier est sain, la direction plutôt précise mais la masse importante du véhicule combinée à la hauteur importante n’invite pas à hausser le rythme sur route sinueuse. Le RAV4 ne propose le plaisir de conduite d’un 3008 au comportement routier affuté ou de celui du Mazda CX-5 qui se distingue également à ce chapitre.

Le conducteur est assisté dans sa tâche par les systèmes d’aide à la conduite regroupé dans le pack Toyota Safety Sense 2, livré de série sur l’ensemble des finitions. Il comprend, notamment, un système de lecture des panneaux de signalisation qui collabore avec le régulateur de vitesse adaptatif qui gère la vitesse en fonction de la densité de circulation, un système anticollision capable d’amplifier ou d’enclencher un freinage en cas de détection d’un obstacle imminent, y compris des piétons par faible luminosité. Il faut ajouter à cela l’alerte de franchissement de ligne qui maintient, au besoin, le véhicule dans son couloir de circulation ainsi qu’un assistant de trajectoire qui s’enclenche à partir de 50 km/h et dirige le véhicule en lisant les marquages au sol.

En ville, le véhicule se manœuvre assez facilement malgré son gabarit, grâce au rayon de braquage assez court de 5,9m aidé par une bonne visibilité directe et certaines assistances à la conduite. Les montants avant sont assez fin et le volume du capot a été affiné en partie centrale. Les manœuvres critiques sont aisément réalisables grâce à la vision 360°, de série sur la finition Lounge, qui affiche une vue de dessus du véhicule et de son environnement direct. Cet équipement est remplacé par de simples radars avants/arrières sur les versions inférieures.

Les prestations en tout chemin sont intéressantes. Lors d’un parcours sur un terrain gras et vallonné, le véhicule a été capable de s’extraire des quelques difficultés malgré les pneus routiers. Le plus marquant reste le confort de suspension et l’insonorisation sur les quelques sections très dégradées. Royal !


On fait les comptes et le bilan

A 45 050 € dans cette version Hybride AWD-i Lounge (43 000 € en 2 roues motrices), le RAV 4 sera confronté au Peugeot 3008 1.6 PureTech 180 GT Line affiché à 38 350 €. Et 42 230 € pour une dotation équivalente, c’est à dire en cochant les options sellerie cuir, Grip Control, chargeur à induction, Pack City 2. Bien que le Peugeot soit moins puissant de 40 chevaux, il annonce de meilleures performances mais une consommation officiellement supérieure de 1,2 l/100 km. Nous avons relevé durant notre essai une consommation moyenne de 6,7l/100km à l’ordinateur de bord sans le ménager. En étant plus attentif à sa conduite, il est parfaitement possible de descendre sous la barre des 6l/100km, ce qui est très honorable pour cette taille et puissance de véhicule. Commercialisé en France avec cette seule motorisation hybride, le ticket d’entrée à la gamme RAV4 est de 34 950 € ce qui est élevé si l’on compare au 3008 qui démarre à 27 000 € et qui n’est certainement pas le moins cher du segment. Toyota mise sur son image de marque et la réputation de sa motorisation hybride pour accroître ses parts de marché dans un segment où le diesel est en fort recul mais où les consommations de ses concurrents thermiques peuvent encore rebuter certains..

En conclusion, Toyota propose un SUV très affirmé extérieurement et à la finition intérieure enfin sérieuseC’est un SUV familial confortable si l’on fait abstraction de son principal défaut, le bruit de sa transmission à variation continue lors des phases d’accélération. Il sera apprécié sur les longs trajets sur route et autoroute, en revanche il reste avare en sensation, malgré ses 222ch, du fait de sa masse importante et de son comportement routier moins affuté que les références du segment. Réussira-t-il à finir sur le podium des ventes en France du segment dès 2019 ? En tout cas il est fortement probable que Toyota maintienne sa position de leader au niveau mondial.