Le Nouvel Automobiliste

Festival Automobile International 2019 (2/2) : les concept-cars du reste du monde

Au soir du 3 février, les portes de l’exposition annuelle du Festival Automobile International a clos ses portes. Ce rendez-vous, organisé à Paris depuis 2001 et aux Invalides depuis 2008, lance surtout les festivités de la « semaine automobile » qui se poursuit avec le Salon Rétromobile jusqu’au 10 février. Après avoir découvert les voitures françaises, il est temps voir ce que le reste du monde proposait.

Deux duos pour Ferrari et Mercedes

Opposés sur les circuits de Formule 1, Ferrari et Mercedes-Benz étaient également frontalement opposés au Festival Automobile, avec deux concepts-cars… ou presque. Dans le cas du cheval cabré, la monoplace Monza SP-1 était exposée pour la première fois en Rosso Ferrari, après l’avoir été en noire et grise au Mondial de l’Auto. L’occasion pour le public d’approcher de plus près cette première réalisation de la gamme « Icona », dédiée aux modèles en petite série de Maranello.

Mais, pour des modèles encore plus exclusifs, Ferrari propose des modèles uniques : des one-offs pour que les clients aient des designs spécifiques. Un département dédié propose depuis 2007 de partir de bases techniques existantes (488 GTB, 812 Superfast…) et de les recarrosser suivant les desiderata client. Des modèles « à la carte » forcément bien plus chers car leur conception suit les mêmes cycles qu’un modèle de « série » avec notamment des maquettes de style. Au Festival était donc présentée la maquette pleine taille 1 de la SP38, dérivé d’une 488 GTB et créé en mai 2018. A la différence de la version définitive, il n’y a pas d’habitacle et les freins sont… factices !

Côté Mercedes, c’est un duo de deux sous-marques que l’Etoile présentait aux Invalides. D’un côté son ultra-luxe Maybach, avec l’étude Ultimate Luxury que l’on découvrait pour la première fois en France ; et de l’autre, la supercar EQ Silver Arrow, qui s’appuie sur la nouvelle griffe des voitures électriques de Stuttgart, EQ.

La Silver Arrow avait été présentée au Mondial de Paris mais la découvrir sous la lumière naturelle permet de mieux appréhender ses détails, forts nombreux. Sous une carrosserie lisse faite d’appendices fonctionnels qui améliorent sa pénétration aérodynamique, la voiture rend hommage au passé des « Flèches d’Argent ». Ainsi, l’habitacle met en valeur du cuir et du bois, « comme avant », tandis que le volant se résume à un écran central et deux poignées de part et d’autre. Les pneus slicks sont gravés de l’Etoile tandis que les moteurs-roue sont remarqués à leur carrossage de teinte cuivrée, référence à la fée électricité qui les meut. L’ensemble est impressionnant et surtout particulièrement effilé, à tel point que les roues dépassent du carrossage.

La Mercedes Maybach Ultimate Luxury est, comme son nom l’indique, une interprétation radicale du luxe automobile tel que l’imagine la marque allemande. Présentée au Salon de Pékin l’an dernier, cette berline 4×4 surélevée opulente et électrique.

Longue de 5,26 m et large de 2,11 m, elle n’accueille que 4 places dans un habitacle tendu de blanc et de cuivre. Un service à thé est intégré pour les passagers arrière tandis que le poste de conduite reprend ‘interface MBUX de Mercedes. Avec 750 ch et 500 km d’autonomie, cette limousine d’un genre « imposant » surplombe la route de ses roues de 24 pouces à multiples rayons. Une interprétation toute « Mercedes » de ce que pourrait être un équivalent Maybach des Rolls Royces Cullinan et Bentley Bentayga, à venir dans un futur pas si éloigné puisque le prochain rejeton de l’officine allemande sera basé sur le Mercedes-Benz GLS dès cette année.

Succès de style pour le Range Rover Evoque

Fort du prix du plus bel intérieur, le nouvel Evoque était présenté au public parisien lors du Festival, après l’avoir été au public bruxellois mi-janvier dernier. Sa présence est néanmoins plus que celle d’un nouveau modèle lauréat d’un prix : elle est la démonstration qu’un design de concept-car peut être traduit en série. En effet, l’Evoque dérive ni plus ni moins que de l’étude LRX, présenté au Salon de Détroit 2008. Onze ans plus tard, il a donné naissance au modèle le plus vendu de la gamme Land Rover, à un style qui a été dupliqué à toute la gamme, et à une stratégie qui encore guide le constructeur britannique. Ainsi, le SUV I-Pace a-t-il d’abord été présentée comme étude de style radicale avant d’être traduit en modèle de série, sans que pour autant son concept ne fusse un simple « showcar » à peinture spéciale. Une démarche qui justifie de surcroît la présence de l’Evoque à l’exposition, aux côtés de l’ancien Evoque pour mieux constater les différences -réelles, mais ténues- entre les deux générations.

Réinvention d’icônes

Bâtir son identité de marque sur un style fort, c’est bien. Savoir se réinventer sans se perdre, c’est mieux. C’est le défi auquel font face Aston Martin et BMW. Riches d’un héritage stylistique en béton armé, les deux labels doivent néanmoins évoluer pour vivre avec leur temps, sans lasser le public. Ainsi, en 2018, Aston Martin a présenté la Vantage qui succède à un modèle (signé Henrik Fisker) dont le style était quasi immuable depuis une décennie. Difficile tâche, d’autant que pour une sportive, le style doit aussi convenir à l’aérodynamisme.

Reste que la marque de Gaydon a réussi son pari en proposant une nouvelle sportive compacte, musclée et trapue sans être encore trop tape à l’œil, dotée d’appendices bien intégrés (queue arrière, spoiler avant, écope latérale). Le regard a évolué, la calandre est devenue plus massive (comme l’annonçait la DB10 du film Spectre), et la palette des coloris laisse une large place à la personnalisation.

Chez BMW, se réinventer stylistiquement semble un mantra depuis plus d’un an. Les modèles présentés en 2018 semblaient tous vouloir réinterpréter les codes de Munich : du pli Hoffmeister absent du X2 au gigantesque SUV X7 en passant par la Série 3 au regard à « griffe », aux larges naseaux de la Série 8 sans oublier les feux aérodynamiques de la Z4, l’équipe d’Adrian von Hooydonk a fait feu de tout bois. C’est peut-être aussi pour cela que le designer en chef du Groupe BMW s’est vu décerner le Prix spécial du Jury. Le concept-car exposé, la maquette i-Vision Dynamics, qui présente ce que pourrait être une future berline électrique pour le constructeur allemand.

Cette troisième réinterprétation d’icône est la plus capillotractée. Encore que, vu son évolution capillaire, l’expression n’est peut-être pas la plus adaptée à son endroit. C’est en effet à David Bowie que le concept David Bowie Car rend hommage, sous la forme d’une maquette imprimée en 3D. Un projet, signé de plusieurs mains et du designer Takumi Yamamoto, l’homme à qui Citroën doit le concept GT de 2008 ! Imprimé dans les Yvelines par Marie 3D, cette étude originale est le tout premier concept-car grandeur nature ainsi réalisé. Il préfigure, peut-être, le futur de la modélisation de style, jusqu’à présent encore grandement liée à la clay (argile dure) dans les bureaux de style.

Les 15 ans de la Fiat 500

Avant l’Evoque, un autre concept-car était passé à la série avant de connaître un immense succès. Et c’est chez Fiat que cela se passe. Au salon de Genève 2004, alors que le constructeur turinois est au plus mal, est présentée l’étude Trepiuno. Après plus d’une décennie de dizaines audacieux, marqués par la Tipo, le Multipla ou encore le Doblo, Fiat présentait ici un rétro design plus qu’inspiré. Tellement inspiré que Fiat dira banco et traduira en série l’oeuvre de Roberto Giolito en « nuova 500 », en 2007. Le succès est fulgurant, et même si la taille évolue (de 3,30 m à 3,55 m), les proportions demeurent. Après 2 millions d’exemplaires produits en 11 ans, l’élan de la transalpine ne semble pas s’enrayer. Elle est même maintenant à la tête d’une « famille » avec deux monospaces (500L et 500L Living) et un SUV (500X). L’occasion d’une rétrospective sur Fiat et sa 500, de 1957 à 2019 en passant par une Jolly, une Zagato et la dernière 500 Repetto.

Par delà les allées du Festival…

Terminons ce tour du Festival Automobile International 2019 par les autres modèles exposés. Qu’il s’agisse de modèles de série (cette fois encore, des SUV) proposés à l’essai, de Ligier qui exposait pour ses 50 ans une JS P217 de LMP2, du bureau de style Icona qui présentait la maquette de son monovolume autonome Nucleus, ou encore des motos Newron, l’exposition abordait plusieurs facette de ce qu’est le style automobile. Ceci sans oublier le passé avec le magazine GQ qui exposait une Lancia Rally 037 à ses couleurs.

Retrouvez les concepts-cars français exposés au Festival à ce lien, et visitez en vidéos l’exposition dans cet article. Rendez-vous à présent le 29 janvier 2020 pour découvrir la prochaine exposition du Festival Automobile International !

Crédit photographique : François M et François B – Le Nouvel Automobiliste