Le Nouvel Automobiliste

Rétromobile 2020 : le Prototype H de Renault en « Première mondiale » !

Cinquante-quatre ans après avoir vu le jour, voilà une Renault inédite qui connaît son premier salon. Comble du chic, elle n’a même pas de nom officiel, tout juste une lettre code : « Prototype H » ! Et pourtant, à la découvrir, l’on est replongé dans la pleine époque où Renault et l’automobile française de grande série se cherchait son graal : une berline de prestige.

Le Prototype H en « première mondiale » !

C’est la première fois qu’il est exposé au grand public : le prototype H de Renault est une curiosité de l’histoire qui remonte à l’année 1966 lorsque le Losange cherche à se doter d’un haut-de-gamme capable d’en remontrer à la référence de l’époque, la DS. L’année précédente, en 1965, la Régie était toute à la fête de lancer sa R16, première voiture à vivre mais aussi proposition réaliste et aboutie d’un modèle venant coiffer la gamme et remplacer la Frégate. Déjà, la « 16  » n’était pas sans créer un conflit avec Citroën, la marque de Javel estimant que Renault avait tout simplement copié le principe de soudure du pavillon qu’elle comptait mettre en production sur son modèle de milieu de gamme, le projet F. Un prototype avec une lettre, là encore ! Point commun avec le « H » de Renault, le « F » n’a jamais vu le jour. Pire, ses prototypes ont même été détruits…

Mais revenons chez le Losange où tout va pour le mieux et où l’on se sent pousser des ailes. Avant de se les brûler, Renault va se rapprocher du constructeur de l’Est de la France, Peugeot, pour créer l’Association. Le 22 avril 1966, voilà Boulogne et Sochaux unis pour réduire leurs coûts (production, achats, études) et dégager des moyens pour des modèles communs, dont un haut-de-gamme commun. Pour cela, il faut un moteur et cette voiture aura un V8 à 90°, conçu par Peugeot, de 3,5 l de cylindrée !

Pour le style, comme le raconte Car Design Archives, Renault imagine une super R16 à propulsion avec un profil à 6 glaces de 4,90 m de long et 1,88 m de large dont… le style n’est pas sans rappeler les R20/R30 qui ne sortiront que 9 ans plus tard, en 1975. Ce design fastback, qui devait être partagé par Renault et Peugeot, est signé Michel Béligond, dans l’équipe de Gaston Juchet, auteur de la R16. C’est la seule des trois maquettes qui a survécu, les deux autres étant une tricorps et une deux volumes et demi. Remarquez les optiques, noyez dans les énormes pare-chocs, ainsi que le gros logo au Losange pour l’époque.

A bord, l’impression d’espace est renforcée par la très large planche de bord et les très grands sièges. Tout est étrangement moderne : vitres électriques, climatisation séparée avant-arrière, instrumentation ultra complète dont un compteur de vitesse horizontal ! La suspension est oléopneumatique tandis que les dossiers arrière sont réglables en profondeur et inclinables ! De quoi rouler avec tout le confort des Trente Glorieuses !

Mais alors, pourquoi le Prototype H n’a-t-il jamais vu le jour ? Parce que l’année suivante, devant les frais à engager, Renault comme Peugeot se demandent si le jeu en vaut vraiment la chandelle. Chacun fait ses comptes et en 1967 sonne l’heure de la fin du projet : la super berline ne verra pas le jour. Pourtant, chacun saura en tirer parti : Renault en reprenant son design ; et les deux constructeurs, avec Volvo à partir des années 1970, en transformant le moteur V8 en V6, le PRV à l’angle d’ouverture de 90° !

Si ce projet n’a jamais vu le jour, il aura été riche en enseignements. Il demeurera pour toujours représentatif d’une époque où tout ou presque était permis pour conquérir le haut-de-gamme y compris sous le capot. Et l’on se prend à rêver qu’il y ait d’autres projets méconnus tels que celui-ci qui puissent, un jour, enfin, être mis en pleine lumière.

Le Prototype H de Renault à Rétromobile en images :

Sources : Renault Classic ; Car Design Archives
Crédit photos : François Mortier – Le Nouvel Automobiliste