Le Nouvel Automobiliste
Renault = Design livre Laurens Van Den Acker

Renault = Present : le design du Losange vu par son directeur

Renault = Present ? Petit retour en arrière : nous étions invités à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts afin de découvrir le dernier né des concept cars Renault : TreZor. Et on l’a bien découvert… à travers des lunettes de réalité virtuelle. Du coup, difficile de partager cette exclusivité avec vous. Et après tout, vous avez fini par le voir au salon de l’automobile dans les jours qui ont suivi, ainsi que sur notre éminent site. N’en restons pas là : on va évoquer les deux autres surprises de la soirée. Renault avait sorti pour l’occasion 4 concept cars et surtout, nous a offert un sacré livre.

Renault = Present

En 2010, Renault, par le biais de Laurens Van Den Acker, son nouveau directeur du design, présente une marguerite constituée de 6 pétales colorées. Chacune annonce un thème et un concept car. Premier de la lignée DéZir, chargé de charmer le Sheikh le public afin de le rendre de nouveau « amoureux » de la marque au Losange. Aujourd’hui terminé, le cycle de la Marguerite est en cours de déploiement au sein de la gamme Renault. Pour marquer le coup et nous dévoiler le nouveau concept, TréZor, Renault nous a invités à écouter quelques grands noms du Design à nous parler de… design. Arik Levy et Sam Baron ont ainsi échangé avec Laurens Van Den Acker (qui nous a récemment fait l’honneur d’une visite guidée du salon de Paris) et Heather Knox  autour de divers thèmes.

A commencer par l’importance de l’image de marque qui prend souvent le pas sur le produit en lui-même (vous avez-dit engouement pour les marques premium ?). Le thème de la globalisation pose aussi la question de la dilution de l’identité d’une marque devant plaire à travers différents marchés tout en véhiculant ses valeurs fondatrices. L’intégration des cultures des diverses clientèles est un point clé dans la définition de la réponse qu’une marque peut y apporter. Tout en nuançant car il existe un écart entre ce que prétendent vouloir les gens et leur acte d’achat, souvent plus conservateur. Et je pense à la voiture autonome que l’on nous vend pour demain : ce serait oublier que la majorité des français est déjà réfractaire à une simple boite automatique… Et je pense qu’ils devaient penser plus ou moins à la même chose. Il y avait aussi l’idée forte que la voiture est un symbole de son époque. Et l’époque actuelle étant aux amalgames douteux et aux raccourcis faciles, l’automobile se doit d’éviter de devenir un mauvais symbole : le défi est de capturer les bons marqueurs de l’époque. Enfin, la voiture est une expression de soi. Charge aux designers de nous faire rêver. En cela, Laurens Van Den Acker présente TréZor comme une voiture destinée à « être affichée sur un poster dans une chambre d’ado ». On en revient à l’image de marque, non ?

Enfin, la soirée s’est conclue par la présentation d’un livre, Renault = Present, malheureusement indisponible à la vente mais que je me propose de vous faire brièvement découvrir. Ecrit par Irma Boom et Laurens Van Den Acker, Renault = Present revient sur les influences des auteurs et sur l’histoire du design de la marque à travers les modèles marquants, les époques, ponctuées par des œuvres de Vasarely qui a signé le fameux logo de 1972, considéré comme l’œuvre d’art la plus produite. L’originalité graphique réside dans le matériau du livre : point de papier ici mais de l’aluminium. Le résultat est particulièrement réussi d’un point de vue esthétique et permet de découvrir d’intéressantes esquisses. On y lit une analyse plutôt pertinente même si elle est bridée par la nécessité d’apparaître corporate. De quoi permettre aux gens de s’approprier l’histoire de la marque, et à travers le Renault = Present, de redécouvrir Renault. Et de quoi regretter que le livre ne bénéficie pas d’un tirage supplémentaire destiné au public.

Retour sur 4 concepts

Au-delà du livre Renault = Present et des discussions, la soirée a également servi d’écrin pour montrer 4 concept cars issus de la fameuse « marguerite » de Laurens Van den Acker : DéZir, qui a commencé le cycle, Captur, baroudeur compact, R-Space, monocorps familial et enfin Initiale Paris, préfigurant l’actuel haut de gamme du Losange.

DéZir, instigatrice du mouvement et de la nouvelle identité de Renault est un concept dévoilé au salon de Paris 2010. Les Renault actuelles lui doivent leur face avant et la volonté venir à un design assez organique, presque sensuel. Son but ? Refaire aimer Renault au public. L’intention est claire, première pétale de la Marguerite, DéZir constitue le volet « amour » de la fleur. Le concept recouvert d’une carrosserie en kevlar posée sur un châssis tubulaire en acier est animé par un moteur électrique synchrone de 160 ch couplé à une batterie théoriquement compatible du système Quickdrop développé avec feu Better Place pour feue la Fluence ZE. Si ses proportions sont extrêmement différentes, la Clio IV a vu son design assez inspiré de DéZir. D’ailleurs, à l’image de chaque produit affichant une filiation avec un concept car issu de la Marguerite, on note que le coloris s’est transmis du véhicule de salon à la voiture de série. C’est ainsi que la couleur de lancement de la Clio IV a été le rouge.

De la même manière, le Captur de série est disponible en orange, sa couleur de lancement. Et avec un peu d’imagination, vous ferez le lien avec le concept car éponyme. Présenté au salon de Genève en 2011, il est le second volet de la Marguerite. La pétale correspondante est baptisée « Explore », en lien avec les aspirations baroudeuses des SUV. Info qui vous aura sans doute échappé si vous êtes normalement constitués, le concept a aussi existé en blanc sous le badge Samsung Motors en Corée du Sud où il a été présenté en 2012 (maquette pleine). Rien ne se perd : tout se transforme. Pour l’anecdote, la version orange, signée du Losange, découvre son un habitacle par des portes en élytres et est dotée de sièges assez délirants : l’ami Philippe avait eu le privilège de conduire le concept dans une vie antérieure et se souvient d’avoir eu le dos presque lacéré au bout de quelques minutes !

Toujours en 2011, Renault présente R-Space, la pétale « Family » de la Marguerite. C’est un monospace compact, il est jaune, vous l’avez vu venir : il préfigurait le tout dernier Scénic, disponible dans une ravissante teinte Jaune Miel. De la même manière que le Captur de série devait sa face avant au concept, R-Space a largement inspiré le nouveau monospace compact du Losange, à commencer par le décroché de la surface vitrée, ou la mise en scène de la face arrière. A bord, le délire est matérialisé par un amoncellement de cubes de mousse en lieu et place des sièges arrière. Concept plein de promesses à une époque où le monospace entamait son déclin, où l’Espace IV a été contraint de durer en raison d’un projet de remplacement avorté et de volumes de ventes loin des années fastes tandis que le Scénic III était loin de faire de son design un déclencheur d’achat. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le nouveau Scénic a bien rectifié le tir sur le plan du style et doit une fière chandelle à R-Space. Surtout en jaune !

La couleur complémentaire du jaune ? C’est le violet ! C’est la teinte choisie pour la pétale « Wisdom » de la Marguerite, incarnée par le concept Initiale Paris dévoilé à Francfort en 2013. Je vous vois venir : rien à voir avec le concept Initiale de 1995 dessiné par Patrick Le Quément. On est malheureusement loin de la promesse haut de gamme de ce concept inspiré des glorieuses Renault de l’Entre-deux Guerres, motorisé par un V10 de Formule 1, doté d’un style avant-gardiste et d’une ligne de bagages signée Louis Vuitton. Ici, il s’agit de préfigurer clairement l’Espace de 2015 et de réaffirmer le statut de la griffe haut de gamme de Renault pas tout à fait tombée en désuétude puisque pas franchement installée… Carlos Tavares n’a jamais caché qu’il avait été attiré par la réussite de la ligne DS de Citroën et souhaitait donner un second souffle à l’appellation Initiale Paris. Il est même allé jusqu’au bout de la réflexion en passant chez PSA. Pour le meilleur de DS ? J’ai mon avis sur la question mais là n’est pas le propos. Le concept Initiale Paris derrière ses jolies jantes au motif que l’on dit inspirées des treillis de la Tour Eiffel et son toit à la sérigraphie dessinant le plan de la Capitale, annonce très clairement les lignes de l’actuel Espace. Pour un peu, le péquin moyen le prendrait presque pour le modèle de série. C’est en tous cas le moins impressionnant du quatuor présenté ce soir-là pour cette raison. Et encore plus pour moi qui avais été invité à découvrir un des premiers Espace prototypes encore codé JFC la veille du salon de Francfort 2013. L’effet de surprise était loupé le lendemain lorsque je me suis rendu au salon ! Il n’y a pas à dire, non seulement j’ai encore du mal à croire en la griffe Initiale Paris actuelle, mais en plus, je regrette le bon vieux concept Initiale de 1995, véritable haut de gamme audacieux et délicieusement français à une époque où l’Espace F1 et la Safrane Biturbo me rendaient optimistes sur l’avenir du luxe automobile hexagonal (ça et le fait que j’avais 11 ans).

In fine, la Marguerite de Laurens Van Den Acker est une approche très intelligente du renouveau du design d’une entreprise à la gamme aussi vaste que celle de Renault. En passant par différentes étapes de la vie traduites à travers divers véhicules, elle a permis, outre d’annoncer des jours meilleurs pour le design de la marque, d’installer les lignes de la gamme à venir dans l’esprit des gens. Mieux, la promesse du renouveau stylistique a été tenue, de mon point de vue comme de celui du marché, à en juger par les réactions du public et par les chiffres de vente de la gamme actuelle. Reste à découvrir le futur Kangoo, peut-être inspiré du concept Frendzy, dernière pétale inexploitée de la Marguerite. Et il y a fort à parier que le futur utilitaire soit disponible dans un coloris rendant hommage au vert du concept. Comme les autres voitures issues de la Marguerite.

Trêve de bavardage, je vous laisse feuilleter le livre Renault = Present : si vous êtes sages, on vous le fera gagner à l’occasion.