C’est fait. Lancia a levé le voile ce 26 mai 2026 sur les premières images de sa nouvelle Gamma, un crossover fastback de 4,67 mètres produit à Melfi, en Italie. Les prototypes sont déjà en phase d’essais sur route. L’ouverture des commandes est attendue après l’été. La marque italienne joue sa survie — et tout le monde le sait.

Gamma, le nom. Mais pas la voiture.

La Gamma originale, c’était une grande berline-coupé à moteur flat-4, produite entre 1976 et 1984. Un objet de connaisseurs, techniquement audacieux, commercialement fragile et assez emblématique, en somme, du destin de Lancia. Ce que Lancia dévoile aujourd’hui n’a, objectivement, plus rien à voir avec elle.

Lancia Gamma SUV reveal 3

Le procédé n’est pas nouveau. Renault a fait de même avec l’Espace : transformer un monospace mythique en SUV au nom identique, en espérant que l’héritage émotionnel compense la rupture formelle. La greffe fonctionne parfois. Elle provoque aussi parfois un malaise difficile à dissiper. Pour la Gamma, le pari est similaire : s’appuyer sur un nom porteur de prestige pour donner du corps à une offre qui, sans ce passé, n’aurait aucune profondeur de champ.

Lancia l’assume d’ailleurs sans détour : la marque parle d’« élégance italienne », d’un modèle « conçu, dessiné et développé en Italie ». L’argument géographique est là pour rappeler que malgré le giron Stellantis, il y a encore quelque chose d’authentiquement transalpin dans l’affaire.

Lancia Gamma SUV reveal 2

STLA Medium, Melfi, et une gamme complète

Sur le plan technique, la Gamma s’appuie sur la plateforme STLA Medium, celle-là même qui sert de base à plusieurs modèles du groupe. Un choix rationnel : les bases électriques et hybrides étaient déjà disponibles, ce qui permet de proposer d’emblée une gamme large sans repartir de zéro.

Au menu : une version hybride de 145 ch avec une autonomie annoncée supérieure à 1 000 km, et une déclinaison tout-électrique en trois niveaux : 230 ch pour plus de 540 km d’autonomie, 245 ch pour plus de 740 km, et une version intégrale AWD de 375 ch capable d’atteindre 675 km. Des chiffres convaincants sur le papier, qui positionnent la Gamma dans le segment des SUV premium électrifiés.

La silhouette retenue est un crossover fastback de 4,67 m de long, 1,89 m de large, 1,66 m de haut. Il vise clairement le segment C-D premium, celui des grandes familiales à prétention statutaire.

Face à la DS Numéro 7 : l’ambition du segment

La concurrente principale se nomme DS Numéro 7. Les deux modèles partagent la même origine industrielle, le même groupe, et presque le même terrain. C’est là que la stratégie Stellantis interroge : mettre deux marques « spécialisées » du groupe en compétition directe sur le même segment, avec des moyens identiques mais des héritages différents.

DS se bat depuis dix ans pour convaincre dans le premium sans jamais vraiment y parvenir… les chiffres de vente 2024 et 2025 ne laissent guère de place au doute. Lancia arrive sur ce terrain en challenger absolu, sans réseau étoffé hors d’Italie, sans la mémoire collective qui s’entretient dans les concessions. La question de savoir si la Gamma a les moyens de ses ambitions mérite donc d’être posée clairement, et elle n’a pas encore de réponse.

Lancia Gamma SUV reveal 3

Un design dans la continuité de l’Ypsilon

Visuellement, la Gamma ne rompt pas avec ce qu’a établi la nouvelle Ypsilon. On retrouve la même ligne calligraphique, le même soin apporté aux détails lumineux, une élégance de profil qui évite les pièges du maximalisme qui plombe certains de ses concurrents directs.

Et c’est peut-être là l’un des points forts de ce dévoilement : la Gamma ressemble moins à une 3008 rebadgée ou à une DS Numéro 7 en costume italien qu’à un objet qui a trouvé son propre langage. La cohérence stylistique avec l’Ypsilon est réelle. Il reste à voir si elle suffit à créer une identité de gamme suffisamment lisible pour le grand public.

La carte de la dernière chance

Le contexte dans lequel arrive la Gamma est difficile à ignorer. Dans le cadre du plan FaSTLAne 2030 de Stellantis, Lancia a été reléguée au rang de « marque spécialisée », désormais pilotée par Fiat. Une forme de mise sous tutelle industrielle qui dit beaucoup sur le niveau de confiance que le groupe lui accorde, ou plutôt sur les ressources qu’il est prêt à y consacrer.

Nous avions analysé dans ces colonnes pourquoi DS et Lancia semblaient condamnées dès la naissance de Stellantis : deux marques premium sur le même terrain, avec trop peu de différenciation et trop peu de moyens pour s’imposer durablement face aux Allemands et aux Français installés.

La Gamma est la réponse de Lancia à ce constat. Un SUV (segment porteur s’il en est) pour attirer un acheteur qui ne s’est pas retourné vers la marque depuis des décennies. Un pari industriellement raisonnable. Un pari commercial bien plus incertain.

L’ouverture des commandes est prévue après l’été. Les premières livraisons ne sont pas encore datées. La suite de l’histoire, elle, s’écrit à Melfi.

Toutes les informations sur le site officiel Lancia

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