C’est acté. Ferrari a levé le voile sur la Luce ce 25 mai 2026 à Rome, mettant fin à des années de spéculation autour de sa première voiture 100 % électrique. Le résultat est là, et comme souvent lorsqu’une marque sportive franchit ce Rubicon, il provoque déjà bien des réactions — pas toutes celles qu’espérait Maranello.

Un grand écart assumé
La Luce (« lumière » en italien) n’est ni une sportive déguisée en berline, ni la réinterprétation discrète d’un modèle existant. C’est une rupture franche : quatre portes, cinq places, quatre moteurs électriques développant 1 035 chevaux, un 0 à 100 km/h expédié en 2,5 secondes et une vitesse de pointe de 310 km/h. La batterie affiche 122 kWh sur architecture 800V, l’autonomie est estimée à 530 km (WLTP, encore sous homologation), et la masse tutoie les 2 260 kg — soit presque deux tonnes et demie sur la balance.
Ferrari se garde bien d’employer le mot « berline ». La maison parle de « Ferrari 360° », un objet à part entière qui vient élargir la gamme sans prétendre remplacer aucun modèle thermique ou hybride. Un discours qu’on avait déjà entendu lors du lancement du Purosangue, le SUV-qui-n’en-est-pas-un inauguré en 2022. Les amateurs de la marque commencent à connaître le refrain.

Jony Ive aux commandes : le CV en impose, les questions aussi
Pour dessiner la Luce, Ferrari n’a pas cherché du côté des carrossiers italiens traditionnels. La marque a fait appel à Sir Jonathan Ive — dit Jony Ive —, ancien directeur du design d’Apple et père du premier iPhone, de l’iMac G4, du MacBook Air et de l’Apple Watch. Depuis son départ d’Apple en 2019, Ive co-dirige LoveFrom, un studio de design fondé avec Marc Newson, lui aussi passé par Cupertino. Les deux hommes ont travaillé conjointement sur l’ensemble de la Luce — extérieur, intérieur et interface.
Le palmarès est indéniable. Mais la question mérite d’être posée : confier l’identité visuelle d’une Ferrari à un designer dont l’œuvre maîtresse est un rectangle de verre de 160 grammes, c’est un pari audacieux ou une forme de capitulation face à l’ère tech ? La philosophie d’Ive a toujours été celle du dépouillement, de la surface parfaite, de la forme fonctionnelle — des vertus qui collent admirablement à un écran d’iPhone, mais dont la pertinence sur une supercar reste à démontrer.
Ive lui-même reconnaissait, dans un entretien accordé à Autocar quelques semaines avant la révélation, ressentir « une certaine anxiété » à l’approche du lancement. Non pas à cause du design lui-même, assurait-il, mais en raison de « la portée historique du moment ». On peut le comprendre.

Un design qui divise — c’est peu de le dire
L’extérieur de la Luce ne ressemble à rien de ce que Maranello a produit jusqu’ici. La face avant est dominée par une grande aile transversale qui évoque davantage la Dodge Charger Daytona EV que le cheval cabré. Les flancs accueillent des portes arrière en configuration « suicide ». À l’arrière, la structure lumineuse ferait penser, selon les angles, à une Nissan Skyline ou à une Chevrolet Impala. Ce ne sont pas exactement les références que Maranello cherchait à invoquer.
Sans le badge au cheval cabré, difficile d’identifier la marque au premier coup d’œil. La silhouette tient du grand coupé-liftback, quelque part entre la berline de prestige et le GT quatre portes. Les jantes mesurent 23 pouces à l’avant, 24 à l’arrière — les plus grandes jamais montées sur une Ferrari de série.
L’habitacle, en revanche, est nettement plus convaincant : aluminium recyclé usiné en CNC, commandes physiques soigneusement étudiées, afficheurs OLED Samsung, pas le moindre plastique visible. La clé utilise du verre Corning Gorilla Glass et une technologie d’encre électronique. C’est raffiné, précis, et indubitablement dans l’esprit Apple — pour le meilleur ou pour le pire selon les sensibilités.

Ferrari n’est pas la première à tenter l’exercice
Il faut se souvenir du Lotus Eletre. Quand la marque britannique — longtemps synonyme de légèreté absolue, de la philosophie « light is right » chère à Colin Chapman — a dévoilé son premier SUV électrique, la réaction de la communauté Lotus a été similaire : incrédulité, puis résignation. L’Eletre, avec ses deux tonnes et demie et ses 905 chevaux, ne partage objectivement rien avec une Elise ou une Exige, si ce n’est la lettre initiale du nom. Il s’avère que c’est une bonne voiture. Mais une vraie Lotus ? La question reste ouverte à Hethel comme elle commence à l’être à Maranello.
Ferrari est aujourd’hui dans la même situation. La Luce est probablement une machine impressionnante sur le plan technique, et les premiers témoignages de la presse internationale le confirment. Mais une vraie Ferrari ? Avec un design signé par l’homme de l’iPhone, cinq places et 2 260 kg sur la balance, la réponse dépend surtout de la définition qu’on donne au mot.
À partir de 550 000 euros
Le tarif de départ est annoncé autour de 550 000 euros, ce qui positionne la Luce comme la berline électrique la plus chère du marché. Les premières livraisons sont prévues pour octobre 2026. Plus d’informations sur la page officielle Ferrari. Bref, le net n’a pas fini de s’enflammer suite à cette annonce…





