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Essai bmw serie 3 320d MSport Luxury BVA8

Essai BMW 320d M Sport BVA8 : toujours la reine ?

S’il y a bien un modèle emblématique de la marque à l’hélice, il s’agit de la Série 3. Pour la 7ème génération (nom de code G20), le constructeur bavarois fait évoluer son style de manière significative, tout en présentant bon nombre de nouveautés technologiques. Assez pour faire de cette Série 3 un nouveau best-seller ? Réponse en essai, avec la motorisation 320d de 190 ch associée à la BVA8.


Comme un air de la période Chris Bangle

Faire évoluer le style d’un modèle reconnu est un exercice assez périlleux, pour un constructeur. Chez les marques germaniques, les évolutions sont souvent assez timides pour éviter de perturber les habitudes de la clientèle.

Il faut toutefois reconnaître que depuis peu, le concurrent Audi a osé bousculer cette habitude sur ses derniers modèles, l’A1 en tête. Le constructeur de Munich lui emboîte le pas, aussi bien avec le tandem X7 et Série 7 restylée, qu’avec cette nouvelle Série 3.

Première différence de taille : les haricots qui semblent gonflés aux stéroïdes pour devenir plus proéminents, reprenant au passage tout en assurant la jointure amorcée précédemment avec les nouveaux blocs optiques. Une encoche vient marquer la partie inférieure de chaque projecteur comme pour évoquer la tradition des optiques doubles, longtemps chère à BMW. Une encoche qui n’est pas sans rappeler celle des Peugeot 2008, 308 ou 3008…

Si la cohérence de ce style est discutable, l’arrière gagne en élégance, adoptant une signature lumineuse fine et étirée, qui, pour sa part, renvoi fortement aux productions Lexus.

En revanche, le profil risque de faire crier au scandale les aficionados du mythique pli Hofmeister, qui passe d’un coup de crayon léger en bord de portière à une forme plus anguleuse et qui, comme sur la Série 7, se retrouve déporté sur le montant C. Malgré tout, la nouvelle Série 3 reste reconnaissable au 1er coup d’œil.

L’accès à bord propose une nouveauté avec le déverrouillage du véhicule via le Smartphone en option (non disponible dans le configurateur pour le moment) : concrètement, ce dernier fait office de clé. Si l’idée est séduisante sur le papier (après tout, les moyens de paiements sont également dématérialisés de la sorte), elle l’est moins dans la réalité avec une technologie certes intéressante mais qui n’en n’est qu’à ses débuts. En effet, seule la portière du conducteur est déverrouillable et uniquement avec des Smartphones fonctionnant sous Android…

A l’intérieur, si la disposition des éléments reste identique à ce qui se fait habituellement chez le constructeur bavarois, le design évolue fortement pour adopter les codes déjà introduits sur le reste de la gamme, à commencer par les compteurs qui deviennent 100% numériques, l’affichage tête haute (en option à 1150 €) qui grandit de 50% ou encore le large écran tactile de 10.25″ (disponible en série dès la finition MSport) qui surplombe les aérateurs.

La disposition des éléments moins creusée, intègre les différents items de manière affleurante. Néanmoins la console centrale reste, c’est une tradition maison, légèrement orientée vers le conducteur
mais comporte encore trop de boutons. La qualité des matériaux et les ajustements sont de très bonne facture au regard de ce que la concurrence propose. La version M Sport ajoute des inserts spécifiques métallisés, de confortables sièges en Alcantara ou encore quelques logos M.

La visibilité des compteurs numériques, de série sur toutes les versions, est optimale tout comme la prise en main du volant à 3 branches et à la jante épaisse.

Si cette nouvelle Série 3 s’allège de 55 kg elle gagne cependant 8,5 cm en longueur. Pourtant l’espace aux places arrière ne progresse pas et continue d’offrir une habitabilité dans la moyenne. Tunnel de transmission oblige, la place centrale est à considérer comme uniquement d’appoint. Le coffre, fort de 480 l, ne progresse pas non plus tandis que son accessibilité s’avère correcte.

Des changements sans prise de risque afin de pouvoir conserver la philosophie de cette Série 3. En est-il de même sur la route ?

Ce qu’elle fait de mieux…

Un léger appui sur le bouton Start placé différemment que sur la précédente Série 3 (il est désormais sur la console centrale près du levier de boîte de vitesses) et le 4-cylindres turbo de 190 ch s’éveille. Si la sonorité des blocs Diesel n’a jamais été discrète chez certains constructeurs premium, il y a une nette évolution cette fois-ci, grâce à une insonorisation travaillée notamment au niveau des vitrages.

Tout est fait pour que votre position de conduite soit trouvée aisément au travers des différents réglages des sièges (en tout vas, ceux à commandes électrique, de série dès le 2nd niveau de finition), comme du volant. Outre la bonne prise en main du volant et la lisibilité des compteurs que nous évoquions plus haut, les sièges, propres à la finition M Sport, offrent un très bon maintient à tous les niveaux. Cette finition ajoute également une suspension plus ferme, des éléments esthétiques aérodynamiques ou encore un système de freinage légèrement revu. De quoi permettre se faire plaisir sur la route ?

Oui, car dès les premiers tours de roues, le généreux couple de 400 Nm propulse les 1 400 kg sans difficultés tandis que les virages s’enchaînent se font avec l’impression d’être collé à la route. On reste certes avec une berline diesel mais hausser le rythme ne lui fait absolument pas peur et procure un véritable plaisir de conduite notamment sur petites routes de campagne .

Même si l’amortissement est raffermi avec la suspension DirectDrive (de série sur MSport), celui-ci reste ne nuira pas au confort global aussi bien durant de longs trajets, qu’au quotidien (y compris lorsque la Série 3 est chaussée en 18″) et permet à cette BMW de bien s’inscrire dans les virages. Et si vous vous montrez un peu trop enthousiaste ou confiant, le système de freinage M Sport rassure dès la première pression sur la pédale de freins.

Les versions « normales » dont nous avons pu prendre le volant sur une centaine de kilomètres, nous ont paru un peu moins efficaces dans leur comportement au bénéfice du confort. L’excellente réactivité de cette nouvelle boîte ZF à 8 rapports se muera en douceur dans les changements de rapports.

Afin de parfaire l’expérience de conduite et de mieux épauler le conducteur, BMW a par ailleurs investi dans différentes technologies, à commencer par un assistant personnel.

A la manière d’un OK Google, d’un Dis Alexa et surtout d’un Hey Mercedes l’interface permet d’effectuer par simple commande vocale, différents réglages. Séduisant en apparence, le système s’est montré perfectible sur nos premières tentatives de dialogues, ce qui – selon le constructeur – s’améliorera naturellement au fil des interactions avec le système.

En parallèle de cette innovation (pour le secteur automobile), BMW propose avec cette nouvelle série 3, une fonction auto-reverse inédite. A la manière d’un rewind sur les jeux vidéo de rallye ou de GT, la voiture enregistre les 50 derniers mètres de votre parcours puis vous permet de reproduire les manœuvres enregistrées, à l’envers et sur simple pression d’un bouton.

Si à la première utilisation on croise les doigts pour que tout se passe bien, en se contentant de jouer avec les pédales d’accélération et de frein, il faut avouer que l’on prend très rapidement goût à cela.

L’affichage tête haute est lui aussi extrêmement plaisant à utiliser et son importante surface permet d’afficher clairement les instructions de navigation comme les limitations de vitesse. Seul petit regret concernant le GPS qui se montre réactif dans l’ensemble mais manque pêche par moments sur la précision du positionnement de la voiture, sur certains tracés.

Sur la route, la rupture marquée par l’adoption de compteurs numériques, ne viendra pas perturber les habitudes. Ces derniers offrant une bonne lisibilité des informations.

Au global, on enchaîne les kilomètres sans éprouver de fatigue ou de gêne, tant le confort est assuré et la facilité à conduire cette Série 3 préservée.

La touche magique est toujours présente, notamment en sortie de virage comme durant les accélérations. Le fait de ne pas avoir basculé son architecture sur de la traction (contrairement aux Séries 1 et 2) fait que cette G20 conserve sa philosophie. De plus, la version 320d démontre une fois de plus qu’elle dispose d’un appétit assez prononcé pour sa catégorie, avec une consommation moyenne de 6,2 l / 100 relevée lors de l’essai.

Mission accomplie donc pour cette nouvelle BMW Série 3 qui demeure une excellente routière. Mais qu’en est-il face à ses rivales ?

La série 3, de retour sur le trône ?

Les concurrentes directes de cette Série 3 restent les mêmes, à savoir l’Audi A4 ainsi que la Mercedes classe C. Chez la marque à l’étoile, la berline a reçu un léger toilettage de mi- carrière lui permettant de se mettre à jour au niveau technologique et de proposer une nouvelle motorisation Diesel 2.0 l de 194 ch couplée à une boîte automatique à 9 rapports.

Pour une C 220d AMG Line, le tarif démarre à 50 599 € auquel il faudra ajouter 35 euros de malus. Malheureusement pour ce tarif, les équipements fournis sont peu nombreux avec seulement une climatisation automatique bi-zone, l’aide au démarrage sans clé ou encore le GPS de 10,25″ et la caméra de recul. Malgré son restyling, la Classe C ne dispose pas d’équipements qui lui permette de se démarquer

Afin d’obtenir les aides à la conduite, il faudra alors piocher dans les packs d’équipements en option, dont les tarifs vont de 950 à 2500 euros. Entre autres, l’alerte de franchissement de ligne, le freinage actif ou encore la conduite semi-autonome dans les bouchons.

Côté Audi, il est à l’heure actuelle assez difficile de confronter l’A4 à la BMW car la berline aux anneaux doit très prochainement être restylée. Une opération censée relancer les ventes du modèle jugées décevantes par la marque et modifiera sans doute, outre l’esthétique, les dotations des véhicules. Il est également possible dans les concurrentes directes de penser à la Jaguar XE, fraichement retouchée elle, et dont les prix avec le moteur 2.0 Diesel Ingenium de 180 ch débutent à 43 450 € (+210 à 860 euros de malus ) mais dépassent allègrement les 54 000 € à équipement similaire, ou, bien entendu, à l’Alfa Romeo Giulia (un essai complet arrive sous peu).

Nous entrons là dans des concurrentes que l’on qualifiera probablement plus d’outsider face à notre bavaroise. Du coup, en particulier si l’on se place sur l’optique du marché hexagonal, on peut aussi penser à y inclure une nouveauté très remarquée ces derniers temps : la Peugeot 508. Cette dernière, en version 2.0 BlueHDi 180 GT Line EAT8 voit son tarif en configuration équivalente démarrer à 43 300 euros (auquel il faut ajouter 70 euros de malus). La Lionne, même si elle n’est pas encore tout à fait au même niveau, n’a pas particulièrement à rougir côté finition et qualité des matériaux et encore moins sur le chapitre du comportement routier. La sochalienne dispose par ailleurs d’arguments quasi-identiques en termes d’équipements de série mais propose toutefois la vision infra-rouge qui est une première sur ce segment.

Mais avec un tarif 10 000 € moins élevé que celui de la bavaroise, vous pourrez alors piocher dans les quelques équipements optionnels pour lui ajouter la suspension pilotée à 1000 € ou encore la caméra nocturne à 1400 €.

Face à ces modèles, que propose la nouvelle BMW Série 3 ? Sur notre version d’essai, en finition M Sport 190 ch Auto. équipée de jantes de 18″ le tarif démarre à 53 350 €, hors option. Toutefois, avec 113 g/km de CO2 rejeté, la nouvelle 320d fait figure de très bon élève sur le segment et ne subit aucun malus.

La version M Sport, qui demande 9700 € de plus par rapport à l’entrée de gamme Lounge, permet avant tout de bénéficier de modifications stylistiques (tels que le kit aérodynamique M ou encore le volant gainé cuir M) ainsi que de quelques équipements technologiques, tels que le hotspot wifi ou encore le GPS tactile de 10,25″.

Il est toutefois regrettable qu’à un tel niveau de tarif, le démarrage sans clé ou encore l’affichage tête haute, ne soient que des équipements optionnels. (600 et 1150 € ).

On garde la même recette avec une nouvelle BMW Série 3 qui fait cher payer ses qualités mais pêche par l’absence de réelles innovations technologiques (le déverrouillage par smartphone est perfectible tandis que la fonction auto-reverse n’est qu’un simple gadget, tout comme l’assistant vocal) .

Malgré une évolution stylistique qui peut être sujet à débat et loin d’être parfaite sur les innovations technologiques ou encore le rapport qualité / prix, l’esprit de la Série 3 reste présent sur le comportement routier. Confortable, dynamique sans oublier quelques aspects pratiques, la recette fonctionne toujours et prendre place à bord comme enchaîner les kilomètres avec cette nouvelle Série 3, est toujours un plaisir.

Article et crédit photos : Fabien Legrand