Le Nouvel Automobiliste

Le Brexit ne semble plus rassurer Nissan

C’était il y a deux ans, un Carlos Ghosn à la tête de l’Alliance Renault-Nissan et libre de tous ses mouvements, rencontrait une Theresa May fraichement nommée au 10 Downing Street après le choix britannique de quitter l’Union Européenne. Tout semblait alors simple et limpide : le Brexit ne ferait pas fuir le constructeur japonnais…

Oui mais voila…

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous la Tamise. Le premier de nos deux protagonistes, qui n’est plus à la tête de rien, croupi dans une très austère prison nippone tandis que le second, si elle ne risque a priori pas la prison, n’est à son poste que par la volonté ténue d’une petite dizaine de parlementaires. Les négociations avec Bruxelles, promises à l’origine comme complexes mais pas insurmontables, se sont heurtées à des points d’achoppement particulièrement délicats déchainant les réactions les plus vives, et les plus inattendues, des pro comme des anti-Brexit.

Une croix sur le X-Trail à Sunderland

Résultat, à quelques semaines de la date fatidique du 29 mars 2019, la Grande Bretagne n’a jamais été aussi proche d’un divorce sans aucun accord avec l’Europe. De quoi faire peser sur l’activité économique une incertitude suffisamment lourde pour que des décisions soient prises.

C’est dans ce contexte agité que la direction de Nissan a annoncé ce week-end que la prochaine génération de son SUV X-Trail ne serait plus assemblée dans l’usine britannique de Sunderland mais rapatriée sur son site de Kyushu. Une décision qui a naturellement beaucoup étonné, et même un peu agacé, outre Manche puisque May et Ghosn avaient effectivement convenu d’un terrain d’entente en 2016. Cet accord, révélé du même coup par le gouvernement britannique, prévoyait notamment une aide de 90 millions d’euros au constructeur japonnais s’il s’engageait à continuer à produire le Qahsqai et le X-Trail sur place. Si le Qashqai ne semble pour le moment pas concerné par l’annonce de Nissan, en revanche il y a bien une rupture d’accord pour le X-Trail. Mais il faut préciser aussi que de son côté le gouvernement britannique s’était engagé à ce qu’il n’y ait aucun soucis de transit des productions entre la Grande Bretagne et l’Union Européenne. Une promesse qui, sans accord, semble désormais bien difficile à tenir et qui inquiète fort logiquement Nissan quant à la planification de ses futurs projets.

Quelle menace pour l’activité à Sunderland ?

A l’heure actuelle cette annonce n’en a aucune sur le site de production britannique. Il faut dire que l’usine géante de la cité littorale anglaise qui avait voté massivement pour le Brexit n’assemble pas, loin s’en faut, que le X-Trail. Employant 7000 salariés Nissan y produit le Juke et le Qasqhai ainsi que sa compacte électrique Leaf. Autant dire qu’avec des modèles aussi fortement diffusés en Europe la crainte d’une baisse de l’activité est toute relative mais il n’empêche que l’espoir de voir de nouvelles embauches s’estompe et, surtout, que cette nouvelle résonne un peu comme un avertissement plus global dans un pays qui compte près de 860 000 personnes travaillant dans le secteur automobile. Dans ce climat d’incertitude tout pourrait désormais arriver, et c’est bien ce que l’on redoute outre Manche, chez Nissan comme chez d’autres constructeurs.

Via Nissan, Carmagazine, AFP