Le Nouvel Automobiliste

Renault Clio V : rencontre avec Christophe Pejout, directeur du produit

Directeur du produit pour les gammes des segments A & B, c’est-à-dire pour les Twingo, Clio et Captur, Christophe Pejout est le plus à-même pour présenter les atouts de la nouvelle Clio face à ses concurrentes.

Le Nouvel Automobiliste : Le Renault Clio V se remarque à ses équipements de sécurité et ses ADAS…

Christophe Pejout : Oui, en effet. Nous avons choisi sur la Clio V d’offrir beaucoup d’aides à la conduite, avec sur tous les niveaux de gamme un radar frontal ainsi qu’une caméra frontale devant le rétroviseur. Autre exemple, l’alerte de distance qui signalera au conducteur via une alarme très stridente quand la Clio V s’approchera trop près du véhicule qui la précède. Cette alerte est gérée par le radar. Si le conducteur ne freine pas, le freinage automatique AEBS prend le relais (AEBS pour Advance Emergency Braking System, NDLR), en distinguant une voiture d’un cycliste ou d’un piéton, quelque soit le degré de luminosité.

LNA : encore une fois, nous notons que la radar est très visible sur la face avant, n’y a-t-il pas moyen de faire mieux pour l’intégrer ?

CP : Le radar ne doit pas voir ses ondes perturbées, c’est la raison pour laquelle nous devons mettre une plaque lisse devant lui. Toute strie, décor ou élément de style viendrait perturber la réflexion. Même la marquage d’une lettre peut perturber la lecture des informations. La reconnaissance des panneaux se fera également en série via la caméra frontale. Associée au GPS, la cartographie viendra fiabiliser l’information de lecture des panneaux.

LNA : Avec cette association de technologie, ne pourrait-on pas imaginer que la caméra mette à jour l’information du GPS, peut-être pas à partir d’une seule voiture, mais à partir d’un échantillon plus large ?

CP : Pourquoi pas, encore faut-il que l’information de la caméra soit fiable. Dans la cas de l’autoroute, le panneau de la bretelle n’est pas toujours lu comme une information ne concernant pas l’autoroute, ou la voie dans laquelle la voiture circule. C’est en tout cas une bonne idée dans la cas d’une voiture connectée, comme la Renault Clio V. Nous avons aussi l’alerte de franchissement de ligne. En cas de franchissement sans clignotant, le volant vibrera (contrairement aux modèles de la marque jusqu’à présent, qui émettent un son grave via les haut-parleurs NDLR).

LNA : D’autres prestations de sécurité vont être proposées en montant dans la gamme ou en option ?

CP : Oui, comme le Lane Keep Assist.

LNA : Sera-t-il en centrage de voie ?

CP : Il n’est pas en centrage de voie, il fait rebondir la voiture sur les lignes. C’est une correction de direction, une prestation de sécurité, pas de confort. 

La Clio V propose aussi le Blind Spot Warning, soit l’alerte d’angle-mort. La nouveauté ici, c’est que l’alerte ne se fera pas via les radars de parking, mais elle est basée sur de vrais radars positionnés de part et d’autre de la voiture derrière le bouclier. Elle permet d’avoir une meilleure portée que les radars ultrason et donc de donner une information plus anticipée au conducteur. Cette information est transmise via un témoin lumineux dans le rétroviseur.

LNA : Certaines de ces prestations participent-elles au confort ?

CP : Les prestations d’aide à la conduite ne sont pas seulement liées à la sécurité. Nous proposons des solutions de confort, de facilité à la conduite au quotidien. Deux prestations de parking, comme l’Easy Park Assist, soit le stationnement sans les mains, en entrée ou en sortie, avec seulement 60 cm de marge entre obstacle pour faire un créneau. Cette valeur surpasse celle utilisée par la concurrence. Et nouveauté chez Renault, la caméra à 360°, avec la recomposition de l’image pour créer une vue d’avion, activable via un bouton sur la console, même hors manœuvre.

La Clio V propose aussi la passage automatique de feux de croisement à feux de route. Le régulateur / limiteur de vitesse sera aussi proposé, avec une fonction possible de régulateur adaptatif, avec l’utilisation du radar frontal. Il présente des améliorations du système utilisé par Renault jusqu’à présent, notamment dans l’anticipation. Ce sera plus doux, l’idée est d’utiliser moins les freins.

LNA : Et vous introduisez aussi la conduite semi-autonome…

CP : Et le step ultime de la Clio V est qu’elle propose le Highway et Trafic Jam Companion, soit l’assistant autoroute et embouteillage (en option sur les versions à boîtes automatiques, NDLR). On mixe alors à la fois le régulateur adaptatif et le maintien dans la voie. On ne va donc pas, cette fois, rebondir sur les lignes mais suivre la marquage. Le conducteur pourra lâcher les pédales mais devra maintenir le volant.

LNA : comment le volant détecte-t-il les mains?

CP : Les mains sont détectées par le couple, la pression exercée sur le volant. Il n’y a pas de nappe de détection, c’est l’ensemble du volant. Je précise que c’est aussi une première chez Renault que la conduite autonome de niveau 2.

LNA : Vaut-il donc mieux rouler en Clio V qu’en Espace V chez Renault…?

CP : Cela va arriver sur l’Espace quasiment en même temps, après la commercialisation de la Clio V, et pas seulement sur l’Espace. L’avantage par rapport au système actuel de Renault, c’est que l’ACC (régulateur adaptatif, NDLR) ne se désactivera plus sous 30 km/h. Ce sera un vrai assistant en situation d’embouteillage où la Clio pourra suivre la voiture qui la précède. Quand la voiture devant s’arrête, la Clio s’arrête et quand elle redémarre, la Clio redémarrera à condition que cet arrêt dure moins de 3 secondes. Dans le cas contraire, il faudra juste appuyer légèrement l’accélérateur pour que la Clio reparte et que l’assistance prenne le relais à nouveau.

LNA : on note que la Clio V aura la meilleure technologie d’aide à la conduite, l’écran GPS sera le plus grand de la gamme, une motorisation hybride… N’est-ce pas étonnant que ces éléments arrivent par le bas de la gamme ? 

CP : C’est le cycle de vie des plate-formes qui permet d’équiper les voitures de tous ces systèmes. Les autres plateformes seront mises à jour à temps.

LNA : Tous ces systèmes ont un coût, peut-on espérer une évolution raisonnable du prix de la Clio V?

Les prix seront communiqués au moment de l’ouverture des commandes, je ne peux donc rien dire de précis à ce sujet. Mais bien sûr on fera en sorte que les modèles d’entrée de gamme restent compétitifs par rapport à la Clio IV. On fera aussi en sorte qu’au niveau des motorisations, notamment la version Hybride e-Tech, le calcul global des coûts d’utilisation pour les flottes soit favorable. 

LNA : Nous sommes un peu surpris par l’arrêt de la Clio Estate. C’est une décision qui a été prise tôt dans le projet ?

CP : Oui assez tôt, le marché du break sur le segment B est en forte diminution, et nous sommes quasiment les derniers à offrir cette carrosserie avec Clio IV. La plupart des clients break suivent la tendance pour aller vers les SUV qui offrent les mêmes prestations.

LNA : Pensez-vous donc que les parts de marché de la Renault Clio V dans son ensemble vont diminuer par rapport à celles de la Clio IV en faveur du prochain Captur ?

CP : C’est difficile de prévoir les ventes, nous n’avons pas vraiment d’objectif. Nous avons une offre large sur le segment B : nous avons Clio bien sûr, nous avons Captur, nous avons Zoé, nous avons Sandero. Le client peut donc trouver une offre adaptée à son besoin. Nous sommes néanmoins confiants sur les volumes de ventes de Clio V par rapport aux prestations que nous proposons.

LNA : Peugeot a dévoilé sa nouvelle 208, qui va être déclinée de thermique à électrique. Vous êtes sereins par rapport à cette offre tout-en-un?

CP : Oui, nous sommes sereins. Nous avons Zoé dont nous nous occupons avec une prochaine évolution à venir qui sera très compétitive par rapport aux modèles de la concurrence. Nous pensons que pour un véhicule électrique, il nous faut une importante taille de batterie pour avoir une autonomie adaptée, et donc une architecture de plate-forme dédiée pour optimiser l’habitabilité et l’homogénéité des prestations.

Pour Clio V, l’hybride offrira au client des sensations de véhicule électrique en ville. Les clients sont venus à Zoé pour une démarché écologique ou technophile plutôt que par rationalité. Les clients de l’hybride viendront avec une démarche rationnelle, qui pourront les emmener plus tard vers un modèle totalement électrique.

LNA : Pensez-vous qu’avec l’évolution de l’électrique, Clio pourrait être amenée à disparaître à moyen terme ?

CP : Je ne pense pas. Aujourd’hui, l’offre électrique a des contraintes (temps de recharge, autonomie….) que n’a pas le véhicule thermique. Je ne dis par pour autant qu’à terme il n’y aura pas de Clio électrique, mais ce sera pour d’autres plateforme. Celle-ci est prévue pour deux générations. En revanche les modèles peuvent utiliser d’autres plateforme. Ce qui est intéressant sur cette nouvelle CMF-B (Common Module Family du segment B, NDLR), c’est qu’elle offre des modules interchangeables. Nous pouvons donc prendre la carrosserie de Clio V et la poser sur une version différente de la plateforme, par exemple pour l’international. Nous avons donc un jeu de Lego sur nos plate-forme.

LNA : Vous interchangez déjà les plates-formes sur des modèles actuels, comme le Duster/Kaptur ou le futur Arkana.

CP : En effet, l’Arkana est présenté en Russie sur la plate-forme du Duster, qui est aussi celle du Kaptur (le Captur russe, NDLR). En Asie, il est prévu sur d’autres plateformes, plus adaptées aux marchés.

LNA : La Clio sera-t-elle mondiale sur une autre plateforme?

CP : Aujourd’hui pour Clio V, notre priorité est l’Europe, le marché turc, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. En Amérique du Sud, notre offre pour le segment B est la Sandero (badgée Renault, NDLR). Pour les prochaines générations, la différenciation sera plus forte qu’aujourd’hui pour avoir un style plus Renault. En Russie aussi c’est la Sandero qui est notre représentante.

LNA : pourra-t-on imaginer une Clio V badgé Renault Samsung Motors pour la Corée du Sud ?

CP : Nous commercialisons déjà Clio IV en Corée du Sud mais sous la marque Renault. C’est un choix local de commercialiser sous la marque Renault Samsung les produits fabriqués localement, et Renault les modèles importés, à l’exception de Captur, renommé QM3.

LNA : Merci pour vos réponses M. Pejout.

Retrouvez notre présentation en avant-première de la Clio V à ce lien