La presse économique allemande dévoile un plan de restructuration d’une radicalité inédite : jusqu’à 100 000 postes supprimés, quatre usines menacées et un éclatement du groupe. À Wolfsburg, le colosse aux dix marques s’apprête à vivre le bras de fer social le plus rude de ses quatre-vingt-neuf ans d’existence. Encore faudra-t-il que les syndicats (e la Basse-Saxe)  le laissent faire.

On savait le premier constructeur européen mal en point. On le découvre carrément aux abois.

Selon le Manager Magazin, dont les informations ont été reprises ce vendredi par Die Welt, Oliver Blume aurait soumis à son directoire un plan au nom faussement anodin de « Group Target Picture ». Derrière l’anglicisme corporate, une déflagration : jusqu’à 100 000 suppressions de postes dans le monde, soit près de 15 % des 657 000 salariés du groupe. Pour mémoire, l’objectif officiel, déjà jugé sévère il y a quelques mois,  s’arrêtait à 50 000 départs d’ici 2030. La barre vient donc, tranquillement, de doubler.

Quatre usines historiques sur la sellette… mais pas tout de suite

Le plus lourd reste à venir. Le plan évoquerait la fermeture, à moyen terme, de quatre sites allemands : Hanovre, Zwickau et Emden pour la marque Volkswagen, plus l’usine Audi de Neckarsulm (le fief historique des grandes berlines aux quatre anneaux, tout de même).

À eux quatre, ils emploient quelque 40 000 personnes et alignent une capacité d’environ 750 000 véhicules par an, pas vraiment des broutilles. La direction tempère toutefois sur le calendrier : aucune chaîne ne s’arrêterait avant la fin de carrière des modèles qui y sont produits. Autrement dit, pas avant 2030. Le couperet, mais à retardement.

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Sortir Volkswagen du groupe Volkswagen : l’idée qui donne le vertige

Et puis il y a ce volet-là, le plus inattendu. Toujours selon le Manager Magazin, le projet prévoirait de détacher la marque Volkswagen elle-même, ainsi que Volkswagen Group Components, la division qui fabrique plateformes et organes mécaniques pour en faire des sociétés juridiquement autonomes. En clair : faire sortir Volkswagen… du groupe Volkswagen.

La formule prête à sourire, mais la logique, elle, est glaciale : on isole les actifs, on clarifie les comptes, on fluidifie les arbitrages (et, accessoirement, d’éventuelles cessions). Reste qu’amputer pareil mastodonte sans le faire vaciller relève de l’exploit.

Comment en arrive-t-on à pareil remède de cheval ?

Par les chiffres, d’abord : un bénéfice en chute de 44,3 % en 2025, et un exercice 2026 qui démarre mollement. Dès le mois d’avril, le directeur financier Arno Antlitz prévenait que les efforts déjà consentis ne suffiraient pas.

Par le contexte, surtout : des surcapacités héritées du tout-thermique, une électrification qui coûte cher et rapporte peu, et une armada de constructeurs chinois qui, du Salon de Pékin jusqu’à nos concessions, taillent des croupières aux Européens.

Cela dit, n’enterrons personne trop vite : VW a tout de même empoché 9 milliards d’euros de bénéfice net l’an dernier. Le géant n’est pas à terre. Il a simplement cessé de se croire immortel.

VW ID.3 Neo

Le contre-pouvoir allemand, ou pourquoi ce n’est pas (encore) plié

Reste un détail, et il est de taille : nous sommes en Allemagne. Ce plan n’est pour l’heure qu’un document de travail, que VW, fidèle à la tradition maison, se refuse à commenter et il devra franchir le conseil de surveillance, attendu le 9 juillet.

Or la cogestion à l’allemande n’a rien d’un gadget : les représentants des salariés y occupent la moitié des sièges, et additionnés aux deux élus du Land de Basse-Saxe (actionnaire à hauteur de 20 % des droits de vote, faut-il le rappeler), ils y sont majoritaires.

Le comité d’entreprise a déjà dénoncé une coupe d’une brutalité jamais vue, et le ministre-président de Basse-Saxe, Olaf Lies, est aussitôt monté au front, comme le souligne Die Welt.

Ajoutez des garanties d’emploi courant jusqu’à fin 2030 chez Volkswagen et 2033 chez Audi, et vous comprendrez pourquoi, outre-Rhin, fermer une usine relève moins de la décision que de la négociation au long cours.

Rien n’est joué mais l’aveu, lui, est lâché

La fuite de ce plan a tout d’une première salve, tirée avant l’ouverture des hostilités autour de la table. Le texte sera discuté, amendé, sans doute édulcoré. Mais quel que soit le compromis final, l’essentiel est ailleurs : le deuxième constructeur mondial vient de reconnaître, noir sur blanc, qu’il lui faut se réinventer de fond en comble.

Et c’est peut-être ça, le vrai séisme, non pas les chiffres, aussi spectaculaires soient-ils, mais l’aveu. Celui d’une industrie européenne qui, après un siècle de domination tranquille, doit désormais se battre pour rester dans la course. La messe n’est pas dite. Mais à Wolfsburg, les cloches ont commencé à sonner.

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