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Essai Volkswagen Crafter Van 35 L3H3 2.0 TDI 177 ch Business Line : Il déménage

Comme toutes les marques du Groupe, Volkswagen Utilitaires veut voir ses ventes progresser fortement dans les prochaines années. Mais, les Amarok, Caddy et Transporter emportant déjà une part non-négligeable de leur marché, le Crafter semble être le principal levier de cette croissance. Développée en collaboration avec Mercedes, la génération qui vient de tirer sa révérence manquait trop d’arguments pour cela. Place, donc, à un tout nouveau Crafter, entièrement conçu par, et pour, le numéro 1 mondial.

Un look qui ne trompe pas

Volkswagen met un point d’honneur à ce que chacun de ses modèles soit identifiable au premier coup d’œil. Le Crafter ne fait pas exception avec sa calandre et ses optiques rectangulaires. A l’arrière, c’est le dessin interne des feux qui renvoie immédiatement aux berlines de la marque. Pour le reste, les lignes tracées au cordeau pourraient être celles de n’importe lequel de ses rivaux, ou presque. Il est vrai que pour ces véhicules où c’est le volume de chargement qui prime, la fantaisie esthétique n’est pas de rigueur.

Les designers ont toutefois veillé à donner une allure premium au dernier-né porteur du triple V avec, sur la finition Business Line, une barre chromée au sommet de la calandre. La version supérieure Business Line Plus affiche même cet artifice sur chacune des trois barrettes de la calandre. Sur notre modèle d’essai, l’impression « haut de gamme » est renforcée par le présence des projecteurs optionnels à Leds (1 019 € HT), qu’arborent également les feux de jour.

A bord, on retrouve cette même volonté de paraître. Difficile de considérer que l’imposante planche de bord est élégante, mais, par rapport à certains concurrents, son dessin à le mérite de la simplicité. Bloc compteurs, dispositif multimédia (sur notre modèle d’essai, il s’agissait du Discover Media à 568 € HT) et commandes de climatisation sont également en provenance directe des voitures particulières Volkswagen.

Comme à l’accoutumée, les assemblages ont été soignés et les plastiques noirs constituant le haut de la planche de bord sont plutôt valorisants pour ce type de véhicule. Malheureusement, l’ergonomie s’avère assez complexe. Entre les commandes situées à proximité du levier de vitesses, celles qui se trouvent à gauche du volant et les dispositifs qui se connectent ou se déconnectent à partir de l’écran tactile, il faut un petit moment pour tout intégrer.

Désormais 100% Volkswagen

Pour développer la seconde génération de Crafter, Volkswagen Utilitaires a rompu les liens que la marque avait tissés avec Mercedes-Benz. Le premier opus était, en effet, un clone du Mercedes Sprinter… à moins que ce ne soit l’inverse, dans la droite veine du précédent couple Sprinter/VW LT. Toujours est-il que le modèle qui nous intéresse aujourd’hui doit tout au travail des ingénieurs maison. Il a même droit à une usine qui lui est entièrement dédiée et qui a été érigée en son honneur à Poznan, en Pologne. Il sera également rapidement disponible dans la gamme MAN, autre filiale du groupe, sous le nom de TGE.

Volkswagen considère le Crafter comme une suite logique au Transporter. A ce titre, il ne propose pas de variantes estampillées L1 et L2, déjà présentes dans l’offre de son petit-frère, et débute directement avec un L3. Le gabarit de ce dernier est toutefois très proche de la définition moyenne de ses rivaux, ce Crafter affichant un volume de chargement de 11,3 m3. Pour ceux qui auraient toutefois besoin d’encore plus d’espace, il existe une carrosserie L4, forte de 14,4 m3. Le Crafter existe aussi en versions châssis-cabine, à simple ou double-cabine.

De l’aveu même du constructeur, la carrière du Crafter a, jusque-là, été plutôt en demi-teinte à cause d’un choix technique : l’absence de version traction. Pour certains clients, la propulsion est en effet rédhibitoire. D’une part pour des raisons psychologiques, les « propu » étant censées offrir une tenue de route plus pointilleuses, d’autre part parce que ce choix technique fait perdre une partie du volume de chargement à cause de la présence de l’arbre de transmission. Pour ceux qui roulent très chargé, cette architecture offre toutefois certains avantages, notamment en matière de motricité.

Le Crafter fait donc le choix de ne pas choisir : il existe en traction, propulsion et même, et c’est beaucoup plus rare dans sa catégorie, avec quatre roues motrices. Tout un chacun devrait donc pouvoir trouver son bonheur dans cette prolifique gamme.

En voie de « berlinisation »

Avec le Crafter, l’expression « monter à bord » prend tout son sens. Heureusement, une poignée judicieusement placée, sur la gauche de l’ouverture, permet de se hisser sans trop de difficultés. Une fois installé, on profite d’une position de conduite réellement surélevée. De quoi faire verdir de rage tous les possesseurs de SUV et de monospaces réunis ! Mais trouver une position de conduite idéale n’est pas aussi aisé qu’à bord d’une « vraie » voiture, le volant étant positionné assez horizontalement et la distance importante séparant le plancher de l’assise du siège conducteur obligeant à adopter une posture assez droite. Les habitués de certains modèles rivaux trouveront toutefois que le Volkswagen fait de gros efforts à ce chapitre.

Pour démarrer, il faut s’en remettre à une bonne vieille clé. Pas question, même en remettant la main à la poche, d’une clé mains-libres. Pour certains professionnels, qui effectuent de nombreux démarrages chaque jour, cet équipement aurait pourtant été bien utile. Un quart de tour de cette clé, donc, permet de lever immédiatement toute ambiguïté quant au type de motorisation qui se tapit sous le court capot : il s’agit bien d’un TDI. Les claquements ne manqueront d’ailleurs pas de rappeler quelques souvenirs aux nostalgiques des Golf IV.

La commande de boîte est plutôt ferme mais se révèle, en contrepartie, plus précise que celles de nombreux concurrents. La manipulation de l’embrayage, renforcé par rapport à celui d’un véhicule particulier pour pouvoir encaisser la charge, nécessite également une petite accoutumance. Mais au bout de quelques minutes, on se sent comme un poisson dans l’eau au volant du Crafter.

Attention tout de même à ne pas perdre de vue le gabarit hors-norme de l’engin (5,99 m de long, 2,04 m de large et 2,59 m de haut pour « notre » variante L3H3). Certaines rues et ponts lui resteront inaccessibles sans parler des parkings souterrains : mieux vaut le garder en tête avant de se retrouver dans une situation périlleuse.

Crafter ou Aircraft ?

Ce qui surprend au premier abord le néophyte, c’est la réaction particulière qui existe entre le volant et les roues avant. Normal puisque le premier est quasiment à la verticale des secondes. La direction est toutefois très correctement calibrée. Suffisamment souple pour les manœuvres à basse vitesse, elle garde un bon feeling sur les axes tourbillonnants ou lors d’un changement de file rapide sur autoroute.

Essayé à vide (plus de 2 tonnes tout de même), le Crafter n’a jamais semblé manquer de souffle, y compris sur autoroute lorsque nous flirtions avec la vitesse maximale autorisée. Avec ses deux turbos, le 2.0 TDI de 177 ch s’avère plein comme un œuf. On le doit particulièrement à la valeur de couple assez élevée (410 Nm) et disponible à 100% de 1 500 à 2 000 tr/mn. Appréciable lorsque l’on fréquente des routes semblables à celles de la région de Toulon, cadre de notre essai. Comprenez par là que les axes plans se font particulièrement rares.

Même sur ces routes sinueuses, le Crafter conserve parfaitement sa trajectoire, y compris lorsque le conducteur mène son véhicule prestement dans les courbes. Seuls les freinages appuyés peuvent entraîner des réactions surprenantes pour le non-habitué (le cabrage est bien plus marqué que sur une voiture) mais les nombreuses fonctions électroniques permettent alors de ne pas se retrouver dans une situation périlleuse.

A nos yeux, le Crafter pêche toutefois au chapitre du confort. Là encore, en regard des modèles concurrents, il est loin de flirter avec les tréfonds du classement, mais les suspensions arrivent assez rapidement en butée et l’amortissement, conçu, rappelons-le, pour absorber jusqu’à 3,5 tonnes, engendre de nombreux mouvements de caisse lorsque le compartiment arrière est vide. Sur notre modèle d’essai, la sensation de tangage était largement accentuée par la présence d’un siège suspendu, livré de série sur les finitions Business Line et Business Line Plus. Pour couronner le tout, le 2.0 se fait entendre en permanence. Au delà de 120 km/h, il est d’ailleurs impensable de tenir une conversation avec ses passagers sans hausser fortement la voix.

Au dessus de la mêlée

La règle est valable même lorsqu’il s’agit d’utilitaires : une Volkswagen s’affiche à des tarifs supérieurs à ceux de ses rivaux. En la matière, proposé à 36 800 € HT, le Crafter frappe assez fort puisque la version qui nous intéresse aujourd’hui est même facturée plus chère que le Mercedes Sprinter équivalent, le 316 CDI 3.5t (36 063 € HT). Si l’on compare le Volkswagen a des rivaux plus « populaires », l’écart se creuse davantage : un Peugeot Boxer 335 L2H2 2.0 BlueHDi 160 ch Premium vaut 34 800 € HT et un Renault Master F3500 L2H2 2.3 Energy dCi 170 ch Confort à 35 650 € HT.

La dotation du Crafter Business Line est, en revanche, loin d’être indigente. Climatisation, Bluetooth, radars de stationnement avant et arrière, siège conducteur suspendu ou encore régulateur/limiteur de vitesse sont fournis d’office. Chez ses concurrents, il faudra forcément remettre la main à la poche pour obtenir certains de ses équipements.

Mieux encore, le Crafter propose, contre 1 300 € HT supplémentaires, de passer à la finition Business Line Plus forte des essuie-glaces, allumage des phares et commandes de plein phares automatiques, d’une insonorisation améliorée et, surtout, d’un GPS Europe à écran tactile. Au final, le Crafter offre un meilleur rapport prix/équipement que ses rivaux même si, sur le marché de l’utilitaire encore plus que sur celui des véhicules particuliers, c’est le niveau de remise qui déterminera le prix réellement payé.

Bilan

Jusqu’alors maillon faible de la gamme Volkswagen Utilitaires, le Crafter se renouvelle en profondeur et vise maintenant une place sur le marché à la hauteur de celle des Caddy, Transporter et Amarok. Sur le papier, il possède les arguments pour y parvenir. Mais sa petite gourmandise tarifaire et le manque d’image de ses prédécesseurs seront des obstacles de taille.