Le Nouvel Automobiliste

Renault Arkana (2/2), Essai du TCe 140 : n’y coupé pas

Le segment C est un peu en berne chez Renault : avec le déclin du Scénic (17 847 ventes en 2020 en France, inclus le Grand Scénic), l’insuccès du Renault Kadjar (19 678 ventes) et la place honorable de la Mégane (28 980 ventes), la marque fait pâle figure. C’est peu face au modèle de Peugeot : 5008 (20 050 ventes), 3008 (45 165 ventes) et une 308 pourtant en fin de carrière (36 575 ventes). Alors Luca De Meo l’a annoncé lors de la Renaulution mi-janvier 2021 : la profitabilité de Renault passera par le succès de la future gamme sur le segment C. 7 des nouveautés annoncées seront sur ce segment, et le Renault Arkana en est la première illustration. Prenons-en le volant !

C tout hybride   

Comme nous l’avons détaillé dans notre précédent article, le Renault Arkana est 100% hybride : à commencer par sa carrosserie, à cheval entre SUV, coupé et berline ; Ses motorisations qui le sont et le seront toutes (micro ou full hybride) ;Et aussi par le châssis, une plate-forme de citadine étirée pour passer dans la catégorie des compactes. Point d’originalité, d’autres le font, Citroën avec la dernière C4, ou d’autres ont une plate-forme tellement modulaire qui sert de la citadine à la routière, comme Volkswagen l’a développé. 

Mais la base technique s’oublie vite. Si on reste dans l’univers Renault, plusieurs arguments à cela. La plate-forme CMF-B est la plus récente et la plus évoluée : aides à la conduite et info-divertissement sont au-dessus de ce que propose un Renault Kadjar. Et le style est bien sûr plus contemporain. On peut cependant s’étonner que certains éléments de style, comme les feux, le rattachent à la Renault Mégane pré-restylage. Et face à un Captur aux feux originaux, l’arrière du Renault Arkana fait très classique.

C’same, ouvre-toi

Une fois à l’intérieur, l’univers Renault est bien présent : l’écran vertical inauguré par le Renault Espace V est repris ici en 9,3 pouces, légèrement courbé, aperçu la première fois dans la Renault Clio. L’interface Easy Link est aussi bien plus fluide que le R-Link 2 qui équipe encore le Renault Scénic et le Renault Kadjar. Autre atout face à ce dernier, la position de conduite permet des réglages plus amples. Un petit mot sur les plastiques ? Le haut de la planche est moussé, le bas non. Mais l’ensemble semble très bien assemblé. Le point le plus gênant est la console centrale basse, qui semble un peu détonner par rapport au haut de la console.

Clairement, nous nous sentons mieux à bord du Renault Arkana qu’à bord du Renault Kadjar. Pourtant, la garde au toit est plus faible (mais très satisfaisante pour nos 183 cm), et les couleurs sombres, y compris du pavillon, ne sont pas une invitation à l’aisance. Les sièges du Renault Arkana auraient cependant mérité un peu plus de longueur d’assise pour ce premier contact. A l’arrière aussi, l’espace ne manque pas pour notre gabarit. Et côté coffre, son volume de 513 l ne déçoit pas pour nos bagages !

C en route

Comme presque toutes les Renault, l’Arkana s’ouvre par une carte. Et Renault a renoué avec un emplacement à carte sur la console centrale. Une fois le bouton Start enclenché, le moteur s’ébroue raisonnablement. La micro-hybridation n’est pas suffisante pour démarrer sans moteur. Mais dès le premier stop, le moteur se coupe. Le redémarrage offre moins de douceur cependant que les autres modèles de la marque. 

Le 1.3 TCe 140 nous a paru moins rond que lors de notre essai du Renault Kadjar. Il nous avait en effet surpris par son côté diesel, il semble plus paramétré essence sur le Renault Arkana. La Batterie 12V aide cependant à l’accélération, et ça se ressent. Le moteur TCe 140 ne devient cependant pas aussi vif que le eTSi 150 de la Volkswagen Golf que nous avons essayée il y a peu. Mais il se défend face à ses concurrentes internes du segment C. Merci la micro-hybridation, et à son poids contenu : seule la Mégane Estate est plus légère de 22 kg chez Renault sur ce segment.

Autoroutière ?

La première partie de notre essai dans le Vexin se fait rapidement sur l’Autoroute. Les quelques kilomètres à son volant nous ont permis de mettre en valeur ses aides à la conduite. Rien à dire, elles sont efficaces pour son segment. L’ergonomie est améliorée par rapport aux autres modèles du losange, avec par exemple, le bouton de maintien de voie qui se situe à gauche du volant. Sur le Scenic par exemple, il faut passer par 3 actions via l’écran pour l’activer… Une commande a cependant disparu de la planche de bord : le sélecteur de régulateur/limiteur de vitesse a migré sur le volant. Il faut cependant désormais l’activer à chaque démarrage. 

Autant le Renault Arkana nous a semblé discret jusque-là, autant à partir de 110 km/h les bruit d’air apparaissent au niveau des rétroviseurs. Renault a encore des progrès à faire de ce côté-là. Dommage, car les bruits moteurs et de roulements sont maîtrisés. Heureusement pour les mélomanes, les haut-parleurs Bose sont performants. Et si vous souhaitez écouter votre musique, le bluetooth ou les prises USB-A vont permettront de connecter votre téléphone, avec Android Auto™ et Apple CarPlay™.

Coréenne très française

L’Autoroute n’était finalement qu’une parenthèse dans notre trajet. Nous retrouvons les routes nationales du Vexin Français. Et quoi de mieux que nos nationales pour tester une voiture française ? Bien que conçue en Corée du Sud, le directeur de programme François Laurent a gardé une âme française pour le Renault Arkana. Le comportement est donc sans surprise : nous sommes à bord d’une Renault. La direction est précise, et le volant, plus petit que ses sœurs du segment C, invite à apprécier les courbes. La direction n’est pas sportive, mais plus joueuse que ce que propose Renault dans sa gamme C.

Le Renault Multisense vous permettra de sélectionner la gestion de cette direction, de façon plus ou moins dure. Cependant, les écarts nous semblent plus subtiles que ce que propose un Renault Scénic par exemple. Qu’à cela ne tienne, les routes sinueuses du Vexin s’enchainent sans mal. Le comportement du Renault Arkana ne peut pas être considéré comme joueur, mais il n’y a pas d’ennui ni de crainte à son volant. Le roulis est peu présent, le dossier du siège maintient bien le dos, nous aurions juste apprécié un peu plus de forme pour l’assise. 

Sur notre version R.S. Line du Renault Arkana, l’affichage du compteur est un écran de 10,2 pouces. La qualité d’image et le choix de ses graphismes rend la lecture des informations facile. Sur la route, nous aurions aimé qu’il soit accompagné d’un affichage tête haute. Il offre cependant des options d’affichages larges : liés au mode multisense selectionné en base, il propose toute une palette de personnalisation, y compris dans le choix du coloris d’affichage.

Pas vil en ville

Comme dans toute campagne qui se respecte, les nationales traversent des villages et des petites villes pour rythmer le voyage. Les freins ne sont pas lâches à l’approche des panneaux 50, et la reconnaissance automatique des panneaux est satisfaisante. Le diamètre de braquage n’est pas exceptionnel (11,2 m) mais il n’est pas pénalisant pour se faufiler. Il n’y a pas de caméra à 360° pour le moment, mais le Renault Arkana est équipé de capteurs tout autour, et la caméra de recul est de bonne qualité : stationner est facile.

Est-ce sa couleur Orange Valencia ou sa ligne, le Renault Arkana fait retourner les passants sur son passage. De bon augure pour ses ventes ? En plus de faire tourner les têtes, nous reprenons plaisir à tourner de rond-point en rond-point, puis de retour dans la campagne, de virage en virage. En essayant d’accélérer un peu plus fort qu’au début, le Renault Arkana ne montre aucun signe de faiblesse. Nous décidons de tester ses capacités hors route via les chemins de campagnes. Nous ne voulons pas forcer sur les belles jantes diamantées noir et rouge « silverstone » proposées en série sur la version R.S. Line. Qu’à cela tienne, les suspensions encaissent les irrégularités du chemin sans broncher. C’est une bonne surprise car l’absence de roulis en virage aurait pu laisser penser qu’il serait moins à l’aise sur les ondulations des chemins de campagne.

Le prix de la sobriété ? 

Mais nous ne nous y trompons pas, ce n’est pas une voiture pour rouler dans des conditions difficiles : contrairement à son homologue Russe, le Renault Arkana n’est disponible qu’en version 2 roues motrices. Et puis la version R.S. Line est vraiment pensée pour rouler. Proposée à partir de 34 700 €, notre version d’essai fait payer 650 € l’Orange Valencia. La sellerie mixte cuir/suédine est la seule proposée. Le toit noir est proposé contre 400 €, l’assistant Autoroute et Trafic ajoute 600 € et le Bose Sound System boucle le budget avec 700 € supplémentaires. Soit un total de 37 050 €. Il ne reste que deux options à ce modèle : la roue de secours galette (180 €) et le pack personnalisation (600€, inclut le toit noir, ajoute des éléments couleurs carrosseries : skis et baquette de protection latérale – disponible avec la blanc perle, orange valencia et rouge flamme).

Une coquette somme qui le met presqu’au niveau du Renault Kadjar Black Edition équipé du 1.3 TCe 140 EDC7, qui propose moins de technologie. Dans la gamme Renault, seule la Mégane Estate est proposée un peu moins cher. Côté consommation, Renault annonce 6,1 l/100 km et 138 g/km de C02 (soit 120 € malus). Malgré 63 kg de plus que le Renault Captur, les valeurs sont identiques entre les deux modèles : merci la micro-hybridation du Renault Arkana. Sur les 110 km de notre essai, l’ordinateur de bord annonce 7,9 l/100 km… espérons que ce chiffre est dû à notre conduite pas tout à fait normale lors d’un essai.  Quand nous avions essayé les SUV Hybride l’automne dernier, le Renault Scénic TCe 160 EDC qui nous avais accompagné avait consommé 7,7 l/100 km, espérons que le Renault Arkana se montre plus frugal. 

Quelle concurrence pour le Renault Arkana ?

Être le premier à démocratiser un segment réduit forcément réduit forcément les éléments de comparaisons. Dans le segment C, il y a bien le Toyota C-HR qui a une ligne de coupé, mais ses places arrière et son coffre de 358 l ne le rendent pas aussi familiale que le Renault Arkana. Il est proposé à partir de 36 650 € en Hybride 122 ch et finition GR Sport.

La Citroën C4 réinvente la berline en lui donnant les attributs des SUVs. Mais là encore, le gabarit est un peu plus petit (436 cm) et le coffre plus réduit (380l). Elle est proposée à partir de 30 500 en version PureTech 130 Shine Pack. Chez les compacts, la star, c’est la Golf. Nous avons été convaincus de ses qualités lors de notre essai de la eTSi. Son gabarit est plus petit lui aussi, mais ses prix sont largement supérieurs. En version SW, le coffre de la Golf passe à 611 l, et la version Alltrack se rapprochera des prétentions du Renault Arkana. Mais l’écart de budget risque de s’accentuer de nouveau : une Volkswagen Golf Variant Style eTSI 130 commence à 35 745 € . Volkswagen a annoncé que le Nivus, SUV Coupé sur base du T-Cross allait être commercialisé en Europe, mais ses prix ne sont pas encore communiqués. 

Et si on la comparait à la star de la catégorie : le Peugeot 3008 ! Il n’a pas une silhouette de coupé, mais sa ligne reste impressionnante. Son budget, comme ses prestations, sont un cran au-dessus : pour le même prix que le Renault Arkana R.S. Line, c’est vers la version PureTech 130 EAT8 Allure qu’il faut se tourner, proposée à partir de 36 000 €. En fait, plus qu’à chercher une concurrente, il faudrait plutôt se poser la question de qui sera concurrencé par le Renault Arkana ? Car son style très Renault risque surtout de faire mal en interne : Kadjar, Scénic et Mégane seront sûrement les premières victimes du Renault Arkana. Et s’il est trop grand pour vous, le Renault Captur est une excellente alternative !

Les arcanes de l’Arkana

A force de le positionner en hybride sur tous les plans, difficile de positionner le Renault Arkana. Mais prenons un peu de recul, et faisons fi des étiquettes. Est-ce que le Renault Arkana est une bonne voiture ? Oui ! Est-ce que le Renault Arkana est parfait ? Non ! Est-ce qu’il se positionne bien en termes de prestation / prix ? Oui ! Est-ce qu’il arrive au bon moment ? Presque ! Pourquoi presque ? Parce que c’est un SUV qui pense à sa ligne et à son poids, mais son style n’apporte pas un vrai vent de fraicheur. Parce qu’il arrive avec une offre micro-hybride mais nous aurions aimé un peu plus d’intervention de l’électricité. Alors peut être que la bonne association sera la version e-tech 145. Nous l’essaierons dans quelques semaines, en attendant, nous espérons avoir levé tous les mystères du Renault Arkana.

Article & Clichés : Guillaume Agez

Your Header Sidebar area is currently empty. Hurry up and add some widgets.